/opinion/columnists
Navigation

Québec, terre tragique

Pas facile de vivre dans une société confortable...

POY-MAXIME DELAND
Photo Agence QMI, Maxime Deland

Coup d'oeil sur cet article

Pas facile d’être jeune au Québec. En effet, quand tu es jeune, tu veux ruer dans les brancards, lancer des pavés, tout balancer, te révolter.

Or, contre quoi peut-on se révolter, au Québec?

Nous vivons dans une société pacifique, confortable, égalitaire.

Oh, tout n’est pas parfait, tant s’en faut, mais la société québécoise est quand même l’une des plus agréables au monde.

Comment peux-tu te révolter contre tes parents quand tes parents sont cool?

CHAREST LE DICTATEUR

Alors, savez-vous ce qu’on fait dans ce cas-là?

On s’invente des drames, des tragédies.

L’Histoire ne vient pas à notre rencontre? Nous irons à la rencontre de l’Histoire, quitte à nous inventer des démons imaginaires et à forcer le trait!

Les populations arabes se révoltent contre des dictatures sanguinaires?

Eh bien, on aura notre révolution populaire nous aussi. On va l’appeler «printemps érable» pour souligner à gros traits la parenté idéologique.

Les Tunisiens se révoltent contre Ben Ali? Les Syriens contre Assad? Les Égyptiens contre Moubarak? Les Libyens contre Kadhafi?

Eh bien on se révoltera contre le gros dictateur sanguinaire qu’est Jean Charest!

Aux armes, citoyens, formez vos batail­lons, qu’un sang impur abreuve nos sillons!

Bon, vous me direz qu’à côté des dictateurs du monde arabo-musulman Jean Charest est un gentil mononcle.

Non, monsieur! Vous n’avez rien compris! C’est un tyran! Un despote! Un potentat! Un oppresseur!

Dans la rue, citoyens! Dans la rue, madame Marois! Sortez vos balais, vos casseroles, vos briques!

UNE SOCIÉTÉ MISOGYNE

On fait la même chose avec la culture du viol.

Qu’importe si le Québec est la société la plus avancée au monde en ce qui a trait aux relations hommes-femmes.

Qu’importe si les hommes québécois sont les mâles les plus roses de la planète, tellement roses que beaucoup de femmes déplorent leur manque chronique de testostérone et de virilité.

Nous ferons comme si le Québec était l’Inde, l’Iran ou l’Afrique du Sud.

Aux armes, citoyennes! Dénonçons les porcs qui, partout dans la province, de long en large et de haut en bas, banalisent le viol!

Et les gars de regarder cette révolte à la télé légèrement sonnés, en berçant bébé ou en lavant la vaisselle...

«Ah oui, on banalise le viol au Québec? Ben coudonc...»

Regardez, bientôt on va refaire le même coup avec Black Lives Matter, le mouvement populaire né aux États-Unis pour combattre le racisme systémique qui sévit dans les forces de l’ordre.

Qu’importe, là aussi, s’il s’agit d’un phénomène typiquement américain. On va organiser des manifs comme si Montréal et Québec étaient Atlanta et Oakland.

Que voulez-vous, il faut bien que jeunesse se révolte!

LE FLEUVE DE L’HISTOIRE

Il n’y a qu’une façon pour le Québec de plonger tête première dans les eaux périlleuses, mais ô combien vivifiantes de l’Histoire: se séparer du Cana­da.

Mais nous ne le voulons pas. Cette décision aura beaucoup trop d’impact sur nos vies.

Nous préférons inventer de fausses tragédies et jouer aux révolutionnaires de salon.

Pas facile d’avoir 20 ans quand on vit dans une société où le plus gros débat concerne la gestion des pitbulls...