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Le resto incendié avait accueilli des mafieux

Des Calabrais qui tenteraient de revenir à Montréal s’étaient réunis au Linguini

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photo d’archives, pascal girard Dans la nuit du 26 au 27 novembre, le restaurant Linguini a été détruit par un incendie que la police considère suspect.

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Un restaurant de l’ouest de Montréal ravagé par un incendie suspect il y a deux semaines avait accueilli récemment une réunion de mafieux exilés en Ontario, qui tenteraient de reprendre le contrôle du crime organisé italien dans la métropole.

Selon les informations recueillies par notre Bureau d’enquête, des membres des familles Violi et Cotroni se sont rencontrés début octobre au restaurant Linguini, à Baie-D’Urfé.

Dominic Violi, soupçonné d’être lié à la mafia calabraise de Hamilton, ainsi que Michel Cotroni faisaient partie de la vingtaine de convives attablés à ce restaurant bien connu en bordure de l’Autoroute 40. Ces deux hommes sont les fils des deux ex-parrains de la mafia montréalaise, Paolo Violi et Frank Cotroni.

Dominic Violi et son frère Giuseppe ont déménagé à Hamilton après le meurtre de leur père Paolo, assassiné au Reggio bar de Saint-Léonard en 1978. Ce meurtre a sonné le glas de la mafia calabraise et a ouvert la voie au clan sicilien des Rizzuto qui a ensuite régné sur Montréal pendant trois décennies.

Selon nos informations, plusieurs individus liés à la mafia calabraise ont été observés récemment faisant l’aller-retour Hamilton-Toronto-Montréal.

«C’est évident qu’une réunion avec des gens aussi connus que les Violi, et en plus à Montréal, c’est assez pour créer des remous dans le crime organisé italien», raconte une source policière.

Versions différentes

Joint par notre Bureau d’enquête, Raffaele De Marco, l’un des fondateurs du Linguini, a dit ignorer la tenue d’une rencontre impliquant des Violi et Cotroni. «J'ignore si la famille Violi est venue manger ici. Vous savez, c'est un grand restaurant, je ne connais pas tout le monde qui vient manger ici», a-t-il affirmé.

Plus les jours passent, plus la police est convaincue que l’incendie du Linguini est de nature criminelle, selon nos sources. Toutes les hypothèses demeurent néanmoins envisagées.

Les restaurateurs, eux, sont plus catégoriques. «Je suis convaincu que l'incendie n'est pas lié à la mafia, j'étais sur le chantier mardi et rien ne pointe vers un acte criminel», estime Raffaele De Marco.

Le copropriétaire des lieux affirme que le feu aurait pris naissance dans un cabanon adjacent au restaurant, où est entreposé le bois qui sert au four à pizza.

«La dernière fois que j’ai parlé aux policiers, c’est jeudi dernier et ils ne savaient pas encore si c’était criminel», a confié pour sa part Salvatore Rubbo, coactionnaire du restaurant depuis 2005.

Selon des sources policières, les deux propriétaires du restaurant n'ont pas de lien avec la mafia.

 

Un employé proche du clan calabrais

Sur cette photo de la page Facebook du restaurant, on voit Danny De Gregorio (à droite) qui a été emprisonné la semaine dernière.
photo Facebook
Sur cette photo de la page Facebook du restaurant, on voit Danny De Gregorio (à droite) qui a été emprisonné la semaine dernière.

Un proche du clan calabrais emprisonné la semaine dernière pour possession d’arme prohibée travaillait jusqu’à récemment au Linguini.

«Visite de Pino et Giuseppe au Linguini avec les nouvelles recettes et délicieux desserts de Danny», peut-on lire avec une photo publiée sur la page Facebook de l'établissement.

Or, le fameux Danny qui figure sur le cliché n’est nul autre que Danny De Gregorio, condamné à 32 mois de pénitencier la semaine dernière.

Dépeint par des sources comme un proche du clan calabrais, l’homme de 48 ans était considéré il y a deux ans comme une étoile montante de la mafia montréalaise. Il a plaidé coupable en 2014 à une accusation de possession d’une arme chargée à bloc.

Le 15 juin 2009, il avait miraculeusement survécu à une tentative de meurtre alors qu’il sortait d’un centre de conditionnement physique de Saint-Léonard.

«Oui, je connais Danny De Gregorio, mais je ne sais pas tout ce qu'il fait dans sa vie. Moi, je l'ai embauché pour l'aider, car il aimait faire des pizzas. D'ailleurs, il fait de très bonnes pizzas», a justifié Salvatore Rubbo, coactionnaire des lieux.

De Gregorio, que l’on surnomme «Dany Arm» dans le milieu, aurait même voyagé à deux reprises en Italie afin d’aller parfaire ses talents de cuistot.

 

Actionnaire avec Rizzuto

L'un des propriétaires du Linguini a été actionnaire jusqu'en 2000 d'une compagnie avec Leonardo Rizzuto, le fils du dernier parrain de la mafia montréalaise Vito Rizzuto.

«C’était pendant nos études respectives, affirme Salvatore Rubbo. Leonardo finissait ses études en droit et moi en architecture. La compagnie (G.I. Tancar Inc.) devait servir à faire des investissements, mais elle n’a jamais vraiment servi.»

Leonardo Rizzuto a été arrêté dans le cadre des opérations Magot-Mastiff en novembre 2015 et fait face à des accusations de gangstérisme, de trafic de drogue et de possession d’armes prohibées.