/opinion/columnists
Navigation

La reconnaissance de la France

Brian Mulroney
Photo Chantal Poirier Brian Mulroney a su imposer une vision du Canada qui incluait le Québec. Il respectait le souverainiste René Lévesque au premier chef et il n’a jamais ferraillé avec lui.

Coup d'oeil sur cet article

L’ex-premier ministre du Canada, le 18e depuis la Confédération, deviendra demain le seul chef du gouvernement canadien à être décoré par la France. Dans l’ordre de la Légion d’honneur, il recevra les insignes de commandeur des mains de l’ambassadeur de France à Ottawa.

Il n’est pas anecdotique que, de tous les premiers ministres canadiens, ce soit le «petit gars de Baie-Comeau», comme il se plaît encore à se qualifier lui-même, que la France ait choisi d’honorer. Brian Mulroney fut non seulement l’un des plus exceptionnels dirigeants canadiens, mais aussi le seul à avoir tenté de trouver une solution de compromis pour sortir de l’affrontement entre le Canada anglais et le Québec que son prédécesseur Pierre-Elliot Trudeau avait exacerbé.

Les nouvelles générations, privées de mémoire, ignorent sans doute que ce conservateur fut aussi un progressiste qui, tout anglophone qu’il est, n’a jamais renié son appartenance au Québec qui l’a vu naître. Il s’en est toujours réclamé avec fierté et il a été l’un des chefs de gouvernement les plus admirés et aimés par les leaders de la planète.

Société distincte

Brian Mulroney a été le seul premier ministre du Canada à avoir tenté la réconciliation entre le Canada anglais et le Québec. Il a toujours, contrairement à Pierre Elliott Trudeau et à son fils Justin, reconnu que le Québec était une société distincte et que cette réalité culturelle et politique devrait être inscrite dans la constitution canadienne. Il fut le père de l’accord constitutionnel du lac Meech et son échec en 1990 demeure la plus grande blessure non cicatrisée de sa carrière politique.

Les liens qu’a entretenus Brian Mulroney avec la France se sont épanouis à travers l’amitié affectueuse du président Mitterrand pour le premier ministre, une amitié qui s’est poursuivie après que ce dernier eut quitté le pouvoir. Le président français l’a même invité un été à séjourner en famille au fort de Brégançon, résidence officielle du président sur la Côte d’Azur.

Brian Mulroney a tissé des liens d’amitié avec de nombreux chefs d’État. Il a été le seul à réussir à convaincre la première ministre Margaret Thatcher de s’opposer à l’apartheid en Afrique du Sud. Il a d’ailleurs reçu cette année la plus haute décoration de l’Afrique du Sud pour ce combat. Brian Mulroney fut aussi l’artisan de l’ALENA, l’entente entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, que Donald Trump voit aujour­d’hui d’un mauvais œil.

Une vision inclusive

Brian Mulroney a su imposer une vision du Canada qui incluait le Québec. Il respectait le souverainiste René Léves­que au premier chef et il n’a jamais ferraillé avec lui comme l’a fait Pierre-Elliot Trudeau. L’idée d’un marché commun nord-américain a même reçu l’appui de Jacques Parizeau et de Bernard Landry, qui avaient tous deux compris ses avantages pour le Québec.

Brian Mulroney a été malmené dans les médias du Canada anglais. Sans doute en partie du fait qu’il venait du Québec profond et qu’il n’avait pas grandi dans la culture anglophone bourgeoise de Toronto.

Brian Mulroney reçoit la reconnaissance de la France envers l’homme d’État qu’il fut, doublé d’un grand défenseur de la francophonie canadienne. Cet homme de cœur, ami de la France et de ses grands héros, en particulier Napoléon, sera certes ému demain lorsque l’ambassadeur lui donnera l’insigne de commandeur de la Légion d’honneur, cet ordre créé par l’empereur Napoléon lui-même.