/lifestyle/books
Navigation

Seule dans le désert australien

Coup d'oeil sur cet article

Après avoir raconté ses expéditions en Amérique du Sud et ses trois années de marche de la Sibérie à l’Australie dans Sauvage par nature, l’aventurière suisse Sarah Marquis présente dans son nouveau récit, Instincts, le défi extrême auquel elle s’est confrontée en 2015, au cœur du désert australien.

Sarah Marquis a choisi de faire un face-à-face avec la nature, seule, pendant trois mois, dans le vaste territoire inhabité des Kimberley, sans réserve de nourriture. Chaque jour, elle devait compter sur son instinct pour tracer son chemin, parfois à travers des terrains arides rocailleux, d’autres fois dans un couvert végétal inextricable, en évitant les serpents et les crocodiles.

Trouvant des moyens d’étancher la soif et de se nourrir, Sarah Marquis a survécu – difficilement – grâce aux techniques ancestrales des aborigènes. Son aventure lui a permis, une fois de plus, de voir les ressources qu’on possède au fond de nous, mais aussi de se questionner sur les valeurs humaines et la société actuelle.

Son témoignage est profondément inspirant et ses compétences peuvent être transposées à la vie quotidienne: oublier la peur pour évaluer le danger, faire demi-tour quand on s’est trompé de chemin, se fier à son instinct, croire à la magie de la vie.

Se mettre en danger, sortir totalement des sentiers battus, pourquoi? «Je ne sais toujours pas pourquoi je marche, ni pourquoi je fais ce genre de choses», répond Sarah en entrevue. «J’ai cette chose à l’intérieur de moi qui me pousse à marcher et d’aller répondre à des questions qui sont existentielles pour nous, les humains.»

Défis intenses

Au cours des trois mois d’expédition, le manque de nourriture, puis la quête infernale d’une source d’eau pour survivre, créaient des défis physiques et psychologiques intenses. «La faim était vraiment quelque chose de terrible, de traumatisant, même. Sans la force intérieure, c’est pas possible de survivre à ça. Les deux sont liés. Il fallait lier toute ma connaissance – je sais comment c’est quand on est vraiment poussé dans les extrêmes. Mais là, j’ai vraiment poussé le bouchon un peu trop loin. C’était fabuleux à vivre, mais je ne le referais jamais.»

Quand elle est rentrée à la maison, elle se réveillait la nuit pour aller vérifier s’il y avait de la nourriture dans son frigo. «Ce qui me fascine toujours, c’est d’avoir l’eau au robinet, pour boire. C’est complètement fou comme concept. Il ne faut pas la pomper, la chercher, la transporter, et on peut la boire sans la traiter! Le plus pur luxe, pour moi, c’est l’eau au robinet.»

Admiration

Sa vision des aborigènes d’Australie, qui survivent depuis des millénaires dans une contrée aussi hostile, est remplie d’admiration. «Après avoir vécu ça, je me suis posé plein de questions: comment ils ont fait, depuis 60 000 ans? Il y a des villages entiers avec des personnes âgées, des enfants à nourrir. C’est un travail énorme et un savoir énorme, nous, on les a décimés, on les traite de sauvages... c’est pour ça que je dédicace mon livre à tous les peuples indigènes de la planète.»

«Nous, on s’éloigne tellement de tout ça que c’est presque inquiétant. Écrire et parler de cela est presque un devoir: il faut expliquer et revenir à la base. On est conçus pour survivre dans la nature, on est liés à la terre, notre mère première, c’est la terre. Il faut réfléchir et se repositionner.»

  • Sarah Marquis parcourt le monde à pied depuis 23 ans.
  • Elle a été nommée Aventurier de l’année 2014 par National Geographic.
Photo courtoisie