/news/politics
Navigation

Journalistes épiés par des policiers: Québec prend les grands moyens

Le comité d’experts aura les pouvoirs d’une commission d’enquête

Les ministres Stéphanie Vallée et Martin Coiteux
Photo Simon Clark Les ministres Stéphanie Vallée et Martin Coiteux

Coup d'oeil sur cet article

Devant l'accumulation de cas de journalistes ayant été épiés par la police, le gouvernement du Québec a finalement décidé de transformer son comité d'experts sur la protection des sources en commission d'enquête.

«On ne joue pas sur les mots. C'est une commission d'enquête publique», a déclaré la ministre de Justice Stéphanie Vallée, lors d’un point de presse improvisé quelques minutes avant la période des questions.

«Le principe de liberté de presse, le principe de la protection des sources, c'est extrêmement important, puis c'est ça qui est au cœur de l'affaire», a ajouté le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.

Pas plus tard que mercredi soir, M. Coiteux considérait pourtant que la mise sur pied d’un simple comité d’experts, le rehaussement du niveau de difficulté pour obtenir un mandat d’écoute électronique envers un journaliste, une inspection des processus des principaux corps policiers et l’enquête administrative visant la Sûreté du Québec étaient des mesures suffisantes pour rétablir la confiance du public.

Pour la ministre Vallée, «les nouvelles divulgations sont à ce point sérieuses» qu’il s’impose de prendre les grands moyens. «À la lumière des informations récentes, je pense que ça s’avère nécessaire», a expliqué Mme Vallée.

Le mandat reste à définir

Le mandat et le calendrier de la future commission restent toutefois à préciser, ce qui sera fait «le plus tôt possible», a dit M. Coiteux.

«Le geste qui vient d'être posé, je pense qu'il illustre la gravité de l'enjeu», a réagi en chambre Philippe Couillard. La liberté de presse, la protection des sources journalistiques et l’indépendance des pouvoirs devront être au cœur du mandat, a laissé entendre le premier ministre.

La grève des juristes et notaires de l’État qui sévit présentement ne devrait pas avoir «d’impact en terme de délais» dans la mise sur pied de la commission d’enquête, a-t-on assuré au cabinet de Mme Vallée.

Le chef de l’opposition officielle Jean-François Lisée, qui aurait préféré que le Bureau des enquêtes indépendantes soit saisi du dossier, a salué la décision prise par le gouvernement.

«Je suis content qu’après quarante-huit heures le premier ministre se rallie à la demande d’enquête publique de la CAQ», a réagi à son tour le chef caquiste François Legault, qui réclamait la tenue d’une commission d’enquête depuis le début de la semaine.

Ce qu’ils ont dit...

«On a tous été choqués d'entendre que des journalistes avaient été épiés [...] alors que ne pesait aucun soupçon sur eux.»

- Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique

«Aujourd'hui, on comprend que l'espionnage des journalistes par les forces policières, c'est une pratique qui est répandue, c'est rendu un bar ouvert pour espionner les journalistes au Québec. C'est gênant.»

- François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

«L'important, c'est que [...] la police soit là pour protéger le public, pas protéger des institutions, pas protéger des formations politiques, pas protéger un gouvernement.»

- Pascal Bérubé, porte-parole péquiste en matière de Sécurité publique

«Les libéraux doivent accepter que cette enquête porte sur les 10 dernières années pour couvrir toute la période où des journalistes enquêtaient sur la construction.»

- Simon Jolin-Barrette, porte-parole de la CAQ en matière de justice

«Le mandat doit par ailleurs être précisé en collaboration avec les autres partis afin, notamment, de s'assurer que la période de l'affaire Davidson-Dutil soit incluse dans l'examen des faits, ainsi que celle couvrant les fuites associées aux accusations contre Nathalie Normandeau.»

-Jean‐François Lisée, chef du Parti québécois