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Un gala n’est pas un marché aux puces

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Si vous vous présentez au mariage de votre cousin avec un vieux t-shirt et que vous lancez des «f..k» en levant votre verre, tout le monde va trouver que vous manquez de classe.

Mais si vous êtes un artiste, ça change tout.

Regardez Safia Nolin. Vous vous présentez à une soirée de gala de l’ADISQ avec du linge mou, des souliers crottés et vous sacrez comme un charretier, certains vont s’exclamer que vous êtes «une belle bouffée de fraîcheur et d’authenticité».

LA CONTROVERSE SAFIA NOLIN

Safia Nolin a écrit une lettre ouverte dans Urbania. Elle est convaincue que ceux qui critiquent son habillement le font parce que c’est une femme.

Je ne critique pas Safia Nolin parce que c’est une femme; je ne considère pas que les femmes doivent être plus chics que les hommes; je ne pense pas que toutes les femmes doivent porter des robes à paillettes à un gala.

Simplement, dimanche soir, il se trouve que la personne la plus débraillée, la plus spectaculairement négligée était une femme. Pas mal plus que Jean Leloup, plus que Plume Latraverse.

Il aurait fallu ne rien dire, pour ne pas se faire taxer de sexisme?

C’est quand même bizarre que je me fasse reprocher de critiquer les vêtements de Safia Nolin (sans jamais avoir fait allusion à son physique) alors que dimanche soir, le public du gala a carrément ri du physique d’un autre invité.

On a entendu un tonnerre de rire quand Louis-José Houde a fait une blague sur les obèses de 392 livres, pendant un gros plan... de Denis Coderre.

Pourtant, depuis trois jours, on n’entend personne se porter à la défense de Coderre, victime de «fat-shaming» (humiliation reliée au surpoids).

Bof, c’est juste un politicien...

UN LOOK CALCULÉ ?

Dans le fond, c’est peut-être Stéphane E. Roy (comédien, réalisateur et auteur de 9 Le Film) qui a raison.

Voici ce qu’il a écrit sur sa page Facebook: «Safia Nolin a berné tout le monde. Son look était autant calculé que ceux qui avaient des robes de soirée griffées avec des paillettes. En s'habillant d'une façon qui lui ressemble mais qui est carrément en décalage avec la tenue vestimentaire d'un gala, elle crée volontairement un effet. Où certains n'ont vu que de l'authenticité, moi j'ai vu un besoin juvénile de ressortir de la masse. [...] Tout ça est autant calculé que le sein de Janet Jackson au Super Bowl... La manipulation est grosse comme le bras.»

MANQUE DE DÉCORUM

Ça fait des années que je couvre les galas (Gémeaux, Artis, Jutra, ADISQ). Et chaque année, je déplore le manque de décorum de nos remises de prix: ceux qui mâchent de la gomme comme s’ils étaient des ruminants; ceux qui sacrent aux deux mots; ceux qui font des discours décousus; ceux qui ne sont pas foutus de se trouver des vêtements propres un soir sur 365.

Ça ne s’appelle pas de l’intimidation, chère Safia, ça s’appelle exercer son esprit critique.

Si vous portez un vieux t-shirt en vous disant: «Je m’assume, fuck les critiques!», bravo pour votre indépendance d’esprit.

Mais alors, pourquoi êtes-vous si sensible à ce que des professionnels écrivent à votre sujet?

 

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