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Les plus endettés?

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Des médias québécois ont titré cette semaine que le Québec n’est plus la province la plus endettée au Canada. En raison de la baisse du prix du pétrole, Terre-Neuve a vu ses finances publiques basculer de telle sorte que la dette nette par habitant de Terre-Neuve a dépassé celle du Québec en cours d’année.

Cette comparaison de la dette nette par habitant est la seule et unique méthode qui permettra de dire que le Québec n’est plus la province la plus endettée au Canada. Si vous utilisez la dette totale ou si vous regardez le fameux ratio dette/PIB, le Québec garde son sombre trophée au sommet du palmarès.

Ce ratio dette/PIB est un concept d’économiste qui peut paraître compliqué, mais qui est fort simple. Il consiste à mesurer la dette en fonction de la richesse collective.

Imaginons deux familles qui ont chacune un endettement total de 200 000 $. Le revenu familial de la famille A s’élève à 150 000 $ par année, alors que celui de la famille B s’élève à 75 000 $. Vous conviendrez qu’elles ne sont pas dans la même situation financière et que la famille A peut bien mieux établir un plan de remboursement. La même chose est vraie pour les gouvernements.

Pauvre Québec

Ce qui peut vous paraître surprenant, ici, c’est que le ratio dette/PIB de Terre-Neuve est malgré tout nettement plus avantageux que celui du Québec. Pourquoi? Parce que Terre-Neuve est une province plutôt riche, alors que le Québec est la plus pauvre. Demandez-vous qui sont les «newfies», maintenant.

En fait, lorsqu’on compare le Québec avec les autres provinces en intégrant ce ratio qui tient compte de la création de richesse collective, le Québec demeure la province la plus endettée, et de loin.

Le ratio dette/PIB du Québec dépasse les 50 %, même s’il est en baisse grâce aux efforts du gouvernement Couillard. Loin derrière, soit à 40 %, le Nouveau-Brunswick arrive deuxième. Sachant cela, il faut faire preuve de retenue avant de célébrer le fait que le Québec n’est plus une province si endettée.

L’illusion

Les deux milliards de marge de manœuvre avec lesquels le ministre Leitao a jonglé cette semaine ont pu créer l’illusion que le Québec nage dans les surplus. Pourquoi alors ne pas dépenser plus? Cette image est hautement distorsionnée.

La réalité, c’est que, pour la première fois depuis des années, nous avons eu cette semaine un débat collectif à propos de l’utilisation de 2 milliards $ d’argent que nous avons. Nous sommes strictement habitués à jouer avec des fonds empruntés.

Pour arriver à plus de 50 % du PIB, notre dette a augmenté de façon ahurissante au cours des dernières années.

Lorsque je suis entré en politique en 1994, notre dette nette n’était que de 52 milliards... Je parlais déjà de la rembourser à l’époque. Malgré tous les efforts de Lucien Bouchard, lorsque Jean Charest a pris le pouvoir en 2003, la dette avait grimpé à près de 96 milliards.

Lorsque j’ai quitté la politique après l’élection de 2008, le nouveau total atteignait 125 milliards. Aujourd’hui: 187 milliards.