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Une communauté se mobilise

La collecte de fonds permettra de payer de l’ergothérapie à des élèves, un service rarement offert à l’école

Éloan Labrecque, 6 ans, a participé à des ateliers en compagnie de professionnels l’an dernier grâce au projet des Chevaliers de Colomb. «Ça lui a donné un bon coup de pouce», témoigne sa mère, Marie-Hélène Coutu.
Photo Dominique Scali Éloan Labrecque, 6 ans, a participé à des ateliers en compagnie de professionnels l’an dernier grâce au projet des Chevaliers de Colomb. «Ça lui a donné un bon coup de pouce», témoigne sa mère, Marie-Hélène Coutu.

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Le besoin d’ergothérapeutes est si criant dans les écoles du Québec que les Chevaliers de Colomb de Marieville collectent des fonds pour payer des services professionnels aux élèves de leur coin.

«Je vois les bénéfices [des services d’ergothérapie]. Il y a des problématiques qu’on voyait chez ces jeunes-là qu’on ne voit plus après», témoi­gne Sacha Plamondon, directeur de l’école Notre-Dame-de-Fatima, où une trentaine d’élèves participent au projet.

Souvent associés au milieu de la santé et aux centres de réadaptation, les ergothérapeutes peuvent aider des enfants de maternelle à développer leur motricité fine, à tenir un crayon ou des ciseaux.

Or, seulement une quarantaine d’ergothérapeutes œuvrent dans les écoles du Québec, les commissions scolaires n’étant pas tenues d’en embaucher, contrairement aux psychologues et aux orthophonistes. L’Ordre des ergothérapeutes a d’ailleurs l’intention de déposer un mémoire afin de plaider pour une plus grande intégration de la profession en milieu scolaire.

Services payés

Entre-temps, une communauté a décidé de se prendre en mains pour offrir des services professionnels aux élèves de maternelle de neuf écoles de la Montérégie. Pour une troisième année, les Chevaliers de Colomb distribuent des billets de tirage à 5 $ et visent à amasser 60 000 $.

Les fonds iront au projet «L’enfant s’éveille... et s’émerveille», qui organise du dépistage et des ateliers en classe faits par un ergothérapeute pour les enfants ciblés, ainsi que des soirées avec des professionnels, incluant un ergothérapeute, un orthophoniste et un psychoéducateur, en compagnie des parents.

«On manque tellement de services! [...] On a vraiment été chanceux de pouvoir participer au projet l’an passé», dit Marie-Hélène Coutu, mère d’Éloan, 6 ans, qui a même pu bénéficier de séances d’ergothérapie privées payées par le programme.

Vendre du chocolat ?

Le garçon avait notamment un problème d’hypersensibilité aux mains qui affectait sa motricité fine et globale. «On a vu une amélioration, à force de faire les exercices», se réjouit Mme Coutu. Il est maintenant capable de s’accrocher après des barreaux dans la cour d’école.»

Louangé par tous et considéré comme innovateur, le projet des Chevaliers de Colomb n’en est pas moins un symptôme du manque de ressources dans les écoles, croit Johanne Pomerleau, présidente de la Fédération des professionnels de l’éducation du Québec (FPPE).

«On est rendu où, pour devoir faire des collectes de fonds pour aider les enfants? Vont-ils devoir vendre du chocolat pour avoir des services?» s’indigne-t-elle.

Plaidoyer pour plus d’ergothérapie à l’école

L’Ordre des ergothérapeutes souhaiterait que ses membres soient plus présents dans les écoles, une idée qu’appuient de plus en plus de directeurs d’école.

«Tous les directeurs sont d’accord: il faudrait plus d’ergothérapeutes», affirme Michèle Demers, de la Fédération québécoise des directions d’établissements d’enseignement.

«C’est difficile d’apprendre à écrire si on n’arrive pas à tenir son crayon», illustre France Verville, directri­ce de la section Québec de l’Association canadienne des ergothérapeutes.

L’Ordre des ergothérapeutes a d’ailleurs l’intention de déposer un mémoire qui va dans ce sens dans le cadre des consultations publiques sur la réussite éducative lancées par le ministre de l’Éducation en septembre dernier.

Listes d’attente

Selon Emmanuelle Jasmin, professeure d’ergothérapie à l’Université de Sherbrooke, la priorité devrait être donnée aux élèves de maternelle et de première année afin de dépister les problèmes de motricité le plus tôt possible.

D’autant plus que les enfants qui ne sont pas déjà diagnostiqués ont difficilement accès aux ergothérapeutes du réseau public de la santé, les listes d’attente étant longues et la présence de ces professionnels varia­ble d’une région à l’autre, obser­ve Mme Jasmin.

Reste que l’idée arrive dans un contexte où le manque de services est déjà un problème.

«Depuis deux ans, on ne fait que réparer les pots cassés», dit Johanne Pomerleau de la FPPE.

«C’est certain que dans un monde idéal, il y aurait bien plus de servi­ces s’adressant aux enfants. On n’a pas d’autre choix que de privilégier certains services par rapport à d’autres», avoue Alain Camaraire, directeur des ressources éducatives à la Commission scolaire des Hautes-Riviè­res, qui chapeaute les écoles ciblées par le projet montérégien.

Le ministère de l’Éducation n’a pas souhaité commenter le dossier.


Qu’est-ce qu’un ergothérapeute ?

 
Son rôle : aider à l’adaptation physique pour un quotidien normal
 
Exemples d'activités :
  • correction de la posture d'un employé en milieu de travail
  • réadaptation d'une personne handicapée
  • développement de stratégies pour les enfants qui ont des troubles moteurs
 
Exigences pour être ergothérapeute :
  • avoir une maîtrise professionnelle en ergothérapie
  • faire partie de l'Ordre des ergothérapeutes