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Sauvons notre lait !

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L’Union des producteurs agricoles (UPA) est réunie en congrès cette semaine. L’événement se terminera aujourd’hui même, par l’allocution du (très mauvais) ministre Pierre Paradis. Cela est une occasion de réfléchir au fait que l’agriculture laitière est mal en point chez nous. Nous aurions pourtant intérêt à nous en occuper. La ferme laitière a une importance qui est tout autant symbolique pour la culture du Québec que réelle pour son économie. Le système de gestion de l’offre, qui encadre son fonctionnement, est la cible perpétuelle des idéologues patentés ou des porte-paroles des intérêts étrangers qui feignent d’être préoccupés par la productivité de nos agriculteurs.

Le livre Une crise agricole au Québec. Vers la fin des fermes laitières au Québec? arrive au bon moment. Coécrit par Simon Bégin, attaché politique du regretté Jean Garon, Yan Turmine, agronome et entrepreneur, et Yannick Patelli, éditeur pour la revue La Vie agricole, l’essai frappe là où ça fait mal. S’agissant d’un livre de synthèse et de vulgarisation de première force, prions pour qu’il intéresse avant tout les consommateurs, peu au fait de la réalité des agriculteurs.

Le premier constat posé, c’est que l’agriculture laitière est un gros morceau. Un très gros morceau. Avec 5 800 fermes laitières ayant produit 2,9 milliards de litres de lait en 2015, avec 82 600 emplois directs et indirects, 110 usines de transformation, sa place prépondérante est indiscutable. Le Québec, qui représente à peine plus de 20 pourcent de la population canadienne, produit 37 pourcent du lait, 55 pourcent des fromages et 80 pourcent du yogourt au Canada, et ce, même si la ferme laitière québécois compte en moyenne 20 vaches de moins que la canadienne. Avec 8 700 litres de lait par vache par année, la ferme québécoise est parmi les plus productives, en plus d’être de haute qualité, alors que les règles de santé –notamment en ce qui concerne les hormones de croissance- sont des plus sévères.

Cela ne veut pas dire que tout va bien, loin s’en faut. La compétition ne se fait pas à armes égales avec l’Europe et les États-Unis, où les normes sanitaires sont moindres et où on ne se gêne pas pour subventionner la production agricole. La ferme américaine regroupe plusieurs centaines de vaches, trois fois plus qu’au Québec. L’usage d’hormones de croissance leur permet de produire plus. Nous pourrions bien entendu faire le même calcul au nom de la productivité, mais est-ce vraiment ce que nous voulons ?

Peu à peu, le Canada a fait des concessions au cours des dernières décennies, si bien que 8 pourcent de la part de marché est déjà occupée par les importations. Ajoutons-y un autre 2 pourcent si l’Accord économique et commercial global est signé, et 3,25 pourcent si le Partenariat transpacifique (PTP), que Donald Trump a la bonne idée de vouloir éliminer, en venait à voir le jour. En revanche, l’Europe et les États-Unis n’accordent aux importations que respectivement 1 et 3 pourcent de leurs parts de marché. Deux poids, deux mesures.

Sans oublier la question du « lait » diafiltré, importé des États-Unis sans tarifs douaniers par les industriels canadiens de la transformation, comme Saputo, Parmalat ou, jusqu'à mai dernier, Agropur. Ceux-ci font ainsi venir un liquide de protéines laitières à prix modique au détriment des producteurs locaux de vrai lait.

Ce n’est qu’un aperçu sommaire, tant de l’enjeu de l’agriculture laitière que du livre remarquable de Bégin, Turmine et Patelli, mais c'est aussi un cri du cœur. Il faudra impérativement se pencher sur cette menace bien réelle qui plane sur le Québec.