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Safia Nolin, un look p'tit Québec ?

Safia Nolin, un look p'tit Québec ?

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J’écris ceci en écoutant l’album de Safia Nolin. Il y a des moments très jolis, d’autres tristes.

Ce n’est pas mon genre de musique – dans le folk, je suis restée accrochée à Joni Mitchell - mais, originale, elle mérite sa place au soleil.

Son look à l’ADISQ fait jaser. J’étais scandalisée ! J’ai même tweeté ‘si Safia Nolin est une icône féministe, je rends ma carte de membre’. Pour moi, c'est à la fois un manque de respect pour le public et la preuve que le Québec aime encore son p'tit pain même si aujourd'hui il est bio et sans gluten.

(En passant, j’ai déjà critiqué publiquement le look bûcheron, bum ou camisole, d’artistes masculins. Et puis, un artiste comme Jean Leloup a mangé ses croutes. Nous sommes juste reconnaissants qu’il soit encore en vie.)  

Nous nous sommes tellement battues dans les années 70 et 80 pour que féminisme ne rime plus avec bottes de construction, jambes pas rasées et ponchos en terre cuite. Pour que l’on sache qu’on peut être féministe et féminine. Qu’une paire de talons hauts n’a rien à voir avec notre quotient féministe.

Encore aujourd’hui, les féministes radicales s’habillent comme si la féminité était toxique pour les femmes. Un asservissement aux hommes.

C’est pour cela que la lecture féministe du look de Safia Nolin ne me rejoint pas, même si ça prend une bonne dose de courage pour se présenter ainsi devant public et caméras.Et c'est son droit le plus strict comme c'est le mien de porter un regard critique.

C’est probablement une question de génération.

Les artistes de ma génération prennent le temps de bien s’habiller pour aller à la rencontre de leurs fans. Imaginez un instant, si vous le pouvez, Leonard Cohen en jeans troués-T-shirt-cheveux luisants de gras sur la scène. Impossible.

Je pense à Diane Dufresne, notre plus belle folle, dont la recherche vestimentaire m’a toujours impressionnée. Jamais elle ne se serait présentée au gala de l’ADISQ les cheveux gras et portant un pantalon trop petit.

Imaginez Anne Dorval en guénilles aux Gémeaux. Jean-Pierre Ferland en camisole.

Céline, Ginette, Arianne, Isabelle Boulay et toutes et tous les autres savent que se vêtir correctement pour un spectacle ou un gala, c’est respecter son public. Lui dire : ‘vous êtes venus pour me voir, je vais m’arranger pour vous plaire sur toute la ligne.’

Et le langage de Safia Nolin ? En adéquation parfaite avec le look ‘je m’en câlisse’. Le look sale, était-ce vraiment important ?

C’est générationnel, je crois. Nous avons été élevées autrement. La politesse, le respect de l’autre prenaient beaucoup de place dans le curriculum familial. À l’école, nous avions des cours de bienséance. Je ne me suis jamais demandée quelle fourchette servait à manger quel aliment dans un dîner chic. Je le savais. Nous respections les conventions moralement acceptables car nous savions qu’elles véhiculent des messages révélateurs à notre sujet.

Je sais, ça fait tellement vieux croutons d’écrire cela.

Après des années à travailler dans les magazines féminins où je devais être sur mon 36, je passe désormais ma vie en jeans et chemises à carreaux. Je ne me maquille presque jamais. J’ai lâché prise sur le vernis à ongles il y a longtemps. Je n’ai pas une heure par semaine à consacrer à cette tâche. Mais si je sors, même pour luncher avec une amie, je fais un effort. Par respect pour la personne qui va me consacrer quelques heures de sa vie. Et parce que c’est agréable de se sentir belle et femme, même quand on est féministe.

Je n’en reviens pas d’être obligée de redire ces choses.

Je n’en reviens pas non plus de la réaction à mon tweet. Depuis quand on a plus le droit de dire ce que l’on pense ? Non, madame Machin, je ne démissionnerai pas. Avez-vous déjà entendu parler de la liberté d'expression ?

Les jeunes n'ont que le mot 'respect' à la bouche. Faudrait leur en expliquer le sens.