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Vos partys de Noël sont-ils plates ou archi-plates?

Vos partys de Noël sont-ils plates ou archi-plates?
Office National du Film du Canada

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Pour la plupart d’entre nous, ça se passera à peu près comme suit :

Vers 17h, c’est le rush d’arrivées : les enfants abandonnent leur manteau n’importe où, les parents déposent leurs cadeaux en dessous du sapin, la grand-maman offre des verres au monde.

Là, on s’assoit. Pis, ta job? Ton nouvel appart’? T’as pas amené ton chum? Tes articulations? L’élection de Trump, heille, méchante affaire. Les immigrants, les médecins, Couillard, Trudeau. Tu m’as fait un dessin, ma belle? Wow, c'est donc bien beau.

Jusqu’à l’heure du souper où, si on est chanceux, on mange de la dinde et des pâtés à la viande aussi délicieux que ceux de ma mère. Autour de la table, ça continue. Pis, ton char? L’école des enfants? Ton voyage?

Jusqu’à l’heure des cadeaux. Là, les enfants se font initier au matérialisme, soit dans une joie pure qui fait plaisir aux grands, soit dans un je-m’en-foutisme désensibilisé qui met le monde mal à l’aise. Auquel cas un parent colmate la brèche : « Il s’en fout parce qu’il en reçoit trop, mais quand on sera chez nous, il va le redécouvrir, c’est le genre de trucs qu’il aime au boutte. »

Après tant d’alcool, de bouffe et d’enfants qui demandent plein d’affaires, le corps, resté assis toute la soirée, envoie des signaux de sommeil. « Faut-il toffer jusqu’à minuit? » se demande-t-on intérieurement, avant de se rassurer en apercevant le plus endormi des convives mettre son manteau. « M’as faire un boutte... »

Vous reconnaissez le portrait.

Maintenant, lisez les paroles de cette très vieille chanson du temps des Fêtes :

C'EST PAS À TOUS LES SOIRS
C'est pas à tous les soirs
Que nous arrive le temps des Fêtes
Et que l'on peut
Comme dans l’bon vieux temps
Chanter pis s'amuser
Avec le violon, pis d'la guitare, d'l'accordéon
Une musique à bouche
Ça vous fait sauter au plafond
Un p'tit rigodon
Tout en dévissant les bouchons
Pis un p'tit coup d'cuillère
Sur les genoux du p'tit démon
Des coups de talons
Qui vous font trembler la maison.
C'est pas à tous les soirs
Que le bonheur est dans la place
Qu'il nous fait balancer
Swinguer, valser
Jusqu'au lendemain.
Encore une gorgée
Une p'tite histoire un peu salée
Une chanson à répondre
Une gigue de simple, un set callé
Pis avant d's'en aller
Une danse à deux dans le buggy
Pis un coup ben parti
On en profite pour s'embrasser.

Ma mère est dans la cuisine, entre deux services. Tout à coup, la chaîne télé musicale des Fêtes fait jouer une toune de l’ancien temps, un rigodon, genre. Ou un reel. Je ne sais pas, on ne m’a jamais enseigné cette musique qui a pourtant fait swinguer mes aïeux.

Là, entre l’îlot et le lave-vaisselle, sans trop s’en rendre compte, ma mère de 74 ans se met à giguer pour huit secondes, entraînant ma plus grande qui danse n’importe comment sans comprendre à quoi ma mère fait référence.

Moi, je regarde ma si jolie Maman qui gigue, qui involontairement nous laisse voir pendant huit secondes les restants d’un passé qui s’en va pour toujours. Et j’ai envie de pleurer.