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Une motoneige électrique abordable

Trois diplômés de l’Université McGill veulent révolutionner l’invention de Joseph-Armand Bombardier

Une motoneige électrique abordable
Photo Boris Proulx

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Le stockage de l’électricité a été le principal frein au développement de la motoneige électrique jusqu’ici. «Les batteries n’aiment pas le froid, c’est sûr», admet l’ingénieur électrique Samuel Bruneau, qui met au point un système de chauffage pour sa batterie.

Selon les calculs, l’engin devrait avoir une autonomie de 100 kilomètres, avec une vitesse maximale de 120 km/h. Par comparaison, les motoneiges à essence de haute performance peuvent atteindre 150 km/h, et parcourir jusqu’à 300 kilomètres avec un seul plein.

Le prix envisagé de la motoneige Taïga (15 000 dollars) est comparable à celui des modèles conventionnels.

«La technologie va continuer d’évoluer. Comme pour les véhicules électriques, on espère pouvoir atteindre l’autonomie des motoneiges à combustion dans une dizaine d’années», précise Samuel Bruneau.

La principale association de motoneigistes est sceptique. «Cent kilomètres d’autonomie, ce n’est pas beaucoup. Je ne sais pas s’il va y avoir des preneurs pour ça », se demande Marc Larouche, président de l’Association des motoneigistes du Québec. Les adeptes de motoneiges aiment faire des trajets de 250 kilomètres et plus, selon lui.

Les entrepreneurs font le pari que le modèle électrique convient aux besoins d’au moins la moitié des motoneigistes, toujours plus soucieux de l’environnement.

Ils vont d’abord tenter de séduire les clients commerciaux, comme les parcs nationaux et les centres de ski.

Trois jeunes ingénieurs québécois tentent de révolutionner l’univers de la motoneige avec un moteur 100 % électrique qui promet d’être plus puissant que ceux des modèles à essence.

Gabriel Bernatchez, Samuel Bruneau et Paul Achard s’inspirent du succès des voitures électriques Tesla après avoir terminé l’an dernier leurs études en génie à l’Université McGill.

Leur but: créer la toute première motoneige électrique abordable au monde, à environ 15 000 dollars l’unité. Une motoneige neuve à essence coûte actuellement entre 10 000 et 15 000 dollars.

Auparavant, seuls quelques prototypes électriques ont été produits au pays pour la recherche. Chaque exemplaire coûte donc des centaines de milliers de dollars.

Première électrique

Avant de devenir collègues de travail et colocataires à Shawinigan, les trois amis ont participé à des concours universitaires de fabrication de véhicules électriques, dont le SAE Clean Snowmobile Challenge.

Samuel Bruneau, ingénieur électrique et responsable de la batterie et du système de puissance de la motoneige, montre un trophée remporté par sa motoneige électrique lors d’une course gagnée à Houghon, au Michigan. «Là-bas, il y a plus de motoneiges que de voitures», se souvient-il.

Ironiquement, Samuel Bruneau n’avait jamais fait de motoneige de sa vie avant de conduire sa propre motoneige électrique.

Ce n’est que plus tard, au moment de conduire une motoneige ordinaire, qu’il a réalisé les avantages de se balader à l’électricité.

«Faire de la motoneige à combustion, ce n’est pas du tout pareil. C’est tellement bruyant, ça ne sent pas bon, c’est moins performant. Pourquoi faire de la motoneige à combustion quand on peut faire de la motoneige électrique?»

Une motoneige électrique abordable
Courtoisie
Le prototype de motoneige électrique conçu par le groupe étudiant de l'Université McGill pour le concours SAE Clean Snowmobile Challenge a cumulé les prix.

À Shawinigan

Leur objectif est de faire diminuer le prix de la motoneige. Pour ce faire, les associés misent sur une production à grand volume dans leurs nouvelles installations de Mauricie, près des fournisseurs de pièces, mais surtout des subventions.

En plus du financement privé, la firme Taïga Motors a reçu 15 000 $ de la Ville de Shawinigan et 40 000 $ du gouvernement fédéral. Elle attend de passer à l’étape du prototype pour toucher à des subventions vertes de Québec et Ottawa.

«On se paye le minimum dont on a besoin pour survivre, tout le reste va direct dans la compagnie», explique Paul Achard.

Quinze personnes devraient être embauchées dès l’été 2017. Les premières motoneiges Taïga seront à l’essai auprès de partenaires, comme Hydro-Québec et des centres de ski, en 2018. La production commerciale devrait débuter l’année suivante. Si tout se passe comme prévu, 5000 unités pourraient être produites à Shawinigan dès 2020.