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Surveillance totale

patrick lagacé
Photo d'archives On fait semblant de s’indigner. Mais le problème, c’est que chacun participe à cette culture policière.

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C’est la bombe médiatique de la semaine: Patrick Lagacé était espionné par le SPVM.

Il n’était pas le seul. D’autres journalistes l’étaient aussi. Avec raison, on s’indigne. Depuis plusieurs mois, le journaliste vedette de La Presse était donc sous surveillance.

Officiellement, c’était au nom de la sécurité publique. On veut bien croire que la police veut notre bien. Trop souvent, elle dérape.

On conviendra aussi que la surveillance des journalistes est une offense­­ à la démocratie.

Espionnage

On me permettra d’inscrire cet événement dans une perspective globale.

Car il se pourrait bien que cette surveillance­­ policière ne soit qu’une facette parmi d’autres de la société de surveillance globale dans laquelle nous basculons sans trop nous en rendre compte.

Quelques exemples: la campagne présidentielle américaine, dans sa dernière ligne droite, pourrait bien basculer à la suite des révélations de Wikileaks concernant la campagne d’Hillary Clinton.

On présente cela comme un gain de la transparence. C’est plus compliqué.

Devons-nous comprendre, désormais, que dans nos sociétés hyper-technologiques, où des milliards d’informations circulent chaque seconde par courriel, par texto, par téléphone ou par d’autres canaux, quelqu’un, quelque part, s’il le veut, peut nous voir?

Au nom de la sécurité des uns ou du droit de savoir des autres, sommes-nous désormais dans un monde qui ne respecte plus de quelque manière que ce soit la part sacrée de la vie privée?

Les raisons sont nombreuses, mais le résultat est toujours le même: la surveillance est totale.

On fait semblant de s’indigner. Mais le problème, c’est que chacun participe à cette culture policière. Scénario: au restaurant, un homme, pour une raison ou pour une autre, se choque avec son voisin de table. Les deux sont en colère et ils se tapent sur la gueule.

Les chances sont élevées qu’un client amusé filme le tout et publie la vidéo sur YouTube.

D’un coup, une querelle privée dégénérant­­ un peu deviendra moquerie­­ publique.

Même chose si deux amants se font filmer­­ en train de s’embrasser alors qu’ils cherchaient justement à se cacher.

Autre scénario.

Deux personnes parlent ensemble. Pour une raison ou pour une autre, elles échangent des commentaires disgracieux­­ à propos d’un individu absent­­ ou se permettent des commentaires incorrects à propos de l’actua­lité politique.

Leur conversation n’est pas édifiante. Mais elle est privée. On pourrait dire qu’à l’abri du public, elles se relâchent un peu ou beaucoup trop. Il n’est pas inimaginable, pourtant, que quelqu’un écoute. Puis enregistre. Puis diffuse médiatiquement.

Et soudainement, nos deux lascars devront se justifier d’un propos qu’ils avaient justement eu le bon goût de ne pas rendre public.

Faudra-t-il même chuchoter en privé­­? Si tel n’est pas déjà le cas, ça viendra.

Technologie

La surveillance est généralisée. Chacun­­ devient flic.

La technologie donne un sentiment de toute-puissance.

La vie privée régresse.

On se demande maintenant où, quand et de quelle manière il sera possible pour deux personnes d’être absolument à l’abri des voyeurs, qu’ils soient policiers, journalistes ou simples fouineurs.

On ne le sait plus.

La surveillance absolue est un enfer.

 

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