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Les Hells imposent une taxe de 10%

Deux motards ont été victimes de tentatives de meurtre pour avoir cessé de payer la «TVH»

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Photo d'archives, Joël Lemay Phil «Crazy» Boudreault (à gauche) et Martin Bernatchez (avec la tuque) aux funérailles du Hells Lionel Beauchamp, en novembre 2015, à Repentigny.

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Ayant repris la mainmise sur le marché de la drogue au Québec, les Hells Angels se montrent impitoyables envers ceux qui veulent y brasser des affaires sans payer la «taxe de vente» hebdomadaire de 10 % imposée par les motards.

Revigoré par la fin en queue de poisson de l’opération SharQc devant les tribunaux et la sortie de prison de la plupart de ses membres, le puissant gang criminalisé n’entend pas à rire avec l’application de ce qu’on pourrait appeler sa «TVH» – pour «taxe de vente des Hells».

À preuve, les forces policières croient que les deux principaux dirigeants du défunt chapitre ontarien Nomads des Hells, Martin Bernatchez et Philippe «Crazy» Boudreault, se sont fait tirer dessus parce qu’ils ne versaient plus de redevances à leurs «frères» québécois, a appris Le Journal.

Boudreault, un ancien boxeur olympique qui était vice-président des Nomads de l’Ontario, est toujours confiné à un fauteuil roulant depuis qu’un éclat de projectile d’arme à feu s’est logé près de sa colonne vertébrale, le 16 avril dernier, à Lachute.

Bernatchez, le président du même chapitre, a survécu à trois balles qui l’ont atteint au camping L’EstriVal – anciennement connu sous le nom de Tropicana – au milieu de la nuit du 12 août, à Granby.

Pas de concurrence

Fondé il y a 15 ans par plusieurs ex-Rock Machine du Québec après la guerre des motards, le chapitre Nomads ontarien a finalement été dissous, en septembre.

Pourtant, c’est cette même section qui, sur le terrain, avait prêté main-forte aux Hells québécois pour tenir à flot le commerce de la drogue alors que la majorité de ces derniers étaient incarcérés après l’opération SharQc de 2009.

«Présentement, il n’y a aucune organisation criminelle qui a la capacité d’affronter les Hells au Québec. Ils ont repris leur place», nous a mentionné une source policière.

Les policiers n’écartent d’ailleurs pas que des «défauts de paiements» de cette taxe soient à l’origine de certains meurtres reliés au crime organisé, cette année.

Pas de taxe, pas de vente

Quand les réseaux de trafiquants ne sont pas dirigés par les Hells, ceux-ci perçoivent systématiquement 10 % des recettes des autres groupes opérant sur ce qu’ils considèrent être «leur» territoire.

«Tu es autorisé à vendre seulement si tu payes la taxe», a témoigné l’enquêteur Roger Ferland, de l’Escouade régionale mixte de lutte au crime organisé (ERM), au procès d’un trafiquant qui se déroulait au palais de justice de Québec, en 2014.

<b>Roger Ferland</b><br>
<i>Enquêteur</i>
Photo d'archives
Roger Ferland
Enquêteur

D’après nos informations, le marché des stupéfiants peut actuellement générer des profits mensuels de 100 000 $ pour les Hells Angels les plus prospères.

«Aujourd’hui, les Hells gèrent tout le marché criminel dans la province. Ils font beaucoup d’argent. Même la mafia italienne, déstabilisée par les opérations policières et les conflits internes, leur paie leur cut (redevance)», a ajouté une autre source au fait du milieu interlope.

Des millions cash

Bien que les Hells tentent d’infiltrer l’économie légale et de diversifier leurs activités, le trafic de stupéfiants demeure leur principale source de revenus, a témoigné le sergent Alain Belleau, de la Sûreté du Québec, devant la commission Charbonneau.

On ignore la quantité actuelle de poudre blanche présentement écoulée sur le marché québécois des stupéfiants.

Mais à titre indicatif, la SQ estimait qu’à l’époque de l’opération policière Printemps 2001, il se vendait pas moins de 11,5 kg de cocaïne et 3 kg de haschich par jour, dans la province, et que Maurice «Mom» Boucher et les autres Nomads empochaient des profits de 6 millions $ chaque mois.

– Avec la collaboration de Félix Séguin

Les prix du marché

  • 1 kg de cocaïne: 50 000 $ (soit le même prix que les Hells et la mafia avaient fixé en 2000)
  • 1 gramme de cocaïne: 100 $
  • Recettes moyennes de la vente de chaque kilo de cocaïne coupé et vendu sur le marché de la rue: environ 400 000 $
  • Nombre de doses produites avec un kilo de cocaïne sur le marché de la rue: entre 12 000 et 15 000 doses d’un quart de gramme
  • Prix d’un gramme de cannabis: 10 $
  • Valeur d’un plant de marijuana de culture extérieure: 2000 $
  • Valeur d’un plant de marijuana de culture intérieure (hydroponique): 1000 $
  • Prix d’un gramme de haschich: 15 $
  • 1 millilitre de GHB: 5 $
  • 1 comprimé de méthamphétamine («meth», «speed», «pinotte»): 5 $
  • 1 comprimé d’ecstasy (MDMA): 8 $

* Source: Sûreté du Québec, 2015