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La start-up et le gouvernement : une fable moderne

La start-up et le gouvernement : une fable moderne
Syda Productions - Fotolia

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Le monde des start-ups est fascinant. La créativité, l’innovation et les prochaines révolutions technologiques y mijotent.

Ce matin, je suis tombé sur cette citation de Christian Bélair, président de Credo, qui a commandé une étude sur le sujet : « On avait le sentiment qu’il se passait quelque chose. Avec ce portrait, on voit non seulement l’effervescence, mais aussi le potentiel du secteur. »

Quel portrait réjouissant! Je partage son enthousiasme, mais j’y vois aussi un exemple frappant d’un secteur tellement nouveau, au développement tellement rapide, que nos gouvernants n’ont pas encore trouvé le temps de le réglementer jusqu’à l’immobilisme.

Bien sûr, les entreprises les plus grosses et les plus visibles attirent rapidement l’attention sur elles, comme Uber et Airbnb, mais plein de plus petites initiatives passent « sous le radar », jusqu’à un certain point. Je pense par exemple aux fintechs et à tous les projets entourant le Bitcoin, mais la liste est bien plus longue.

Cette effervescence n’est donc pas anodine, elle révèle quelque chose sur notre société. Lorsqu’on laisse le gouvernement et les bureaucrates s’occuper d’un secteur, les risques sont considérables. Même s’ils sont bien intentionnés, qu’ils veulent leur « donner une direction », ou les encourager, nos politiciens et l’administration publique n’ont pas le même ADN tourné vers l’innovation et le changement.

Mon collègue Mathieu Bédard soulignait la semaine dernière à quel point la meilleure intervention de l’État est celle qui laisse émerger d’eux-mêmes les entrepreneurs les plus innovants. Son volumineux Cahier de recherche montre bien que nous souffrons d’un retard de l’entrepreneuriat au Québec, où la liberté économique est incidemment la plus basse au Canada.

Financement Québec vante ses 440 programmes de subvention pour les entrepreneurs. Ces programmes aident-ils vraiment le développement de l’entrepreneuriat, ou est-ce qu’ils n’encouragent pas plutôt les entrepreneurs à se lancer dans un domaine subventionné? À gaspiller un temps précieux pour aller chercher une subvention plutôt que de démarcher un nouveau client? À engager une personne pour remplir des demandes auprès des gouvernements et organismes divers, plutôt qu’une représentante des ventes à l’international?

Ça ne veut pas dire que toute réglementation est négative, et que l’État ne doit jamais se mêler de rien. Cependant, « avant de faire appel à une politique pour promouvoir l’entrepreneuriat, il faut se poser une question essentielle : Cette mesure confie-t-elle plus de responsabilités aux individus ou au processus politique? Les études sont concluantes : l’entrepreneuriat est l’affaire d’individus. Laissons-les faire leurs propres choix et l’entrepreneuriat s’en portera mieux ».

Le monde vibrant des start-ups me fait méditer ces sages paroles. Si un cadre réglementaire lourd, rigide et étouffant avait déjà été mis en place, dans une stratégie gouvernementale de l’innovation disons, nous ne verrions pas une telle effervescence aujourd’hui! Quels autres secteurs seraient en effervescence aussi, si seulement nous faisions davantage confiance aux innovateurs, aux créateurs, aux pionniers?