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Oser prendre le temps

Isabelle Vincent, Sylvie Léonard et Maude Guérin dans Feux
Photo courtoisie Isabelle Vincent, Sylvie Léonard et Maude Guérin dans Feux

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Dans une ère où tout le monde veut tout, tout de suite, Serge Boucher a osé avec Feux. En prenant le temps «d’installer les choses», le dramaturge courait le risque de perdre des téléspectateurs en début de saison. Mais cette érosion n’a jamais eu lieu. Au contraire, la série a gagné des adeptes au fil des semaines. Témoins des débordements d’enthousiasme des fidèles sur Twitter et Facebook, plusieurs curieux ont rattrapé les épisodes manqués au cours du dernier mois. «C’est ce qui m’a fait le plus plaisir», dit Serge Boucher en entrevue.

Thriller psychologique conjuguant le passé au présent, Feux raconte les retrouvailles entre Marc Lemaire (Alexandre Goyette), un agent immobilier récemment devenu père, et son ancienne gardienne, Claudine Grenier (Maude Guérin), une femme d’affaires et mère de famille modèle, 30 ans après qu’un terrible incendie eut emporté la mère du jeune garçon. Leur rencontre fortuite a déclenché un tourbillon qui continue de déterrer des secrets enfouis depuis des décennies.

Bien qu’il soit absent des réseaux sociaux, Serge Boucher est bombardé de commentaires depuis septembre. Ces réactions ont redoublé d’intensité depuis la diffusion du sixième épisode, dont la chute a révélé une tragédie sans nom.

«J’ai été étonné, avoue l’auteur des séries Aveux et Apparences. Je ne pensais pas que ça bouleverserait autant. Des gens m’ont dit qu’ils avaient eu mal au ventre après. D’autres m’ont dit qu’ils n’avaient pas dormi... C’est au-delà de ce que je pouvais espérer. Je suis à la fois content et mal d’avoir créé ça.»

Thriller jusqu’au bout

Auteur de théâtre (Motel Hélène, Avec Norm), Serge Boucher avait déstabilisé plusieurs téléspectateurs en 2012 avec Apparences, cette série avec Geneviève Brouillette et Myriam Leblanc qui relatait la disparition d’une sœur jumelle. Alors que tout le monde croyait regarder un suspense haletant, la conclusion aux allures de drame psychologique avait dérouté l’auditoire.

L’ancien professeur de français n’a pas commis la même erreur avec Feux, un thriller assumé du premier au dernier épisode.

«C’était la volonté: je voulais déjouer le public et créer des fausses pistes, déclare Serge Boucher. Avec Apparences, j’étais moins conscient de créer un suspense. J’avais été dépassé par toute l’affaire d’«Où est Manon?» C’est quelque chose que je n’avais pas vu venir du tout.»

Isabelle Vincent, Sylvie Léonard et Maude Guérin dans Feux
Photo courtoisie

La télé du malaise

Serge Boucher voulait exploiter le malaise avec Feux. Après avoir regardé les huit premiers épisodes, nous pouvons dire «mission accomplie».

«J’espérais créer un certain inconfort, précise le lauréat d’un prix Gémeaux. C’est quelque chose qui a toujours été. Quand j’ai commencé à écrire, je voulais faire du théâtre du malaise.»

«Dans Feux, je n’avais pas envie d’expliquer les motivations des personnages, poursuit-il. Je n’avais pas envie de dire au monde quoi penser. C’est ce que je reproche souvent aux séries télé: on surligne trop, on parle trop... C’est quand même étrange, parce qu’au départ, la télévision, c’est un médium d’images. Mais on dirait qu’il faut dire les affaires. Je n’aime pas la télé qui me dit ce que je suis en train de voir. Quelqu’un qui pleure n’a pas besoin de dire: «Je suis triste!» Il y a quand même des limites à prendre la main des téléspectateurs!»

Une famille

Serge Boucher a travaillé de pair avec Claude Desrosiers, le réalisateur de Feux, pour bâtir la distribution cinq étoiles du drame de Radio-Canada. «On cherchait une unité, raconte le dramaturge. On voulait créer une famille d’acteurs. La majorité d’entre eux, Maude Guérin, Alexandre Goyette, Denis Bernard, Sylvie Léonard et Isabelle Vincent, ont fait beaucoup de théâtre. Si bien qu’au final, personne ne détonne. En tant qu’auteur, quand je regarde le casting, je suis comblé. Je suis assez bien servi merci.»

Serge Boucher ne tarit pas d’éloges envers Claude Desrosiers non plus. «Claude a lu 30 à 40 fois le texte. Ça lui a permis de faire des choix de réalisation judicieux. Claude, ce n’est pas quelqu’un qui fait beaucoup de plans; c’est quelqu’un qui fait plusieurs prises, mais du même plan. Il sait quoi demander aux acteurs. Il sait quoi aller chercher pour transposer cette tension à l’écran.»

«Je suis vraiment fier de Feux. Je suis fier de Claude, des acteurs... Ils me révèlent ce que j’ai écrit. C’est le plus grand cadeau.»

ICI Radio-Canada Télé diffuse Feux les lundis à 21 h.