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Le tchador à Couillard

Le tchador à Couillard
Photo Simon Clark

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Ainsi en a décidé le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. Le projet de loi 62, sur la soi-disant «neutralité religieuse de l’État» qu’il a défendu férocement en Chambre, permettra aux employées de la fonction publique et parapublique de porter le tchador, la burqa et le niqab. Un beau cadeau empoisonné à l’approche des Fêtes.

Couillard, le vire-capot

Pourtant, dans une conférence de presse pathétique qu’il avait donnée à titre de chef du PLQ le 15 novembre 2013, il avait rabroué sans ménagements son député Marc Tanguay, alors porte-parole de l’opposition officielle en matière de laïcité, qui avait déclaré, le 12 novembre 2013 que «les candidates libé­rales pourront porter le tchador». À la décharge de Marc Tanguay, il ne faisait que répercuter la position de son chef.

La suite donne le vertige. Effrayé à l’idée de devoir signer lui-même, comme chef de parti, le bulletin d’une candidate libérale portant le tchador, Philippe Couillard l’avait répudié illico, le qualifiant de «très proche du voile intégral. C’est un vêtement qui s’accompagne d’un retrait social. C’est incompatible avec l’action politique» (Le Devoir, 16 novembre 2013).

Une trahison

Et qu’en est-il de la fonction publique? s’est-il fait demander. Est-il acceptable d’y accueillir des employées qui porteraient cette tenue dégradante pour les femmes? Embarrassé, il a eu cette réponse laconique: «On va regarder cette question-là.»

Donc, après avoir envisagé, dans un premier temps, en 2013, le port du tchador pour les députées et ministres libérales, Philippe Couillard avait effectué un virage à 180 degrés sous la pression de plusieurs député(e)s du caucus libé­ral et du tollé général dans l’opinion publique.

Il avait capitulé, dans un geste de repli stratégique, pour gagner du temps. Une fois dans le siège du conducteur, il se permet d’instrumentaliser le pouvoir et imposer le tchador, la burqa et le niqab, par voie de législation, à l’ensemble des employées de l’État.

Ce faisant, il révèle son vrai visage, celui d’un autocrate prosaoudien qui n’hésite pas à enfoncer un projet de loi hideux dans la gorge de ses propres députés et de ses candidats aux élections partielles du 5 décembre prochain. C’est une trahison de tout ce que le PLQ a fait pour l’avancement des femmes au Québec, depuis le droit de vote et d’éligibilité des femmes en 1940.

Pour qui roule Couillard ?

Je pense, entre autres, à la regrettée Sylvie Roy, qui s’était battue, à mes côtés, contre l’implantation de la charia au Canada, qui doit se retourner dans sa tombe en sachant que le candidat libéral Luc Dastous, qui veut lui succéder dans Athabaska, appuie un gouvernement qui appliquerait cette même charia salafiste en soumettant les employées de l’État à l’ostracisme du tchador et de la burqa.

Et que dire de la jeune candidate libérale dans Saint-Jérôme Naömie Goyette, condamnée à faire ses premiers pas en politique avec un chef qui importe le modèle saoudien des rapports hommes-femmes au cœur du gouvernement du Québec?

Pour qui roule Philippe Couillard quand il passe sous silence l’oppression des femmes par les prédicateurs salafistes d’ici et d’ailleurs, qui les forcent à s’enterrer sous les tchadors et les burqas? Comment peut-il banaliser ces symboles d’asservissement des femmes au point de les associer à une affaire de liberté individuelle, voire d’égalité homme-femme?

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