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Un père veut éviter un procès 25 ans après la mort de son bébé

Gabriel Palumbi est accusé de l’homicide involontaire de sa fillette de 5 mois, décédée il y a 25 ans.
Photo Pierre-Paul Poulin Gabriel Palumbi est accusé de l’homicide involontaire de sa fillette de 5 mois, décédée il y a 25 ans.

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Un père accusé d’avoir tué son bébé de 5 mois en le secouant il y a 25 ans fait tout pour éviter de subir son procès puisque plusieurs éléments de preuve ont, depuis, été détruits.

Le quart de siècle qui s’est écoulé depuis le décès de sa fille l’empêche d’obtenir une défense pleine et entière, allègue Gabriel Palumbi, accusé d’homicide involontaire. La semaine dernière, une requête a été débattue en Cour du Québec afin de faire avorter le procès de l’homme, prévu en mars prochain à Salaberry-de-Valleyfield.

Le 22 octobre 1991, vers 23 h, Palumbi a appelé les services d’urgence: sa petite Sarah, âgée d’à peine 5 mois, ne respirait plus. Il aurait tenté des manœuvres jusqu’à l’arrivée des ambulanciers. Le bébé est mort à l’hôpital 13 heures plus tard.

À l’époque, une enquête criminelle avait été ouverte et les policiers avaient rencontré les parents, sans qu’aucune accusation soit déposée.

C’est grâce à des avancées scientifiques, 18 ans plus tard, que les enquêteurs ont pu relancer ce dossier. Palumbi a été accusé le 20 novembre 2009.

Seul avec l’enfant

Dans les heures qui ont précédé le drame, le père aurait été le seul adulte en présence de l’enfant. La mère, avec qui l’accusé est toujours en couple aujourd’hui, aurait quitté le domicile vers 15 h pour se rendre au travail. La petite semblait alors «amorphe», «irritée» et «malade». Elle avait peu mangé, peu bu. Une fois couchée, elle aurait régurgité à plusieurs reprises.

«La troisième fois, vers 22 h, elle a fait un son comme si elle voulait pleurer. Je l’ai prise et, en voulant tenir son corps sur mon bras, elle est devenue molle», a témoigné la semaine dernière Gabriel Palumbi.

La Couronne l’accuse d’avoir secoué l’enfant dans un geste d’énervement. Mais la défense déplore ne pas être en mesure d’offrir une défense adéquate, considérant les nombreux éléments manquants au dossier.

«La preuve révèle qu’au fil des ans, plusieurs éléments pertinents ont été détruits, faute d’avoir été préservés dans le cadre de l’enquête», plaide Me Marc Lavoie dans sa requête en arrêt des procédures pour délais préinculpatoires.

Preuve manquante

D’abord, le cou de l’enfant n’a pas été disséqué lors de l’autopsie. Une grave erreur, selon la défense, surtout que «le cou est l’une des régions susceptibles d’attester que l’enfant a été maltraitée».

Aucun prélèvement de moelle cervicale n’a par ailleurs été effectué. Fait à noter, ces procédures n’étaient pas obligatoires en 1991.

La défense déplore aussi que des éléments aient, avec les années, été détruits, comme des radiographies, des rapports ou des prélèvements.

Et les experts mandatés par l’accusé sont plutôt d’avis que l’enfant serait décédée de cause naturelle.


Bébé secoué ou décédé naturellement ?

C’est une véritable bataille que se sont livrée des experts médicaux au procès d’un père accusé d’homicide involontaire sur sa fillette de 5 mois, morte en 1991.

Me Claude Doire, procureur de la Couronne, entend prouver que Gabriel Palumbi a causé la mort de son enfant en la secouant vigoureusement. Mais la défense croit plutôt que la fillette est décédée de cause naturelle. Et les deux parties ont fait entendre la semaine dernière des experts qui arrivent à des conclusions qui diffèrent.

«Dans ce cas, je trouve qu’il n’y a pas de preuve que l’enfant a été maltraitée ou malmenée», a témoigné la Dre Catherine Fallet-Bianco, neuropathologiste à l’hôpital Sainte-Justine.

Selon elle, les tests qui auraient permis de déterminer facilement si la petite a été victime d’un syndrome du bébé secoué n’ont d’ailleurs pas été effectués.

«La façon de traiter ces dossiers depuis 1991 a grandement changé», a nuancé le Dr Luc Oligny, pathologiste pédiatrique, aussi appelé à la barre des témoins par la défense.

Selon ce dernier, la petite Sarah aurait succombé à une bronchopneumonie aiguë. L’enfant pourrait avoir contracté ce virus lors d’un séjour à l’hôpital, quelques semaines avant son décès.

Elle avait en effet subi une fracture au fémur, ce qui a nécessité son hospitalisation pendant plusieurs jours.

Contre-interrogé par Me Doire, le témoin a admis «pencher davantage vers une infection» pour expliquer le décès de l’enfant, sans toutefois être en mesure de l’affirmer avec certitude.

«Une infection est un peu plus possible qu’un syndrome du bébé secoué», a-t-il dit.


La juge Marie-Chantal Doucet rendra bientôt sa décision, à savoir si elle met fin aux procédures ou si le procès devant juge seul doit se poursuivre en 2017.