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Quand la danse devient une thérapie

Le Journal a assisté à une séance de danse-thérapie consacrée aux aînés

Danse thérapie
Photo Pierre-Paul Poulin

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Apparue aux États-Unis dans les années 40, la thérapie par la danse et le mouvement en est encore à ses balbutiements dans la province. Utilisée en complément de certains traitements, ou même comme outil thérapeutique principal, cette pratique se révèle pourtant un excellent moyen de faciliter la socialisation et l’expression de soi, chez certaines personnes.

C’est, du moins, l’impression que nous a laissée la séance de danse-thérapie destinée aux ­aînés à laquelle nous avons pu assister, lundi dernier, dans les locaux des Grands Ballets ­canadiens de Montréal.

Notre premier constat? La danse-thérapie n’est pas un cours de danse adapté à une clientèle particulière. Contrairement à ce que nous avions pu imaginer, ses participants (cinq femmes et un homme) n’ont pas eu à apprendre des séries de mouvements ni à s’adonner à un style de danse précis. La qualité de l’exécution, disons-le, importait peu.

«La danse peut être thérapeutique, mais la danse-thérapie est quelque chose de complètement différent, nous a expliqué Andrea de Almeida, la danse-thérapeute qui a dirigé la séance à laquelle nous avons assisté. La danse-thérapie s’appuie d’abord sur un ­ensemble d’objectifs à atteindre.»

Ces objectifs, personnels à chacun, sont partagés en groupe en début de séance. Si certains sont physiques (améliorer la balance, la coordination...), d’autres sont psychologiques (répondre à un besoin de s’exprimer, d’avoir du plaisir, de vivre le moment présent...).

«À la fin, nous nous assoyons et nous discutons des impressions de chacun», a ajouté la danse-thérapeute qui, tout au long de la séance, a encouragé les participants à exprimer leurs objectifs à travers leurs mouvements et à les partager avec leurs acolytes.

Bienfaits

Ce soir-là, l’une des participantes, une habituée de 72 ans qui a voulu que nous l’appelions Constance, pour les besoins de ce reportage, a éprouvé un plaisir fou à danser et à s’exprimer «incognito», cachée derrière un loup (c’était l’Halloween, rappelons-le).

«Pour moi, c’est un groupe d’appartenance, a-t-elle souligné. Il y a aussi, je dois dire, une question d’estime du corps. J’ai toujours été un peu timide par rapport à mon corps [...] Là, je suis en train de perdre ça. Je commence à ­ressentir le rythme. Je ressens une ­spontanéité, aussi, dans ma vie.»

Celle qui a découvert la danse-thérapie en prenant part à l’un des projets de recherche ­associés au Centre national de danse-thérapie des Grands Ballets canadiens de Montréal a eu un tel coup de cœur pour cette pratique qu’elle a demandé à poursuivre par la suite.

«Lorsque nous venons ici, nous partageons», a dit celle qui affirme avoir particulièrement profité de l’aspect thérapeutique de l’activité lorsqu’elle a perdu une amie de jeunesse, il y a quelques mois.

«J’ai dit au groupe que j’étais en deuil. Il y a eu un moment de recueillement et Andrea a mis une chanson de Leonard Cohen. Les gens se sont mis à faire une procession, a-t-elle raconté. C’est aussi ça, la danse-thérapie. Les séances se déroulent toujours en fonction de l’énergie du groupe.»

Les clientèles ciblées

  • Femmes purgeant une peine fédérale à l’unité de santé mentale pour femmes
  • Filles placées sous la Loi sur la protection de la jeunesse
  • Adolescentes souffrant de troubles de conduite alimentaire
  • Aînés sans problèmes de santé particuliers
  • Aînés avec perte d’autonomie cognitive
  • Enfants hospitalisés aux unités de ­rhumatologie, d’oncologie et pour des soins de dialyse
  • Patients ayant subi un accident vasculaire cérébral

Une demande grandissante

Danse thérapie
Photo Pierre-Paul Poulin

Depuis son lancement officiel, en 2013, le Centre national de danse-thérapie des Grands Ballets canadiens de Montréal (CNDT) a fait beaucoup de chemin.

Comme l’indique son directeur général, Christian Sénéchal, l’organisme qui se donnait trois ans pour mettre en place des projets pilotes a même été appelé à offrir des services en danse-thérapie plus tôt que prévu.

«Le but, c’était que nous puissions bâtir une offre de services une fois installés dans nos nouveaux locaux. Cependant, il y a tellement de demandes, pour ce type d’activité, que nous n’avons eu d’autres choix que de commencer à offrir des services entre nos murs. Les séances qui s’adressent aux aînés sont un bel exemple de ça.»