/opinion/blogs/columnists
Navigation

L’élimination des devoirs: un impact positif plus grand qu’on le croit!

Le sac d'école... une fierté et un fardeau!
© Archives Les livres glissés dans les sacs d'école ne sont pas le poids le plus important à traîner...

Coup d'oeil sur cet article

À l’automne 2013, j’ai pris une grande décision en tant qu’enseignante. J’ai décidé d’éliminer les devoirs et les leçons dans ma classe de 5e-6e année, demandant uniquement à mes élèves de lire au moins 20 minutes chaque soir. Aujourd’hui, mes élèves de 1re année n’en ont pas non plus...

Pourquoi éliminer les devoirs?

Horaire de fou

Tout d’abord, comme je l’ai mentionné dans mon dernier blogue «Ahhhhh! Les jeunes d’aujourd’hui »... méritent-ils vraiment cette appellation méprisante, les enfants que nous côtoyons dans nos classes participent à de multiples activités sportives, artistiques ou sociales.

L’horaire familial est complexe et souvent surchargé.

À l’heure où ils arrivent le soir après plus de 9 ou 10 heures passées entre les murs de leur école, ils ne sont tout simplement plus disposés à travailler et aimeraient bien avoir du bon temps avec leurs parents.

Les devoirs et leçons sont aussi une source de stress pour les parents.

Combien disent, avant de quitter le bureau : «Je m’en vais faire mon 2e chiffre!»

Les parents verraient-ils leurs fins de journée comme un fardeau s’ils n’avaient pas à faire de devoirs avec leurs enfants? Ne préfèreraient-ils pas les câliner, jouer avec eux, échanger sur leur journée et les border souriant après une lecture captivante à rire des images ou à pleurer la mort d’un personnage?

Source de conflits

De plus, on crie souvent haut et fort de l’importance de la relation entre l’école et la maison.

Les enseignants veulent que les parents soient leurs alliés, qu’ils parlent en bien de l’école afin que leur enfant ait une vision positive du milieu qu’il côtoie quotidiennement.

Or, ces mêmes enseignants oublient une chose : les devoirs qu’ils prescrivent sont souvent l’une des plus grandes sources de conflits entre les parents et leur enfant.

Auriez-vous le goût de collaborer avec une personne qui, premièrement, vous impose quoi faire chez-vous le soir alors que vous avez votre journée dans le corps et qui, en plus, nuit à la relation avec votre enfant?

Personnellement, je n’avais plus envie d’être celle qui dicte aux parents quoi faire dans leur maison ou être celle qui est, directement ou non, à l’origine d’une guerre familiale ou responsable de confrontations non désirées.

Je voulais que mes élèves apprennent à se responsabiliser dans ma classe, travaillent durant leurs heures de cours, décident par eux-mêmes de l’importance d’étudier ou non et profitent de leur vie familiale le soir.

Prioriser la lecture

Tous les enseignants vous diront que la compétence la plus importante est la lecture...

Dans chaque plan de travail, les enseignants en prescrivent à la maison.

Par contre, sachez que, par souci de conscience, les parents priorisent, le plus souvent, ce qui sera demandé dans le contrôle de la semaine : ils veulent que leur enfant réussisse et qu’il obtienne une bonne note.

Or, après 30 minutes de tourmente et voyant leur enfant au bout du rouleau, ils oublient ou décident volontairement de laisser tomber la lecture.

Ne pas la faire ne paraitra pas dans le contrôle hebdomadaire.

Doit-on les blâmer? Je ne crois pas!

Ce qui est triste dans cette situation, c’est que pour la grande majorité des enfants, ce qui aura été étudié sera déjà oublié la semaine suivante.

Par contre, la lecture, elle, fera toujours partie de leurs apprentissages et ce, peu importe la matière.

Ainsi, en éliminant les devoirs et leçons, on vient accorder de l’importance à la lecture, on la priorise, mais surtout on développe le goût de lire chez les enfants et on leur permet de développer des stratégies efficaces!

Réduire le décrochage scolaire

Si votre employeur vous disait qu’à partir de maintenant et ce, pour les 17 prochaines années, vous êtes dans l’obligation de travailler tous les soirs et certains jours la fin de semaine.

Que diriez-vous? Ou plutôt, que feriez-vous? Est-ce que vous essayeriez d’aller voir ailleurs? Pourtant, en entrant en 1re année, c’est le cadeau qu’on offre aux enfants...

Je ne dis pas que l’élimination des devoirs règlerait complètement ce fléau, mais croyez-moi, questionnez un enfant du primaire et demandez-lui ce qu’il déteste de l’école.

Le plus souvent, c’est ce qui se passe à l’extérieur des murs qui l’empêche de se lever avec le sourire le lundi matin.

Ce dégoût pour les travaux à la maison les empoisonne, les stresse jusqu’à l’adolescence et cette pression les amène, pour certains, à aller voir ailleurs...

Pourquoi les enseignants continuent-ils de donner des devoirs?

C’est simple! Pour arrêter d’en donner, il faut changer ses pratiques. Il faut offrir des périodes d’étude à tous les jours, il faut changer sa façon d’enseigner, il faut se remettre en question, revoir ses méthodes et se faire confiance, car pour éliminer les devoirs, l’enseignant doit être convaincu qu’il est la personne la mieux placée pour enseigner des notions. Il faut aussi penser au bien-être de l’enfant avant de penser au nôtre, même si cela nous occasionne du travail supplémentaire. Est-ce que les enseignants sont vraiment prêts à chambouler leur confort?

De plus, plusieurs enseignants croient encore à l’utilité des devoirs et leçons, malgré les nombreuses études sorties récemment prouvant le contraire! C’est leur opinion, je la respecte, mais, je peux vous dire que les sourires que je récolte chaque matin grâce à cette pratique m’ont convaincue que l’école devait s’adapter à la société dans laquelle nous vivons.

Finalement, pour un enseignant, donner des devoirs, c’est aussi les gérer : c’est mettre un bonhomme triste à côté d’un enfant qui ne l’a pas fait et c’est compter le nombre de devoirs non remis. C’est aussi voir un enfant nerveux et honteux d’avoir joué au hockey au lieu d’avoir travaillé, c’est aussi entendre un enfant nous répéter qu’il ne l’a pas compris, c’est aussi réaliser que certains enfants n’ont pas de soutien et que d’autres ont même reçu l’explication du lendemain.

Ne pas donner de devoirs, c'est permettre à des parents de s'intéresser à l'école autrement, c’est travailler en sous-groupe de besoins, c’est voir les difficultés sur le terrain, c’est donner un enseignement de qualité à tous et chacun, même ceux qui, normalement, n’auraient pas eu de soutien, c’est lire une histoire au lieu de gérer des devoirs! Enfin, ne pas donner de devoirs, c’est croire en notre profession, car les meilleures personnes pour enseigner aux adultes de demain, ce ne sont pas les parents, ce sont NOUS, les enseignants!