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Des «hommes blancs en colère» du Québec crient victoire aussi

Des électeurs d’ici voient en Donald Trump un politicien à l’écoute du peuple

Julien Bertrand
Photo Martin Chevalier Julien Bertrand croit qu’il est important que chaque pays garde son identité, sa culture et ses raci­nes.

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«Les hommes blancs hétérosexuels sont pratiquement la source de tous les maux de la Terre. Ils sont tannés et ils le font savoir en élisant des gens comme Trump», estime Julien Bertrand, qui, comme plusieurs autres Québécois, aurait voté pour le milliardaire.

M. Bertrand a commencé à s’intéresser à la campagne du nouveau président des États-Unis lorsqu’il a vu tout «l’acharnement médiatique» autour du personnage.

«Les médias rapportaient qu’il était raciste, misogyne, sexiste, mais je suis allé écouter ses discours lors des rassemblements et ce n’était pas exact. Il est particulier, mais de là à le diaboliser...», dit-il.

Le Journal a voulu vérifier si le phénomène des «Angry White Men» (les hommes blancs en colère) qui auraient contribué à la victoire de Trump commençait à dépasser les frontières américaines. C’est pourquoi nous avons voulu faire un portrait de partisans de Trump au Québec.

M. Bertrand est un fervent défenseur de sa culture et de ses valeurs, et il croit qu’il est important que chaque pays conserve ses spécificités.

«On se fait dire qu’on est misogyne ou raciste parce qu’on aime bien avoir notre pays à nous. On est contents que les Algériens aient l’Algérie. Mais quand je dis que les Canadiens ont le Canada, je suis raciste», dénonce l’homme de 33 ans.

Stopper l’immigration ?

M. Bertrand s’est donc senti interpellé par les politiques prônées par l’ancien homme d’affaires, notamment en matière d’immigration.

«Ça ne m’a pas scandalisé que Trump parle du mur avec le Mexique, c’est normal de vouloir contrôler ses frontières, d’avoir une immigration sélective, c’est pas du racisme. Si vouloir protéger sa population, c’est être xénophobe, soit. Je le suis donc moi aussi», soutient celui a récemment fait un retour aux études après avoir exercé le métier de gardien de sécurité.

Et même s’il est marié avec une femme de confession musulmane, qui ne pratique plus dorénavant, il croit fermement que Trump a raison de vouloir stopper temporairement la venue d’immigrants musulmans au pays.

«Je sais que ça aurait signifié que je n’aurais jamais rencontré mon épouse, mais pour la sécurité des Américains ou des Canadiens, c’est plate, mais d’ajouter des musulmans alors il y a une crise internationale, ce n’est pas une bonne idée», insis­te l’étudiant en sciences politiques.

À l’écoute

M. Bertrand croit que ce qui explique en partie l’élection de Donald Trump, c’est qu’il est à l’écoute des problèmes du peuple et non de l’élite.

Il rappelle d’ailleurs que ce ne sont pas seulement les hommes blancs qui ont voté pour Trump, mais aussi beaucoup de femmes, des Afro-Américains et des Latino-Américains.

«Il y a beaucoup de gens de la classe ouvrière qui sont au chômage depuis que des jobs sont partis ailleurs. Ils sont les laissés-pour-compte dans la mondialisation. Trump les défend, ces gens-là», souligne-t-il.

 

Aux Québécois de prendre le virage Trump

C’est au bar La Différence à Sainte-Marie de Beauce que Daniel Couture, 66 ans, a avoué qu’il aurait voté pour Trump. Il a également indiqué au Journal que les Québécois devraient aussi prendre un virage Trump. Le père de deux enfants qui a travaillé toute sa vie à l’usine des petits gâteaux Vachon soutient que la classe moyenne est la seule à payer et que l’élite politique vit dans une bulle. «Ce sont les riches qui ont tout et le petit, il n’a rien. Il faut que ça change comme aux États-Unis avec Trump. Je suis certain qu’il va être mieux que ce que le monde pensait.» Il est même convaincu que si un personnage comme Donald Trump se présentait au Québec, il serait élu. «J’aimerais avoir quelqu’un comme Trump au Québec, il ferait bouger les choses».

« Un bon coup de pied au cul »

Paul André Beaulieu travaille dans l’immobilier et est aussi blogueur.

L’homme de Sainte-Anne-des-Monts aurait voté pour Donald Trump, et ce, même s’il «n'aime pas Trump». Cependant, dit-il, son élection signifie «un bon coup de pied au cul de l'establishment politique, médiatique, et aussi artistique». Le mur à la frontière avec le Mexique que Trump veut construire est une bonne idée, soutient M. Beaulieu, mentionnant les problèmes d’immigration illégale des É.-U. pour justifier son point de vue.

Il croit qu’au Québec aussi les politiciens, les médias, la classe artistique «vivent tous dans une bulle». «Ils imposent leur vision au peuple, sans le moindrement tenir compte de ses préoccupations», soutient-il.

Il a perdu ses amis

Un jeune homme dans la mi-vingtaine déplore d’avoir été rejeté par plusieurs personnes de son entourage parce qu'il appuie ouvertement le nouveau président des États-Unis.

«Dès que je dis que je suis pro-Trump, c’est des insultes automatiques. Je suis misogyne, raciste, quasiment nazi», sou­pire C. B., qui préfère taire son nom complet parce qu’il craint pour sa sécurité.

L’étudiant de 26 ans a même perdu des amis récemment parce qu’il a affiché son soutien au milliardaire américain.

Certains membres de sa famille ne lui adressent même plus la parole, se désole-t-il.

Il trouve difficile que le débat soit si fermé, alors que presque la moitié des électeurs américains ont voté pour lui.

«Je trouve ça dommage parce que j’ai beaucoup réfléchi, j’y crois et je voudrais qu’on en discute. On n’a pas à tous être d’accord», insiste-t-il.