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L’industrie de l’incarcération dopée par l’élection de Trump

Contrairement à Barack Obama, le président élu Donald Trump estime que la privatisation du milieu carcéral américain «a l’air de marcher bien mieux».
hoto d'archives, AFP Contrairement à Barack Obama, le président élu Donald Trump estime que la privatisation du milieu carcéral américain «a l’air de marcher bien mieux».

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Washington | La victoire de Donald Trump a pris par surprise les milieux économiques, mais a aussitôt redonné des couleurs à un secteur méconnu aux États-Unis: l’industrie privée des prisons et des centres de détention pour immigrés illégaux.

Au lendemain de l’élection du magnat de l’immobilier, les actions des deux principales entreprises du secteur, Corecivic (ex-Corrections Corporations of America) et GEO Group, ont vu leurs actions flamber respectivement de 43 % et 21 % après avoir été moribondes pendant de longs mois.

Obama et Clinton

À la mi-août, l’administration Obama leur avait porté un sérieux coup d’arrêt en annonçant qu’elle cesserait d’avoir recours aux prisons privées, qui constituent le gros de leurs activités.

La candidate démocrate Hillary Clinton promettait de s’engager dans la même voie et affirmait qu’il ne devrait pas y avoir de «motivations financières pour remplir les prisons avec de jeunes Américains», même si les maisons d’arrêt privées accueillent une infime portion (environ 0,5 %) des 2,2 millions de personnes incarcérées aux États-Unis.

« Loi et l’ordre »

L’élection du 8 novembre a toutefois changé la donne et le sentiment des investisseurs. M. Trump a ainsi conquis la Maison-Blanche en promettant une politique répressive fondée sur la «loi et l’ordre», qui devrait faire gonfler les incarcérations, et en s’engageant à expulser 11 millions d’immigrés clandestins.

Or aux États-Unis, les centres de détention pour migrants sont, à une écrasante majorité, gérés par ces mêmes entreprises privées, notamment Corecivic et GEO Group, sous la supervision de l’agence fédérale de l’immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE).

Résultat: la promesse du candidat Trump d’expulser deux à trois millions de clandestins délinquants dans les premiers jours de son mandat devraient provoquer un surplus d’activité pour le secteur.

«Cela va se traduire par une très forte augmentation du nombre d’immigrants en détention parce qu’il ne sera pas possible d’expulser ces gens sans passer par une procédure judiciaire et donc par une détention», affirme Bethany Carson, de l’ONG de lutte contre l’incarcération de masse GrassRoots leadership.

400 000 clandestins détenus

À l’heure actuelle, quelque 400 000 migrants sont détenus chaque année aux États-Unis, selon différentes estimations, avec un coût pour le contribuable et des sources de revenus pour les entreprises: un lit d’adulte dans un centre de rétention revient ainsi à 123 dollars par jour et les unités familiales à 342 dollars, selon des chiffres officiels.

Selon le cabinet d’études IBISWorld, cette industrie de la détention de personnes en attente d’expulsion représente aujourd’hui 21 % d’un marché global de l’incarcération États-Unis.

«Ce chiffre devrait croître dans les cinq prochaines années au moment où les principaux acteurs du secteur (...) étendent les capacités d’accueil des immigrants illégaux», affirmait le rapport d’IBISWorld publié juste avant la victoire de Donald Trump.

– Par Jeremy Tordjman, Agence France-Presse

Congrès oblige

Quelle que soit l’orientation future de l’administration Trump, les entreprises du secteur pourront en tout cas compter sur une sorte de rente de situation qui a de beaux jours devant elle.

Depuis 2009, le Congrès oblige ainsi l’administration à maintenir occupés chaque jour 34 000 lits dans les centres de rétention afin de maintenir les efforts de lutte contre l’immigration clandestine, une mesure qui a largement profité au secteur privé.

Manque de supervision

Critiquant le manque de supervision des autorités et les conditions de détention des migrants, l’association de défense des droits civiques ACLU appelait récemment les autorités à se «défaire de leur dépendance» au secteur privé.

Pas sûr toutefois que le président Trump suive cette voie. «Je pense qu’on peut faire beaucoup de privatisations et de prisons privées. Ça a l’air de marcher bien mieux», déclarait-il en mars.

Les deux géants du secteur se gardent de tout triomphalisme et se contentent de défendre leur partenariat avec le secteur public, au nom d’une rationalisation des coûts.