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Des propriétaires de pitbull accusés de négligence

Le chien avait mordu une enfant de huit ans au visage en septembre 2015

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Photo d'archives Le propriétaire du chien, Karim Jean-Gilles, lors de son arrestation.

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Les propriétaires d'un pitbull qui avait défiguré une fillette de huit ans dans un parc de Brossard l'an dernier viennent d’être formellement accusés de négligence criminelle.

S’il peut être fréquent que des recours civils soient intentés contre des propriétaires pour le comportement d’un animal, des accusations criminelles à cet effet sont plus rares.

Le 20 septembre 2015, la petite Vanessa a été attaquée par deux chiens au parc Marquise à Brossard. L’un d’eux l’a jetée au sol et l’a mordue au visage. C’est la mère de l’enfant qui l’avait sauvée, en se jetant sur elle pour la protéger.

Malgré tout, le crâne de la fillette a été perforé par les crocs du chien et sa mâchoire a été broyée. Par la suite, elle avait notamment dû subir une opération de huit heures.

Le propriétaire du chien, Karim Jean-Gilles, a été accusé le 3 novembre dernier de négligence criminelle causant des lésions. Sa mère, Hyacinth Parker, fait aussi face à la même accusation. Ils doivent comparaître pour la première fois mardi au palais de justice de Longueuil.

Le pitbull qui a agressé la fillette de huit ans a été euthanasié peu après.
Photo d'archives
Le pitbull qui a agressé la fillette de huit ans a été euthanasié peu après.

Preuve difficile

Au moment du drame, seule la femme était présente. Elle habitait tout près du parc et y accompagnait les chiens. Ces derniers n’étaient pas attachés avec une laisse. Durant l’attaque, elle avait tenté de les maîtriser, mais les bêtes ne portaient pas de collier, avaient raconté des témoins à l’époque.

Son fils, Karim Jean-Gilles, se serait présenté peu après et aurait pu récupérer les molosses en les agrippant par les pattes pour les contrôler, avant de les traîner jusque chez lui. L’homme de 34 ans avait été arrêté, puis relâché plus tard.

Si plus d’un an s’est écoulé entre l’attaque et la mise en accusation, c’est notamment parce qu’il peut être difficile de prouver la négligence criminelle, selon des experts en droit.

«Il faut prouver que la personne n’a pas pris tous les moyens nécessaires pour pallier la dangerosité du chien. Il faut prouver une insouciance déréglée», a commenté le criminaliste Patrick Davis.

Ainsi, le comportement des maîtres doit être analysé afin de déterminer s’il y a eu témérité ou s’il s’agit d’un accident.

«Ce ne sont pas des éléments de preuve directe qui vont prouver la négligence, mais bien de preuve indirecte, comme le témoignage de témoins ou une enquête de quartier auprès des voisins», a ajouté Me Conrad Lord.

Climat de peur

D’ailleurs, le pitbull impliqué dans l’attaque était bien connu dans le voisinage. Des résidents qui habitent près du parc où l’agression s’était déroulée avaient confié à l’époque vivre dans un véritable climat de peur. Les chiens de l’accusé se promenaient en effet souvent en liberté, selon plusieurs.

Un voisin aurait même été obligé de contacter le 9-1-1 après qu’une des bêtes s’en fut prise à un homme.

Envoyer un message clair aux maîtres

Vanessa et son père, Bernard Biron, quelques semaines après l’attaque.
Photo d’archives
Vanessa et son père, Bernard Biron, quelques semaines après l’attaque.

«J’espère que ça va envoyer un message clair qu’on doit être responsable de nos animaux. Les gens vont peut-être y réfléchir à deux fois avant de laisser leur chien se promener à l’extérieur sans laisse», a lancé Bernard Biron, le père de Vanessa.

L’homme s’est dit surpris d’apprendre que des accusations de négligence criminelle étaient enfin déposées contre les propriétaires du chien qui a agressé son enfant en septembre 2015.

«Je ne peux pas me réjouir du malheur des autres, mais je suis malgré tout satisfait. On a l’impression que le dossier s’en va dans la bonne direction», a-t-il dit.

État stable

Après l’attaque, l’enfant avait dû subir d’importants traitements, dont une chirurgie de huit heures. Plus d’un an après, son état est stable, se réjouit son père.

«Elle a des séquelles permanentes, notamment de la paralysie. Mais elle a appris à vivre avec ces conséquences», a exposé M. Biron.

Il en a profité pour souligner la qualité de l’enquête policière, ce qui a permis que ce dossier se retrouve devant la justice.

«Je sais qu’historiquement, ce n’est pas arrivé souvent qu’un propriétaire soit accusé au criminel. Dans ce cas-ci, je crois que c’est grâce au travail très rigoureux de la policière chargée de l’enquête», a-t-il ajouté.

Le père se réjouit de voir que depuis l’attaque de sa fille, les choses ont grandement changé. La Ville de Brossard, où l’agression a eu lieu, a d’ailleurs banni les pitbulls de son territoire l’été dernier.

«J’espère que le fait qu’il n’y ait pas eu d’attaques [de pitbull] récemment n’amènera pas le gouvernement à laisser tomber ce dossier, simplement parce que la pression médiatique n’est plus aussi forte», a-t-il dit.