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Bon pour le panier d’épicerie

L’offre de produits augmentera, ce qui risque de faire baisser les prix, estiment des experts

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Photo AFP Justin Trudeau et le président du Conseil de l'Union européenne, Donald Tusk, étaient de fort bonne humeur au moment de signer l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne.

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L’accord de libre-échange ratifié dimanche par le Canada et l’Union européenne entraînera des bouleversements importants sur le marché agroalimentaire, d’après le professeur Sylvain Charlebois, et c’est le consommateur québécois qui y gagnera au bout du compte.

Avec l’ouverture du marché canadien aux producteurs européens, la variété des produits offerts aux consommateurs d’ici sera grandement augmentée. Les amateurs de produits laitiers, principalement de fromages, pourraient également profiter d’une baisse du coût du panier d’épicerie, selon Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques alimentaires de l’Université Dalhousie.

«C’est plus de compétition, donc plus de choix pour le consommateur. On risque de voir les prix diminuer dans le secteur laitier. Comme les fromages d’ici sont généralement très chers, c’est une très bonne nouvelle à long terme pour les amateurs de produits fins», explique M. Charlebois.

Quant aux autres secteurs impliqués, les conséquences de l’accord devraient être minimes en matière de prix. «Je ne suis pas inquiet de voir une grosse différence pour les autres produits, à part une plus grande variété», se réjouit l’expert.

Le directeur du Centre d'études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, Frédéric Mérand, croit aussi que le Canada sort gagnant de cet accord. «L’Europe est un plus gros marché pour nous que l’inverse», dit-il.

Le professeur de science politique estime toutefois que les consommateurs ne doivent pas s’attendre à des changements radicaux, puisqu’en ce moment les importations venant de l’Europe restent minimes.

Les producteurs inquiets

Le nouvel accord pourrait toutefois faire mal aux producteurs laitiers québécois et à de nombreux fromagers. «On ouvre 40 % du marché d’ici pour les fromages européens. L’accord est très mal dosé», dénonce le président de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau.

Les producteurs réclament d’ailleurs une réponse rapide du premier ministre Justin Trudeau concernant leurs inquiétudes. «Le gouvernement s’est engagé à compenser nos pertes lors de l’entrée en vigueur de l’entente. Il n’a plus de raisons de ne pas agir. Le fédéral doit donner suite dans les meilleurs délais à ses engagements», a déclaré le président des Producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre.

Pour sa part, le sociologue Simon-Pierre Savard-Tremblay, qui vient de publier un livre sur la mondialisation, souligne que si le prix du panier d’épicerie baisse, les subventions dont auront besoin les agriculteurs d’ici viendront des poches des contribuables.

Revoir la gestion de l’offre

Sylvain Charlebois estime toutefois que la signature de l’entente serait le moment idéal pour rebrasser quelque peu le modèle québécois, qu’il qualifie «d’archaïque». «C’est une invitation à réformer la gestion de l’offre. Depuis 40 ans, on a choisi le statu quo, et ça n’a pas servi la filière laitière québécoise», souligne-t-il.

Ce dernier estime que les producteurs ne devraient pas voir ce traité comme une menace, mais plutôt comme un levier pour augmenter leur compétitivité. «Il y a de très bons producteurs qui pourraient fermer, j’en suis conscient. Mais ce qu’il faut, c’est les aider à devenir compétitifs face aux produits européens qui arriveront.»

— Avec la collaboration d’Hugo Duchaine, Le Journal de Montréal


Les grands gagnants

  • Les consommateurs

Ils paieront moins cher certains produits laitiers et auront une plus grande variété à l’épicerie

  • Les entreprises d'ici

Elles accéderont à un marché de 500 millions d’habitants dans 28 pays

Les grands perdants

  • Les producteurs laitiers et fromagers

Ils voient 40 % de leur marché s’ouvrir aux producteurs d’Europe

En bref

Ce traité éliminera les barrières tarifaires sur la majorité des produits échangés entre le Canada et l’Union européenne

Source: Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques alimentaires de l’Université Dalhousie

Une signature qui laisse place à d’autres débats

Ça n’aura pas été facile, mais c’est maintenant chose faite: le Canada et l’Union européenne ont finalement signé hier leur traité de libre-échange, qui devra mainte­nant être ratifié par le Parlement de chacun des pays impliqués.

Après quelques jours de doute causés par une sortie imprévue de la Wallonie qui empêchait la signature du document, la ratification d’hier a permis aux acteurs en présence de pousser un soupir de soulagement.

«Quelle patience!» a même lancé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à Justin Trudeau, qui ne s’est pas formalisé de ces bouleversements. «Ça ne fait pas une énorme différence dans l’impact économique que ça va avoir pendant des décennies, de façon positive, sur tous nos citoyens», a lancé le premier ministre canadien au moment de la signature du traité.

Travail restant

Plusieurs étapes restent toutefois à être franchies avant que ces impacts économiques prennent forme. Et l’épisode wallon laisse penser que ce ne sera pas un jeu d’enfant. Les 28 États membres de l’Union européenne touchés par cet accord de libre-échange doivent maintenant y apposer leur signature.

Ce processus devrait se dérouler au cours des mois de décembre et janvier, après quoi le Parlement canadien devra aussi entériner l’accord. Après la crise des derniers jours, les dirigeants semblent toutefois bien décidés à présenter l’entente à leurs citoyens de long en large.

«Nous devons nous engager dès le début avec les citoyens pour expliquer, écouter leurs inquiétudes, les amener à la table des négociations et nous assurer qu’il y ait plus de transparence et d’implication», a proposé la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström.

— Avec la collaboration de l’AFP

Les acteurs économiques québécois saluent l’entente

Stéphane Forget, président de la FCCQ
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
Stéphane Forget, président de la FCCQ

La grande majorité des intervenants économiques de la province ont salué hier la signature de l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, se réjouissant des nouvelles possibilités pour les entrepreneurs d’ici.

Le président de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) parle du traité signé hier comme d’une «excellente nouvelle pour le développement économique du Québec». «Nous avons un marché intérieur limité, une croissance pas au niveau qu’on le souhaiterait, des défis démographiques, donc on est “condamnés” à se tourner vers l’exportation. Qu’on ait maintenant accès à l’un des plus grands marchés du monde est une bonne nouvelle», estime Stéphane Forget.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante s’est aussi réjouie, affirmant que «ce traité contribuera certainement à créer de nouvelles perspectives pour redonner de la vigueur à notre économie, qui en a grand besoin».

Cette ouverture des marchés se fera maintenant sentir dans plusieurs secteurs, dont celui du bois, qui a poussé un certain soupir de soulagement hier. Après des années de tergiversations et de négociations difficiles avec le marché protectionniste américain, un éventail de possibilités s’ouvre à cette industrie importante pour l’économie d’ici.

Nouveau souffle

«C’est un souffle d’air frais qui confirme qu’il y a plus d’avantages pour un pays de ressources naturelles comme le Canada à avoir accès à plusieurs marchés, indique le président du Conseil de l’industrie forestière du Québec, André Tremblay. À court terme, ça envoie un signal fort et, à moyen terme, des occasions vont se présenter.»

L’UPA en partie satisfaite

Si l’accord ne fait pas trop l’affaire des producteurs laitiers, l’Union des producteurs agricoles, la plus touchée par l’entente, salue quand même certains aspects du pacte.

«Pour le sirop, la canneberge et le bleuet sauvage, par exemple, il y a un gros marché là-bas pour nous. Dans son ensemble, nous sommes d’accord avec l’entente», affirme le président de l’UPA, Marcel Groleau.

Un accord qui fait réagir

«L’entrée en vigueur de l’Accord entraînera des pertes annuelles permanentes de vente de lait pour les producteurs canadiens [revenu brut] d’environ 150 millions $ par année. Le secteur fromager subira des pertes équivalentes.»

– Bruno Letendre, président des Producteurs de lait du Québec

«Le CETA est un accord moderne et progressiste, ouvrant la porte à de nouvelles perspectives, tout en protégeant les intérêts importants.»

– Robert Fico, premier ministre de la Slovaquie

«Il nous faut maintenant être capables de convaincre nos citoyens que le libre-échange est dans leur intérêt et pas seulement dans celui des grosses entreprises.»

– Donald Tusk, président du Conseil de l’Union européenne

«Un accord moderne et progressiste qui contribuera au développement de notre économie.»

– Philippe Couillard

«Un jour historique pour les relations Canada-UE. L’AECG favorisera la croissance de la classe moyenne des deux côtés de l’Atlantique.»

– Justin Trudeau