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Et si on laissait les garçons parler de l'école...

Et si on laissait les garçons parler de l'école...

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J’ai réuni tous les gars de 6e année de mon école pour entendre ce qu’ils avaient à dire sur leur parcours scolaire. Après plus d’une heure à discuter uniquement entre boys, à porte close, leurs frustrations et leurs désirs m’ont fait réaliser qu’on parle souvent de la réussite des garçons sans vraiment se concentrer sur leurs vrais besoins...
 
D’emblée, les élèves ont dit qu’ils avaient l’impression d’avoir une étiquette, qu’être un gars faisait en sorte que, peu importe la situation, c’était pire s’il s’agit de garçons. À tort ou à raison, ils ont la certitude que les profs mettent la pédale plus douce quand il s’agit des filles, que ce soit dans un conflit dans la cour ou à propos d’un comportement en classe.
 
Ainsi, ils faisaient le lien avec un exemple qu’ils avaient presque tous vécu: être placé dans une équipe de filles. Parce qu’ils dérangeaient en bougeant un peu trop, en parlant avec un ami ou en riant trop longtemps ou trop fort, on leur a demandé de s’asseoir désormais avec une ou plusieurs filles. Pour les garçons devant moi, c’était une forme d’humiliation, une autre façon de souligner en gras sur leur étiquette qu’il fallait avoir le comportement d’une fille pour être adéquat dans une classe.
 
Plusieurs de mes élèves m’ont d’ailleurs confié que les filles les entourant se faisaient  alors souvent un devoir de souligner chaque pet de travers comme si elles devenaient des paires d’yeux supplémentaires à l’enseignant. Évidemment, je leur ai répondu que celles-ci, tout comme l’enseignant, avaient certainement les meilleures intentions du monde. Toutefois, leur scepticisme était aussi palpable que leur trop-plein des mêmes mesures d’encadrement qui reviennent année après année.
 
Quand je leur ai demandé ce dont ils avaient besoin pour déranger un peu moins et travailler un peu plus, ils m’ont répondu qu’ils avaient besoin d’aimer leur enseignant, d’avoir un lien. D’accord, mais comment créer ce lien avec nos garçons qui leur permettrait d’être vraiment ce qu’ils sont, peu importe la situation vécue en classe? C’est simple: partager des intérêts avec eux, jouer et bouger. 
 
Ils ont cité en exemple les profs qu’ils avaient préférés en soulignant que ceux-ci aimaient les mêmes films qu’eux ou jouaient à des jeux vidéo qu’ils connaissaient. Mieux encore, ces enseignants prenaient de leur temps pour sortir dehors pour bouger ou organiser un tournoi de ballon canadien. Mais, avant toute chose, ces superprofs faisaient un effort tous les jours pour transformer leur classe en salle de jeux pour apprendre. Parce qu’évidemment,« quand tu as du plaisir, tu apprends plus vite et ça rentre mieux! C’est facile à comprendre Monsieur Éric...»
 
Pour ceux qui voudraient m’écrire qu’on ne peut pas toujours jouer et que la vie, c’est sérieux, je ne peux rien vous répondre qui fera votre affaire. Les recherches effectuées par des gens beaucoup plus qualifiés que moi ont déjà statué que le jeu symbolique et le ludique donnent un accès privilégié aux apprentissages. Nous ne vivons plus à l’ère des bureaux en rangs bien cordés et aux cahiers d’exercices que les enfants complètent en même temps sans broncher. Pour le meilleur et pour le pire, les jeunes ont changé et c’est à l’école de s’adapter pour offrir un tremplin efficace à la connaissance.
 
Je n’ai pas pu m’empêcher d’aborder la question des enseignants masculins à l’école. Ils en veulent plus, mais les élèves amènent des nuances. D’abord, ce n’est pas parce que c’est un homme qu’il sera forcément compétent. Ensuite, même si un homme est plus enclin à les comprendre, «si une enseignante est assez gars pour qu’on ait un lien avec elle, ça n’a aucune importance que ce soit une femme.» Enfin, ils affirment que c’est comme dans n’importe quoi, il faut un équilibre: «trop de gars comme profs, ce ne serait pas mieux.»
 
Par ailleurs, mes élèves m’ont demandé pourquoi nous étions très peu d’hommes dans les écoles primaires du Québec. Je leur ai dit que, selon moi, ça n’avait aucun rapport avec le manque de reconnaissance ou le salaire. En fait, je leur ai répondu par une question. «Comment vous sentez-vous quand vous êtes le seul gars dans une équipe de filles pour un projet?» Comme pour nos garçons, il faudrait que notre système d’éducation au primaire se masculinise un peu plus pour que davantage d’hommes s’y reconnaissent et qu’ils aient envie de faire partie de l’aventure.
 
À la fin de cet exercice, lorsqu’on est sorti tous ensemble pour jouer au drapeau, on s’est dit qu’on avait hâte que l’hiver s’installe. Pourquoi? Parce que chaque année, je supervise des jeux comme Le roi de la montagne où les garçons me poussent dans tous les sens pour que je mange un peu de neige. On fait aussi des séances de sumo sur glace pendant lesquelles on fait sortir son adversaire d’un cercle.
 
Vous avez bien lu: on se bouscule entre boys et ça reste toujours dans des limites encadrées par le respect de l’autre. Mieux encore, c’est probablement la meilleure façon que j’ai trouvée en 12 ans d’enseignement pour éliminer l’anxiété de mes garçons avant une activité en classe particulièrement exigeante.
 

 

Les solutions sont souvent simples et sous notre nez. Il suffit de prendre le temps de les mettre en place...