/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Comme tant d’autres, je pleure Leonard Cohen

Coup d'oeil sur cet article

Je n’ai jamais rencontré Leonard Cohen. Je me demande pourquoi, d’ailleurs. À la fin des années 1950, à la galerie Denise Delrue, rue Crescent, à Montréal, les Éditions d’Orphée ont lancé deux recueils de poèmes: A Laughter in the Mind du Montréalais Irving Layton, et Terres prochaines, le seul recueil de poèmes que j’ai publié. Pierre-Elliot Trudeau, ami de Layton, était venu au lancement. C’est ce soir-là qu’est née mon amitié pour Trudeau. Une amitié qui a duré toute sa vie.

Après le lancement, Leonard Cohen est devenu un ami de Layton. Leur amitié ne s’est jamais démentie non plus. En 2007, Cohen lui a dédié son recueil de poèmes, The Book of Longing, après avoir, l’année précédente, prononcé avec émotion son éloge funèbre. Si j’avais continué de fréquenter Irving Layton après le lancement conjoint de nos poèmes, j’aurais sûrement eu le bonheur de rencontrer Leonard Cohen.

FUREY ET CAROLE LAURE

À la fin des années 1980, j’ai produit le long-métrage Fantastica de Gilles Carle. Lewis Furey en avait composé la musique et il avait partagé la vedette du film avec Carole Laure. C’est un admirateur inconditionnel de Cohen, dont l’influence est d’ailleurs évidente dans son œuvre. Pendant le tournage, Carole Laure présenta à Leonard Cohen son amie, la photographe parisienne Dominique Issermann. Elle devint pour quelque temps la compagne du poète-chanteur. Si j’avais continué de fréquenter Lewis et Carole, il est évident qu’ils m’auraient présen­té Leonard Cohen.

Michel Garneau fut longtemps un ami très proche et un fréquent collaborateur. Quand je dirigeais les Productions du Verseau avec Aimée Danis, Michel a fait de sa voix chaude et ronde la narration de presque tous les documentaires que nous avons produits. Par la suite, il a adapté en français des chansons de Cohen et, surtout, il a traduit Book of Longing sous le titre Livre du constant désir, publié en 2007 aux Éditions de l’Hexagone. À cette époque, j’avais perdu Michel Garneau de vue, si bien que je n’ai pas eu le bonheur de le rencontrer avec Leonard Cohen.

LE SCULPTEUR VAILLANCOURT

J’ai fréquenté sporadiquement l’immense sculpteur Armand Vaillancourt, mais je ne me souviens pas de Suzanne Verdal McCallister. Elle fut la compagne d’Armand avant de devenir la première muse de Cohen et le sujet de Suzanne, la chanson qui a lancé Cohen. Si j’avais vu plus souvent Armand, toujours resté ami avec Leonard Cohen, j’aurais sûrement eu le bonheur de le rencontrer.

Aux funérailles de Trudeau, Leonard Cohen était l’un des porteurs. Si j’avais pu assister au service à l’église Notre-Dame, je l’aurais forcément croisé, mais j’étais confiné dans un kiosque érigé sur la Place d’Armes, ayant été engagé pour commenter la cérémonie funèbre à la télévision.

ON L’ENTENDRA ENCORE LONGTEMPS

Jeudi soir dernier, pourquoi ai-je été frappé de stupeur en appre­nant la mort de Leonard Cohen, moi qui ne l’avais jamais rencontré? Pourquoi ai-je passé toute la journée de vendredi à écouter ses chansons l’une après l’autre, les yeux pleins d’eau? À travers le monde, des millions de personnes ont fait comme moi. Pourtant, elles non plus n’avaient jamais rencontré Leonard Cohen.

«You’ll be hearing from me baby, long after I’m gone», a écrit Cohen de façon prémonitoire dans sa chanson Tower of Song. On entendra ce poète encore longtemps, très, très longtemps.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Donald Trump aurait demandé à Vladimir Poutine de lui faire parvenir les plans du mur de Berlin.