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Le salaire minimum à 15$ mettrait des régions en péril

Selon une étude, une telle hausse placerait environ 50 % des emplois à risque dans certaines MRC

salaire minimum
Photo stéphanie gendron Berthe Beaulieu affirme que si le salaire minimum monte trop vite, elle devra congédier son employé et travailler plus d’heures.

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SHERBROOKE | La hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure mettrait en péril l’emploi de près de la moitié des travailleurs dans certaines régions du Québec et aggraverait l’exode rural.

Une note de l’Institut économique de Montréal, connu pour ses positions de droite, révèle que 25 municipalités régionales de comté (MRC), principalement dans l’Est-du-Québec, dans les Laurentides et en Mauricie, seraient fortement touchées par une hausse immédiate du salaire minimum de 10,75 $ à 15 $ l’heure.

Le document mentionne qu’une hausse draconienne du salaire causerait la perte de 160 000 emplois au Québec à long terme. Selon les auteurs de l’étude, plusieurs petites entreprises ne pourraient pas absorber cette hausse de leurs coûts et mettraient à pied des travailleurs.

Mathieu Bédard, économiste
Photo courtoisie
Mathieu Bédard, économiste

«Dans les 25 MRC les plus touchées, entre 56 % et 41 % de la main-d’œuvre serait à risque. Les travailleurs adultes à faible revenu en région seraient les premières victimes de cette augmentation», déclare le coauteur Mathieu Bédard.

Gaspésie

La MRC de Rocher-Percé arrive en tête des endroits au Québec qui souffriraient le plus d’une hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure dès 2017.

À cet endroit, 56 % des emplois occupés par des gens de 25 à 64 ans seraient à risque.

Pour en arriver à ces chiffres, les deux auteurs se basent principalement sur les données recueillies par l’Institut de la statistique du Québec.

«Il y a une plus grosse part de la main-d’œuvre dans ces régions qui est à bas salaire», précise M. Bédard.

Actuellement, 211 500 travailleurs québécois gagnent le salaire minimum de 10,75 $ l’heure.

Plusieurs organisations communautaires et syndicales dont la CSN et la FTQ exigent une hausse à 15 $ l’heure pour combattre la pauvreté. Québec solidaire en a fait sa priorité et a trouvé un appui auprès du Parti québécois.

La ministre du Travail, Dominique Vien, devrait annoncer sous peu le salaire minimum qui sera en vigueur au Québec en 2017.

Impacts

Au dépanneur Jimbo de La Pocatière, les propriétaires affirment qu’ils devraient congédier un employé si la hausse se concrétise. Les 16 heures assumées par ce travailleur seraient alors comblées par les copropriétaires eux-mêmes.

«On n’a pas le choix si on veut que notre commerce reste ouvert», lance Berthe Beaulieu.

La dame croit également que certains petits dépanneurs pourraient devoir fermer leurs portes et que seules les grandes bannières, qui sont en mesure d’absorber la hausse, survivraient.

«On ne peut pas ouvrir le matin à 7 h et fermer à 23 h, sept jours par semaine, juste à deux personnes. Ça n’a pas de sens. Si le salaire augmente à 15 $, il va falloir travailler plus et à un moment donné, c’est l’épuisement qui va embarquer», ajoute-t-elle.

Moins pire en ville

Les auteurs de l’étude croient qu’une hausse trop rapide du salaire minimum accentuerait l’exode rural parce que les travailleurs qui perdraient leur travail auraient de la difficulté à s’en trouver un autre. «Certains endroits dans les régions seraient fortement affectés par une hausse parce que c’est démesurément élevé», estime M. Bédard.

Le taux de chômage pourrait inciter les travailleurs à quitter leur région.

«On peut penser que dans les grands centres, l’ajustement fera moins mal qu’en région», ajoute-t-il.

Les effets négatifs d’une hausse à 15 $ l'heure

  • Réduit l’emploi chez les jeunes et les travailleurs non qualifiés
  • Avec un taux de chômage plus élevé, il encourage la participation à certaines activités criminelles, particulièrement chez les jeunes
  • Rend plus chers les biens de consommation
  • Aggrave les crises économiques et affecte les travailleurs au bas de l’échelle
  • Encourage le décrochage scolaire en rendant les salaires d’entrée plus intéressants

Source : Institut économique de Montréal

Les 6 MRC les plus à risque

Pourcentage des emplois qui seraient à risque si le salaire minimum augmentait à 15 $ l’heure.

  • Rocher-Percé: 56 %
  • Haute-Gaspésie: 52 %
  • Vallée-de-la-Gatineau (Outaouais): 48 %
  • Îles-de-la-Madeleine: 47 %
  • Antoine-Labelle (Laurentides): 47 %
  • Mékinac (Mauricie): 47 %