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Liberté d’expression

GEN-MANIFESTATION-ETUDIANTS
Photo d'archives

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Pendant le printemps étudiant, j’ai découvert, à ma stupéfaction, que les manifestants avaient une conception étrange de la liberté d’expression. Ils s’attaquaient, même physiquement, à des journalistes de médias perçus comme hostiles à leur cause, refusant de leur accorder des entrevues.

Il fallait penser comme eux.

Je me souviens d’une réunion de la CLASSÉ au cégep du Vieux Montréal où seuls des médias militants de gauche étaient admis.

Pour des étudiants de niveau universitaire, leur compréhension du fonctionnement des grands médias qui rejoignent «le vrai monde» faisait pitié.

Il n’y a pas que les élites de la droite qui méprisent le peuple.

Dans les universités

La censure observée dans les universités nord-américaines donne le vertige. Au Canada, le Justice Center for Constitutional Freedoms, un organisme de surveillance des libertés individuelles, publie chaque année son bulletin des universités canadiennes et de leurs associations étudiantes en matière de liberté d’expression.

En 2016, 32 directions d’université et 25 associations étudiantes sur 60 ont appliqué des politiques ou posé des gestes pour restreindre la liberté d’expression sur leurs campus. Les universités francophones se classent dans la moyenne, mais les associations étudiantes de Concordia et de McGill ont reçu un F.

Au-delà des batailles historiques entre associations trotskystes et marxistes-léninistes, les étudiants d’aujourd’hui visent plus large dans la dénonciation de paroles et gestes estimés racistes, sexistes, homophobes ou transphobes.

Débattre de l’existence d’une culture du viol au Québec à l’agora de votre institution de haut savoir vous vaudra une pluie d’injures. Exposer vos réticences par rapport aux avortements tardifs aussi (oui, ça se discute!). Ne pensez surtout pas remettre en question les maux qui découlent de l’hétéronormativité (la maternité «normale» réservée aux couples hétérosexuels serait une injustice de la nature) si vous tenez à vos tympans.

Et surtout, ne dites pas qu’il n’y a pas qu’Israël au Moyen-Orient et qu’il faudrait aussi dénoncer la violence en Syrie-Irak et le sort des chrétiens d’Asie.

Direct au camp de rééducation

Avant de prendre sa retraite, mon amie Margaret Sommerville, professeure d’éthique à McGill, une des plus grandes éthiciennes au monde, s’est retrouvée au centre d’une tempête académique et médiatique quand l’Université Ryerson, à Toronto, lui a octroyé un doctorat honorifique en sciences.

Son crime? Elle avait osé dire que le droit des enfants d’avoir un père et une mère passe peut-être avant celui des homosexuels d’avoir des enfants.

En septembre, le professeur de psychologie Jordan Peterson a déclaré qu’il n’utiliserait pas de pronoms neutres pour s’adresser à des personnes transgenres.

Une pratique imposée par l’Université de Toronto. Ce refus pourrait constituer un crime en vertu du PL C-16 sur les droits des personnes transgenres.

En français, nous avons le choix entre «iel», «ille» ou «ol» au lieu de «il» et «elle». (Au Québec, nous avons «eille toé»...)

Des organismes de défense des personnes trans proposent de neutraliser d’autres mots: «lo» au lieu de «le» ou «la», et «maon» au lieu de «ma» et «mon». J’ai même vu «tancle» pour remplacer «oncle» et «tante».

N’osez surtout pas dire que c’est ridicule.