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Le nombre de profs masculins chute

Depuis 2005, plus de 2600 hommes ont quitté l’enseignement au niveau secondaire

Une immense affiche de hockey est accrochée dans la classe de François Chalut, à l'école Laurendeau-Dunton de LaSalle.
Photo Dominique Scali Une immense affiche de hockey est accrochée dans la classe de François Chalut, à l'école Laurendeau-Dunton de LaSalle.

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Les hommes se font de plus en plus rares dans les écoles primaires et secondaires du Québec depuis les 10 dernières années.

En effet, la proportion d’enseignants masculins au secondaire est passée de 40 % à 36 % entre 2005 et 2015, selon des chiffres rendus publics par le ministère de l’Éducation mardi.

Sur un total d’environ 30 000 professeurs, plus de 2600 hommes ont quitté les écoles secondaires depuis 2005.

Une exception

Au niveau primaire où les hommes sont encore moins présents, 719 enseignants ont quitté les écoles entre les années 2005-2006 et 2014-2015 sur un total d’environ 40 000 enseignants.

Au Québec, un enseignant sur dix au niveau primaire est un homme. C’est le cas de François Chalut, professeur en 5e année à l’école Laurendeau-Dunton de LaSalle, qui fait ainsi figure d’exception.

«On dit toujours qu’on a besoin de plus d’hommes dans les écoles pour les garçons tannants qui n’ont pas de modèle masculin, mais la fille tranquille qui ne voit jamais son père, ça peut être bon pour elle aussi. Sauf qu'on n’y pense jamais», dit-il.

Plusieurs experts considèrent en effet qu’une plus grande présence masculine dans les écoles serait un atout, notamment pour encourager la scolarisation des garçons.

«L’élève a besoin de vivre dans un monde pluriel. Si on ne passe pas à l’action, [le déclin] va se poursuivre», croit Gérald Boutin, professeur en sciences de l’éducation à l’UQAM.

Parmi les raisons qui peuvent expliquer que de moins en moins d’hommes s’intéressent au métier d’enseignant, il y a la perte de prestige de la profession, le salaire qui est légèrement inférieur à celui que peuvent espérer des universitaires et les conditions de travail qui sont plus difficiles qu’avant, énumère Christian Maroy de l’Université de Montréal.

Pour Martin Bibeau, enseignant au secondaire et vice-président à l’Alliance des professeurs de Montréal, c’est ce dernier point qui prime. «La profession n’est pas attirante parce que notre expertise n’est pas reconnue. On a peu d’aide, mais une multitude de pédagocrates au-dessus de notre épaule qui pensent savoir ce qu’ils feraient à notre place.»

Une baisse légère

Reste que la baisse du nombre de professeurs masculins dans la dernière décennie est somme toute légère, relativise M. Maroy. Pour des raisons culturelles, les femmes ont toujours été plus nombreuses à être attirées par ce métier.

«À tort ou à raison, les qualités qu’on associe à ce métier sont perçues comme plus féminines que masculines dans notre société», ajoute-t-il.   

La sous-scolarisation des hommes, une « injustice »

Les gouvernements se traînent les pieds depuis des années au Québec dans le dossier de la scolarisation des hommes, s’indigne un expert qui croit que les garçons ont besoin de plus modèles masculins éduqués.

«Vraiment, la sous-scolarisation des hommes au Québec est une injustice sociale sur laquelle il faut se pencher», dénonce Égide Royer, professeur en sciences de l’éducation à l’Université Laval.

Pools de hockey

Le Journal indiquait le 29 octobre dernier que l'écart entre les notes des garçons et des filles continue de se creuser, un sujet que certains associent à la faible présence d’hommes à l'école.

Les trois experts consultés par Le Journal s’entendent pour dire que rien ne prouve qu’une plus grande présence masculine mènerait à une plus grande réussite des garçons. C’est plutôt la qualité de l’enseignement qui a le plus d’effet sur leurs notes.

Mais selon M. Royer, les enseignants masculins apportent tout de même une contribution originale en classe.

Par exemple, lors d’un séminaire réunissant 125 professeurs, M. Royer a demandé qui utilisait les pools de hockey, un sujet qui intéresse souvent les garçons et qui peut stimuler la bosse des mathématiques tout en poussant à lire les journaux. «Seulement quatre personnes ont levé la main, et c’étaient tous des hommes.»

« Malsain »

«Tant les gouvernements que les syndicats au Québec ont des réserves à composer avec la sous-scolarité des garçons et des hommes. Il y a quelque chose de malsain», affirme M. Royer.

Leur quasi-absence en éducation n’est d’ailleurs pas étrangère selon lui au fait qu’il faille faire 4 ans de baccalauréat pour être enseignant, alors que seulement 25 % des hommes passent sur les bancs des universités contre 41 % des femmes, souligne-t-il.

«Il y a plusieurs programmes qui existent pour encourager les filles à opter pour des métiers non traditionnels, mais rien pour l’inverse», observe M. Royer. 

ENSEIGNANTS MASCULINS

PRIMAIRE
 
  • 2014-2015  11,09 %
  • 2013-2014  11,32 % 
  • 2012-2013 11,33 %
  • 2011-2012 11,55 %
  • 2010-2011 11,85 %
  • 2009-2010 12,17 %
  • 2008-2009 12,51 %
  • 2007-2008 13,02 %
  • 2006-2007 13,25 %
  • 2005-2006 13,05 %
SECONDAIRE
 
  • 2014-2015 36,11 %
  • 2013-2014 36,16 %
  • 2012-2013 36,63 %
  • 2011-2012 36,54 %
  • 2010-2011 36,77 %
  • 2009-2010 37,41 %
  • 2008-2009 37,97 %
  • 2007-2008   38,52 %
  • 2006-2007 39,37 %
  • 2005-2006   39,83 %
Source: ministère de l’Éducation