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Dans la rue avec les sans-abri

Un prêtre veut vivre dans la rue d’ici Noël afin de sensibiliser les gens à la réalité des itinérants

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Valérie Gonthier et Pierre-Paul Poulin

Un prêtre montréalais a décidé de répondre à l’appel du pape François d’aller vers les plus démunis en pas­sant ses jours et ses nuits dans la rue auprès des itinérants jusqu’à Noël.

«Le pape a dit qu’il aime mieux une Église écorchée et sale, mais qui va vers les gens, qui part en périphérie... et c’est ce qu’on fait ce soir», explique Claude Paradis.

Lui-même un ancien toxicomane qui s’est sorti de la rue en devenant prêtre, ce curé côtoie les sans-abri du centre-ville presque quotidiennement depuis deux décennies.

Hier soir, il était de retour dans la rue lorsque Le Journal lui a parlé. «Je suis d’accord avec la position du pape François, que j’aime beaucoup», dit-il.

Depuis jeudi, il pousse son implication plus loin: jusqu’au 24 décembre, il va troquer presque toutes les nuits le confort de son lit pour l’air glacial des rues montréalaises. L’homme de 61 ans n’entend s’accorder un répit que lorsque sa santé l’exigera.

«Je veux sensibiliser les gens aux réalités de l’itinérance pour éliminer les préjugés. Je veux me battre pour la dignité de ceux qui sont dans la rue, être leur voix, parce que j’ai été comme eux», a lancé le religieux.

Première nuit

Le Journal l’a accompagné durant ses premières heures dans les rues. Vers 19 h, jeudi soir, il s’est habillé chaudement et a quitté l’archevêché de Montréal, où il réside. Il était accompagné de son acolyte Keven Cardin, 30 ans, qui s’est sorti de la rue il y a quelques années.

À l’angle des rues Sainte-Catherine et Mackay, ils se sont assis sur le trottoir, puis ils ont tendu un gobelet de métal à l’effigie du Canadien de Montréal devant eux. 

«Bonne soirée!» répétaient-ils aux passants, en souhaitant que quelqu’un y mette des sous. Claude Paradis a souvent quémandé de l’argent. Mais cette fois, ce n’était pas pour s’approvisionner en drogue, mais plutôt en nourriture.

«J’avoue que j’ai trouvé ça difficile de quêter, ça me gênait, a-t-il confié, par la suite. Alors, imaginez comment ça peut être humiliant pour ceux qui vivent toujours dans la rue et qui n’ont rien.»

Peu payant, très fatigant

La soirée n’a pas été très payante pour eux. Au total, ils ont récolté 4,55 $. Ils ont pu se ravitailler grâce à des pointes de pizza offertes par une passante à la sortie d’un restaurant. L’abbé Paradis a tenté de s’assoupir en se réfugiant dans une station de métro. Mais à minuit, des gardiens de sécurité l’ont escorté à l’extérieur.

Ils n’ont ainsi pas dormi de la nuit. Pour combattre le froid, ils ont plutôt marché, et ce, pendant des heures. Une expérience plus difficile qu’il ne le pensait. 

«Le plus dur pour moi, dit-il, ç’a été la faim et la fatigue. J’avais mal aux jambes.»

Il avoue redouter ses prochaines nuits au froid. Mais il tient à continuer le défi.

«Ça montre qu’il est possible de s’en sortir. Et ça me rappelle d’où je viens et que je ne veux surtout pas y retourner», confie-t-il.