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Des pignons verts dépoussiérés

Des pignons verts dépoussiérés
Photo courtoisie

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Dépassée, Anne, La Maison aux Pignons verts? Entre féminisme, peur de l’autre et questions existentielles, la troupe du Théâtre Advienne que pourra redore le blason de cette œuvre d’une actualité criante.

Après plusieurs séries télévisées, un parc d’attraction au Japon et des dizaines de réadaptations, restait-il vraiment quelque chose à exploiter dans le roman de Lucy Maud Montgomery? «J’étais vraiment sceptique avant de lire le livre. J’ai découvert une œuvre forte, foncièrement féministe, et qui aborde de manière franche la peur de l’autre, souligne Paméla Dumont. La jeune comédienne, fraîchement diplômée de l’UQAM, se glissera dans la peau de la jeune héroïne sur les planches du Théâtre Denise-Pelletier.

L’œuvre tombait à point pour la compagnie du Théâtre Advienne que pourra. «On a réalisé qu’on n’avait travaillé que des personnages masculins. Pour célébrer les 10 ans de la compagnie, on s’est dit qu’il était temps de mettre une femme de l’avant», note le metteur en scène Frédéric Bélanger.

Traverser le siècle littéraire

Lucy Maud Montgomery a dû faire face à toute une résistance lors de la parution de Anne, La Maison aux Pignons verts, en 1908. «Elle était vraiment avant-gardiste dans son propos. Choisir de faire parler un enfant, une fille en plus, a fortement déplu à l’élite masculine qui a relégué ce roman-là dans une catégorie fleur bleue et l’a boudé pendant des décennies»,

explique Paméla Dumont. En effet, la version française de l’ouvrage n’est parue qu’en 1986 au Québec.

Où en est-on 30 ans plus tard? «En fait, en allant voir des étudiants de cinquième secondaire, on s’est frottés principalement à de l’ignorance plutôt qu’à une résistance», note Frédéric Bélanger. Plusieurs n’avaient jamais entendu parler d’Anne et l’exploration des thèmes liés au roman a réussi à créer certains malaises. «Quand les comédiens masculins ont demandé aux garçons lesquels d’entre eux étaient féministes, peu de mains se sont levées. Ils étaient gênés», se rappelle Paméla Dumont.

Toucher droit au cœur

Continuant leurs échanges avec ces jeunes, les comédiens ont proposé une lecture de la pièce à un petit groupe d’entre eux. «J’avais tellement peur qu’ils trouvent ça quétaine, poche, cucu, que je n’ai jamais levé les yeux de la feuille», raconte Frédéric Bélanger. Une fois la performance terminée, c’est toutefois une réaction inattendue qui s’est produite. «Les deux tiers d’entre eux avaient les yeux pleins d’eau», note Paméla Dumont.

Anne, après tout, reste une jeune fille à laquelle s’identifient toujours les adolescents. «Au cours de la pièce, elle passe de 12 à 17 ans. Elle se pose plein de questions, a peur de se tromper, et ça, les jeunes de 2016 le vivent encore», remarque la comédienne. C’est aussi une enfant qui est rejetée par sa communauté. «Elle est orpheline, elle est rousse et tout le monde la juge et la craint. Au final, c’est une pièce qui parle de l’acceptation de l’autre et c’est un sujet plus important que jamais», martèle-t-elle.