/finance/business
Navigation

Devant l’avenir incertain des médias, Québecor demande de la flexibilité au CRTC

La présidente et chef de la direction de Groupe TVA et de Québecor Groupe Média, Julie Tremblay.
Photo Agence QMI, Martin Alarie La présidente et chef de la direction de Groupe TVA et de Québecor Groupe Média, Julie Tremblay.

Coup d'oeil sur cet article

LAVAL  |   L'avenir de la télévision traditionnelle et l’importance de l’information locale ont dominé la comparution de Québecor Média aux audiences publiques du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), mardi, à Laval.

En insistant sur la précarité dans laquelle évoluent les médias, Québecor a demandé au CTRC de ne pas lui imposer de nouvelles obligations réglementaires.

De plus, considérant le marché particulier que représente l’environnement francophone, la présidente et chef de la direction de Groupe TVA et de Québecor Groupe Média, Julie Tremblay, a rappelé l’engagement historique dont a fait preuve l’ensemble du groupe envers le contenu canadien dans son offre de programmation.

«Nous avons tenu et même dépassé nos engagements, et ce, malgré un environnement télévisuel très fragilisé», a insisté Mme Tremblay, en réitérant sa requête de ne pas alourdir le fardeau réglementaire de l’organisation.

«Nous pouvons alourdir votre fardeau réglementaire si nous considérons que c’est utile», a rétorqué le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, après la présentation de Québecor Média.

Durant les audiences, le CRTC est revenu à de nombreuses reprises sur la possibilité de déterminer un pourcentage des revenus que devrait réserver le groupe pour la production de nouvelles, comme pour le contenu canadien.

À cet égard, Denis Rozon, vice-président et chef de la direction financière de Québecor Groupe Médias et Groupe TVA, a soutenu qu’il faudrait, vu l’incertitude économique, non pas tenir compte des revenus historiques, mais ceux de l’année courante.

«Dans notre milieu des médias, le passé est loin derrière nous et le futur est incertain», a illustré Denis Rozon.

Québecor Média a réitéré son désir d’obtenir une flexibilité pour s’adapter aux bouleversements de consommation. Avec la désaffiliation des abonnés du câble au profit d’autres outils technologiques de distribution et diffusion des contenus, les réseaux doivent être inventifs pour suivre les forces du marché.

Québecor Média a aussi insisté sur sa feuille de route, qui a démontré que ses engagements avaient été observés. De 2012 à 2015, les dépenses pour des émissions canadiennes ont dépassé les seuils exigés par le CRTC d’y consacrer 80 %.

Le président du CRTC a néanmoins demandé à Québecor Média de lui soumettre, d’ici le 2 décembre, des pistes qui pourraient guider, éventuellement, s’il décidait d’imposer des obligations réglementaires, ce qui pourrait aussi inclure de se conformer à des pénalités pécuniaires imposées si des engagements ne sont pas respectés.

«Vous pouvez demander un allègement de licence en cours de route, l’inverse n’est pas vrai. Le conseil ne peut pas relever ses exigences une fois que la licence de 5 ans a été accordée», a conclu M. Blais sur ce point.

La distinction de Québec

En ce qui concerne l’information locale, Québecor Média a tenu à souligner le caractère distinct de la station TVA Québec. Bien qu’il s’agisse d’une station de programmation locale, J. Serge Sasseville, vice-président principal, Affaires corporatives et institutionnelles de Québecor Média, a plaidé pour le maintien de la vocation actuelle de cette station.

C’est qu’afin d’assurer une programmation télévision dite locale, le CRTC a introduit deux concepts: la pertinence locale et le reflet local. Une piste qui «pourrait nuire à l’objectif recherché», selon Québecor Média.

«Ces bulletins ont comme objectif premier de refléter d’abord et avant tout la localité, ils ne peuvent être strictement de reflet local. Ces bulletins doivent aussi tenir compte de la pertinence locale, en raison du caractère imprévisible de l’actualité et de son importance éditoriale» a soutenu Serge Fortin, vice-président TVA Nouvelles – TVA Sports – Agence QMI.

Là encore, TVA ne juge pas nécessaire qu’on lui impose un seuil ou un pourcentage de dépenses ou encore de contenu de «reflet local». La production locale, pour le marché de Québec qui est aussi celui de la Capitale-Nationale, entre dans une catégorie à part. TVA Québec présente 18 h de production locale par semaine, dont 5 h 30 de nouvelles.

«Il y a un risque, pour les citoyens de la ville de Québec, parce que ça coûte cher de trouver des nouvelles de réflexions locales avec des journalistes sur le terrain», a soulevé Jean-Pierre Blais, revenant à la charge sur la question d’obligations minimales.

«Je peux vous dire que la priorité ne sera pas de couvrir les élections françaises pour les citoyens de Québec», a lancé Serge Fortin, «Notre succès en écoute passe par notre capacité de faire une couverture locale, pertinente et efficace», a renchéri le vice-président TVA Nouvelles.

Pour sa part, Julie Tremblay a rappelé que la durée des bulletins de nouvelles locales du Réseau TVA n’a pas été réduite.

«Elle (TVA) a toujours confié aux régions la pleine responsabilité de la cueillette d’information et elle n’a pas centralisé ses activités sur le terrain. Notre présence locale est toujours aussi solide», a dit Mme Tremblay.

En revanche, les régies de productions ont été concentrées à Québec et Montréal en raison de la conversion des bulletins régionaux en format haute définition (HD).

L’avenir de la télévision

Le CRTC a aussi demandé à Québecor Média comment le groupe envisageait l’environnement télévisuel dans les cinq prochaines années.

«Nous croyons au multiplateforme, nous croyons que notre contenu doit voyager et nous sommes conscients que la télévision linéaire fait l’objet de pressions. Cela dit, nous savons que certains consommateurs veulent continuer d’y avoir accès», a affirmé Mme Tremblay.

Depuis la dernière comparution du groupe, les revenus publicitaires du Réseau TVA ont reculé de 14,2 %, ou 33,2 millions $, de 2011 à 2015. Durant cette même période, le bénéfice avant intérêts impôts et amortissements a fondu de 32 % pour le réseau.

Pour Julie Tremblay, présidente et chef de la direction de Groupe TVA et Québecor Groupe Média, l’écosystème médiatique est «fragilisé», même si l’avenir est à l’audiovisuel. Elle a aussi insisté sur la volonté manifeste de rejoindre les consommateurs, là où ils se trouvent, sans tenter de forcer un virage technologique ou en leur imposant un mode de distribution ou l’autre.

«Nous n’avons pas de stratégie pour changer les consommateurs, on les suit, on s’adapte à leurs besoins», a tenu à nuancer Julie Tremblay.

Suivre le consommateur, c’est aussi comprendre ses habitudes. L’écoute en rafale, pour les émissions et les téléséries, constitue aussi un changement de taille qui ajoute une pression chez les diffuseurs et producteurs de contenus.

«L’écoute en rafale fait en sorte qu’il faut plus de contenus. C’est un bouleversement en termes de coûts et de vitesse de production», a ajouté Julie Tremblay.