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L’homophobie encore bien présente

Le Canada fait bonne figure à l’égard des droits des gais, contrairement à d’autres régions du monde

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La disparition des derniers vestiges d’une loi criminalisant la sodomie au Canada et jugée discriminatoire auprès des jeunes homosexuels désigne une fois de plus le pays comme l’un des plus avancés en termes de droits des gais. La situation n’est toutefois pas rose partout, comme en témoigne la recrudescence de l’homophobie en Europe de l’Est.

Le gouvernement canadien a déposé cette semaine un projet de loi pour abroger l’article 159 en vertu duquel la sodomie est un acte criminel s’il est pratiqué à plusieurs ou par des adolescents de moins de 18 ans.

«C’est une disposition archaïque qui stigmatise directement les jeunes homosexuels», déplore Alexandre Dumont Blais, codirecteur des communications à Rézo santé et mieux-être des hommes gais, bisexuels, cis et trans.

La communauté LGBT canadienne milite depuis longtemps pour l’annulation de cette loi, un vestige d’un autre temps, selon elle.

Le projet de loi du gouvernement Trudeau a obtenu une réception positive auprès des chefs des trois principaux partis d’opposition.

Le Canada en avance

D’après la titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie de l’UQAM Line Chamberland, le Canada fait bonne figure à l’échelle mondiale pour les droits homosexuels.

«La situation s’est améliorée très vite ici. Jusqu’en 1969, l’homosexualité était considérée comme un crime dans le Code criminel, comme une maladie pathologique dans certains guides médicaux et comme un péché par l’Église. Et 35 ans plus tard, les homosexuels ont une égalité de droit avec les hétérosexuels», dit-elle, en précisant tout de même que tout n’est pas encore réglé.

L’union de fait entre partenaires de même sexe est reconnue depuis 1999 et le mariage gai est légal partout au pays depuis 2005. L’adoption par des conjoints de même sexe est aussi permise dans la plupart des provinces depuis le début des années 2000.

Néanmoins, comme en témoigne notre carte ci-dessus, la situation est encore bien loin d’être rose partout, surtout au Moyen-Orient et en Afrique, où certains pays ne réservent rien de moins que la peine de mort aux homosexuels.

L’Europe de l’Est en recul

On constate aussi actuellement une recrudescence de l’homophobie en Europe de l’Est. «La situation est inquiétante en Hongrie et en Pologne, notamment. On pouvait considérer que ça allait de l’avant, mais la montée de mouvements de droite et d’extrême droite a changé la donne. On a vu plusieurs agressions contre des groupes homosexuels en Pologne et en Hongrie», dit-elle.

On observe toutefois une tendance inverse en Amérique du Sud, où la situation des homosexuels s’est particulièrement améliorée ces dernières années.

«C’est un continent où il y a eu de nombreuses avancées. Le mariage gai est maintenant permis au Brésil, en Argentine et en Uruguay, par exemple. Certains pays et grandes villes de la région ont aussi adopté des politiques de lutte contre l’homophobie», explique Mme Chamberland.

LÉGENDE

L’homosexualité et la Loi dans le monde

Selon les plus récentes données de l’Association internationale des lesbiennes, gais, bisexuelles, trans et associations gaies (ILGA), 75 pays dans le monde criminalisent les relations entre personnes de même sexe ainsi que les gestes sexuels considérés comme «contraires à la loi», dans leurs législations ou leurs codes basés sur la charia. Dans certains cas, ces lois n’ont jamais été mises en application, mais elles existent sur le papier, comme c’est le cas pour la sodomie au Canada.

Peine de mort

13 pays ou régions prévoient la peine capitale pour les actes homosexuels. Parmi eux, la Mauritanie, le Soudan, le Yémen, l’Arabie saoudite, l’Iraq, l’Iran et l’Afghanistan (à même leurs lois fédérales), et certaines régions du Pakistan, de la Syrie et du Nigéria (selon la loi islamique, la charia).

Emprisonnement

73 pays et 5 régions prévoient des peines d’emprisonnement pour des actes sexuels jugés contraires à la loi, comme les relations homosexuelles, la sodomie ou la bestialité. Parmi ces pays, 14 États ou régions peuvent condamner une personne fautive à la prison à vie, dont le Guyana, la Tanzanie, l’Ouganda, l’Érythrée, l’Inde, le Bangladesh, plusieurs régions d’Indonésie et certaines îles des Antilles, comme la Barbade, où cette loi n’a toutefois jamais été appliquée.

Pas de législation spécifique

Plusieurs pays, notamment d’Asie et d’Europe de l’Est, n’ont pas de législation spécifique concernant l’homosexualité ou ont vu leurs lois punissant les actes homosexuels être décriminalisées.

Reconnaissance des unions homosexuelles

Selon l’ILGA, 47 pays et 65 régions reconnaissent les unions homosexuelles. De plus en plus de pays s’ouvrent à l’idée de donner les mêmes droits aux minorités sexuelles qu’aux hétérosexuels. En Europe et en Amérique du Sud, le «mariage pour tous» est en expansion. À l’heure actuelle, 22 États dans le monde donnent aux couples homosexuels l’accès au mariage, et 25 autres recon­naissent les unions civiles. Il en va de même de la reconnaissance des familles: 27 États et 28 régions autorisent l’adoption conjointe, tandis que 17 autres États autorisent l’adoption par le partenaire.

Lois de propagande limitant la liberté d’expression

Aucune peine spécifiée

Sodomie interdite

Voici quelques pays où la sodomie est encore considérée comme acte criminel durement puni.

Tunisie 

La loi prévoit une peine d’emprisonnement de trois ans pour tout acte de sodomie dans ce pays d’Afrique du Nord. L’homosexualité y est aussi illégale et un examen anal peut être exigé pour prouver qu’une personne s’est livrée à cette pratique.

Arabie saoudite

La peine prévue pour un homme marié est la mort par lapidation, tandis qu’un homme célibataire fait face à la flagellation et à un an d’exil.

Bhoutan 

Une peine d’emprisonnement pour une période d’un an au maximum est prévue par la loi dans ce pays du sud de l’Asie.

Iran 

La sodomie entre hommes majeurs est punie par la pendaison dans ce pays du Moyen-Orient, sauf si la personne l’avoue et se repent.

Saint-Vincent-et-les-Grenadines 

Le Code pénal de cette petite île des Antilles prévoit une peine de 10 ans d’emprisonnement pour toute personne reconnue coupable de sodomie.

La sodomie est aussi considérée comme illégale au Maroc, en Nami­bie, au Zimbabwe, au Liberia et au Soudan, entre autres, mais les lois, comme au Canada, ne sont pas systématiquement appliquées.

Sources : International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA), Le Point, Rapport Réalités juridiques et sociales des minorités sexuelles dans les principaux pays d’origine des personnes nouvellement arrivées au Québec (2014), Le Figaro, Tribune de Genève, Libération

 

 

 

 

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