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La vraie histoire d’Escobar

Le fils du trafiquant et un producteur québécois s’associent pour un documentaire

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La «vraie vie» de Pablo Escobar sera portée à l’écran par un producteur montréalais, avec la complicité du fils du célèbre milliardaire de la cocaïne.

Sebastian Marroquin, qui a refusé de suivre les traces de son père, ainsi que le producteur Eric Hébert, de l’entreprise Trio Orange, ont confirmé au Journal que le tournage de deux documentaires, prévu en Colombie mais aussi au Québec, débutera au printemps 2017.

Photo courtoisie

Le buzz de Narcos

Le projet est né du buzz entourant la télésérie Narcos, librement inspirée de la vie du riche narcotrafiquant colombien et devenue l’une des plus prisées des 81 millions d’abonnés de Netflix dans le monde, depuis le début de sa diffusion à l’été 2015.

Mais l’histoire romancée de Narcos fait d’Escobar «un héros», déplore le fils de celui qu’on surnommait El Patron.

«Grâce aux mensonges et à la publicité de Netflix, mon père est devenu plus populaire que jamais. Moi, j’aimerais que les jeunes connaissent sa vraie histoire et qu’ils comprennent que ce n’est pas un modèle à suivre», a expliqué Sebastian Marroquin en entrevue exclusive au Journal.

Architecte, ce dernier vit en Argentine sous une nouvelle identité depuis la mort de son père.

«Je n’utiliserai jamais la vie de mon père pour glorifier le trafic de drogue et la violence», a-t-il enchaîné, bien que les documentaires lèveront le voile sur certains faits d’armes des tueurs (sicarios) à la solde d’Escobar, à qui l’on attribue la responsabilité de plus de 4000 morts.

Plus fort que la fiction

La réalité est «souvent plus forte que la fiction, et c’est ce qui m’intéresse», ajoute Eric Hébert, qui a pu rencontrer Marroquin avec l’aide d’un «contact» montréalais, après avoir lui-même «tripé» sur Narcos.

«On livrera des informations inédites. Sebastian a accepté de nous faire partager des documents personnels, des lettres de son père et des vidéos amateurs. On tournera où l’histoire d’Escobar s’est vraiment passée», a-t-il précisé, disant réaliser «un rêve».

Liens avec les motards

Les titres provisoires des deux documentaires sont L’histoire vraie de Pablo Escobar et Les routes de la cocaïne exportée par le cartel de Medellín.

Ces routes passaient d’ailleurs par le Canada et le Québec. Il semble que les Hells Angels aient fait partie des partenaires d’affaires du «Patron».

«Il y a beaucoup de motards impliqués dans ce business et mon père les employait pour faire entrer la drogue aux États-Unis, en traversant la frontière canadienne par une route que personne n’a jamais filmée auparavant», indique le fils d’Escobar, qui dit avoir «plusieurs amis au Canada».

- Avec la collaboration de Stéphan Dussault

«Pas fier» de la violence de son père

«J’ai réalisé à un très jeune âge que, si je voulais demeurer en vie, je devrais emprunter un chemin différent de celui que mon père avait choisi», a confié le fils de Pablo Escobar au Journal.

Sebastian Marroquin se dit d’ailleurs «très reconnaissant» des conseils que lui a donnés le paternel en lui interdisant de toucher à la drogue avant même qu’il n’ait atteint l’âge de 10 ans et en l’incitant à rester loin du milieu «destructeur» des stupéfiants.

«Je le remercie pour cela. Mais je ne suis pas fier de toute la violence que mon père a exercée pour garder la mainmise sur le trafic de drogue. D’ailleurs, j’ai déjà demandé pardon aux nombreuses victimes de mon père, au nom de la paix et de la réconciliation», a mentionné celui qui s’appelait Juan Pablo Escobar Henao et qui avait 16 ans quand son père a été abattu par la police colombienne, en 1993.

Fortune abandonnée

Cibles de menaces de mort, sa mère Maria Victoria, sa sœur Manuela et lui ont ensuite fui en Argentine, où ils vivent toujours. À l’époque, le groupe rebelle colombien Los Pepes avait entrepris d’exterminer les associés d’Escobar et 300 d’entre eux ont été tués.

Sebastian Marroquin a toujours affirmé publiquement qu’il n’est rien resté de la fortune présumée de son père – laquelle aurait été de trois à 30 milliards selon différentes estimations – pour lui et sa famille.

«J’ai vite appris que l’argent n’achète pas le bonheur. Dans notre cas, c’est un paradoxe absolu puisque, même si nous étions [censés] posséder des millions de dollars, souvent, on crevait de faim», a-t-il expliqué en évoquant les longs mois où son père et sa famille vivaient en fuyant la police ou des groupes rivaux.

«Nous avons dû nous défaire de tous ces biens et j’en suis reconnaissant, car cela nous a permis de recommencer à zéro», avait-il dit à l’Agence France-Presse en 2014, lors de la sortie de son livre Pablo Escobar: mon père.

La vie du milliardaire de la drogue en 17 temps

1• Né le 1er décembre 1949 à Rionegro, il compte parmi les sept enfants d’un père fermier et d’une mère enseignante.

Photo courtoisie

2• En 1975, il se fait prendre avec ses hommes en possession de 39 livres de cocaïne, mais il fait tuer les deux policiers qui l’ont arrêté, ce qui entraîne l’abandon des accusations, faute de preuves.

3• Il se marie en 1976 et sera père d’un fils, Juan Pablo, et d’une fille, Manuela.

4• Avec sa devise, «plata o plomo» (l’argent ou le plomb), ce qui veut dire: «Prends le pot-de-vin ou tu mourras d’une balle», il bâtit son empire sur la corruption, ce qui aurait mené à l’assassinat de plus de 4000 victimes, dont des policiers, des juges, des employés de l’État et des journalistes, ainsi qu’un ministre de la Justice et un candidat à la présidence du pays, Luis Carlos Galan.

5• En 1982, il est même élu à la Chambre des représentants du Parlement de son pays et siège brièvement sous la bannière du Parti libéral de la Colombie, utilisant notamment son passeport diplomatique pour visiter le domaine de son idole Elvis Presley, Graceland, à Memphis.

Photo courtoisie

6• Il s’est fait bâtir un somptueux domaine sur une propriété de 5000 acres à Puerto Triunfo, la Hacienda Napoles, comptant 700 employés, six piscines, 14 lacs artificiels, des écuries pour ses chevaux de course, un verger de 100 000 arbres fruitiers et un zoo avec plus de 2000 espèces animales.

7• Vu par plusieurs comme une sorte de Robin des Bois, il a financé la construction de centaines de maisons, d’écoles, d’églises, de parcs, de terrains de soccer et d’hôpitaux dans des quartiers pauvres de l’ouest de la Colombie.

8• En 1989, les autorités policières estiment que le cartel de Medellín est responsable de 80 % de la cocaïne consommée dans le monde, soit quatre lignes sur cinq de cette poudre blanche reniflée par ses adeptes.

9• À son zénith, le cartel emploie jusqu’à 750 000 personnes (dont le frère et «comptable en chef» du «Patron», Roberto Escobar), génère des profits annuels de 6 milliards $ et exporte 360 tonnes de cocaïne par année.

Photo courtoisie

10• L’organisation Escobar dépensait 2500 $ par mois pour acheter des élastiques servant à attacher ses liasses d’argent sale.

11• Son empire aurait perdu des centaines de millions $ mal entreposés, soit environ 10 % de toutes ses recettes, à cause des intempéries ou de la vermine, d’après l’autobiographie de Roberto Escobar.

12• La légende veut qu’Escobar, pour réchauffer sa fille atteinte d’une pneumonie alors qu’ils étaient pris en montagne, ait alimenté un feu en faisant brûler deux millions $ en argent liquide.

13• De 1987 à 1993, il figure au palmarès des milliardaires du magazine Forbes, se classant au septième rang en 1989, alors qu’il valait au moins 3 milliards $ seulement avec ses biens enregistrés dans des registres publics, sans compter tout son cash.

Photo AFP

14• En 1991, les autorités colombiennes le traquent et le persuadent de se livrer, en échange de la promesse de ne pas l’extrader vers les États-Unis, d’une peine de détention clémente de cinq ans et de l’autoriser à construire sa propre prison de luxe, surnommée La Cathédrale.

15• En 1992, il s’évade de la prison lors d’une prise d’otages qui fait deux morts et les autorités offrent une récompense de 10 millions $ pour sa capture.

16• Il est abattu par la police colombienne à l’âge de 44 ans, le 2 décembre 1993, à Medellín, mais les détails de sa mort n’ont jamais été révélés par les autorités, si bien que son fils est convaincu que Pablo Escobar s’est lui-même tiré une balle dans l’oreille droite pour ne pas être capturé vivant, comme il l’avait déjà promis à sa famille.

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17• Vingt-cinq mille personnes ont assisté à ses funérailles, au cimetière d’Itagui. Près d’un quart de siècle plus tard, sa tombe est toujours un site de pèlerinage pour plusieurs Colombiens et touristes.