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Le sexe roffe pour les nuls

Naughty girl

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C’est passé date, je sais. Depuis Sklavounos, il y a eu le linge de Safia Nolin, les journalistes espionnés par la police, l’élection de Trump, le 399$ par mois aux BS, les crottes de nez d’Hélène David... Dans le long intestin de la psychose médiatique, c’est dans un rythme effréné que le neu’ pousse le vieux.

J’ose quand même revenir à cette époque lointaine (oh, au moins un mois!) où le mot « culture du viol » était de tous les statuts facebook.

Certains de mes amis mâles se grattaient le coco en privé : « Mais... qu’est-ce que ça veut dire, "sans oui c’est non"? Il va falloir demander verbalement, à toutes les minutes, si la fille est d’accord? À toutes les fois qu’on veut changer de position, genre? Ça va pas rendre le tout un peu plate? »

Je ne peux pas croire que c’est ça qu’on veuille dire avec ça. Moi-même, je ne triperais pas à me faire demander trente fois pendant l’acte sexuel si je suis ok, si je consens toujours.

Mais alors, quoi? La question se complique d’autant plus pour les nombreux adeptes de sexe « roffe ». Il faut reconnaître que les jeux de domination font aujourd’hui partie de la palette populaire des plaisirs sexuels, appréciés autant par des hommes que par des femmes. Comment marier ça avec l'exigence d’un consentement qui soit constamment verbalisé?

C’est précisément à éclairer ce genre de questionnements que l’éducation sexuelle pourrait servir. Un petit cours d’une heure trente à tout le monde suffirait à départager les choses, à séparer le doute et la culpabilité de l’extase et du gros fun.

Exemple de ce qui pourrait être une partie du cours.

Le BDSM (acronyme découlant des expressions « bondage/discipline », « domination/submission » et « sadism/masochism ») est un échange de pouvoir consenti entre deux partenaires. 

Contre-exemple no.1 : Jian Ghomeshi, amateur autoproclamé de « rough sex (BDSM) », écrivait sur facebook à l’aube du scandale : « Je ne m’adonne qu’à des pratiques sexuelles qui ont été mutuellement consenties et qui sont excitantes pour les deux partenaires. »

Comment s’assurait-il que l’autre consentait et trouvait ça excitant? Dan Savage, qui a interviewé des amantes de Ghomeshi, conclut que le style de Jian était d’initier le « sexe roffe » (frapper une femme au visage ou l’étouffer, par exemple) et de croire que, si la femme ne disait rien, ne s’opposait pas ou revenait le voir, alors ça voulait dire qu’elle consentait. Qui ne dit mot consent, dit le dicton. À première vue, rien là de trop scandaleux, sauf qu’il faut réfléchir un peu plus qu’à première vue, dans la vie, si on veut arriver quelque part.

Contre-exemple no. 2 : Un monsieur me pogne le sexe dans la rue sans que je n’aie eu le temps de lui dire non. Quand je lui crie de dégager, il me répond : « Ah, tu n’aimes pas ça, je comprends. Je vais tenter ma chance auprès d’autres filles ». Pourra-t-on dire que le comportement de cet étrange personnage est acceptable? Non, assez vite on l’enverra à la police.

Question à la classe : Qu’est-ce qui était absent de la relation, dans ces exemples?

Réponse d’un participant : Il n’y avait pas de demande verbale de consentement avant de passer aux actes.

Là, le prof fait une face qui veut dire : « mmmhm, pas tout à fait ça. » Il attend d’autres réponses. Aucune ne vient. Le prof continue.

Le credo qu’a adopté la communauté BDSM quant à ses pratiques sexuelles est : « sécuritaire, sain et consensuel », c’est-à-dire que le sexe BDSM doit être basé sur une confiance mutuelle entre les partenaires.

C’est là qu’il est, le mot qui change tout : confiance.

Comment déterminer s’il y a confiance mutuelle? Tu utilises ta tête et ton coeur, man. Ils t’envoient des signaux constamment. Quand il y a une confiance mutuelle solide, tu peux t’aventurer dans les délices de la domination sans avoir à vérifier constamment auprès de ton partenaire « soumis » si tout va bien. Celui-ci, parce qu’il te fait confiance, connaît mille manières de te signifier son potentiel désagrément, certaines aussi subtiles que sûres. Et toi, parce que tu as à coeur cette confiance qu’il te porte, tu auras pour lui les plus grands égards, la plus grande délicatesse.

Jennifer Hunter, qui a étudié la psychologie à Harvard et qui dirige maintenant une ligne érotique payante de luxe (des femmes qui offrent leurs services de domination par téléphone), dit que « tout bon dominant sait que c’est le soumis qui est vraiment en contrôle. Tout ce qu’un soumis a à faire est de se détendre et de profiter du voyage pendant que de délicieux actes sexuels lui sont prodigués. C’est lui/elle la star. Quelqu’un d’autre prend en charge son désir de changement. C’est le « maître » qui chorégraphie toute l’action. »

Quant au dominant, ce qu’il considère généralement comme l’excitant numéro 1, c’est que son partenaire lui abandonne volontairement le contrôle. C’est pas pour rien que l’une des répliques cochonnes reprises dans plusieurs maisons du pays est « T’aimes ça, salope, t’en veux encore », et non pas « Tu refuses, salope, je m'en fous, c’est moi le plus fort. »

Bref, si t’es incapable de mesurer la confiance qui te lie à ton partenaire, ne fais rien de tout ça : pas de claques, pas d’étranglements, pas d’insultes, pas d’ordres. La base. Simple comme bonjour.