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Roger D’Astous: hymne à l’amour

Roger D'Astous
Photo Courtoisie L'architecte Roger D'Astous

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Flamboyant, brillant, passionné, mais tragiquement méconnu, l’architecte Roger D’Astous a façonné le paysage de Montréal et du Québec. Empreintes de la beauté de l’œuvre de D’Astous, les images du nouveau documentaire d’Étienne Desrosiers font revivre cet artiste incontournable.

La salle de conférence sise au quatrième étage de l’hôtel Marriott Château Champlain est baignée de la lumière qui pénètre à travers une des grandes fenêtres courbées du bâtiment. «Regarde, l’ancienne gare Windsor possède elle aussi des fenêtres rondes, qui rappellent les arches du monument John A. Macdonald en face, tout comme les vitraux de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à droite. D’Astous voulait que son hôtel s’imprègne de façon naturelle dans le paysage», explique Étienne Desrosiers, réalisateur d’un tout nouveau documentaire sur l’architecte.

Seul Canadien-Français à avoir étudié auprès du monument vivant qu’était Frank Lloyd Wright, Roger D’Astous en a retiré un souci pour une architecture organique, sensuelle. «Ses créations devaient s’intégrer au paysage, au territoire. Il les conceptualisait d’abord de l’intérieur, et cet intérieur s’avançait ensuite dans la nature, détaille Étienne Desrosiers. C’est le plus important, car les gens habitent cet espace qui devient le lieu d’une vie passionnante. Chaque bâtiment a ainsi une histoire.»

Redonner au Québec

Lorsque Wright a demandé à D’Astous de travailler à ses côtés, l’architecte a refusé, disant qu’il devait trop au Québec pour l’abandonner. «C’est important, car sans qu’on le réalise, l’architecture c’est aussi l’expression de notre culture, de notre identité. Les édifices que l’on regarde nous reflètent», avance Étienne Desrosiers. D’Astous a ainsi développé un style nordique, avec des toits pentus et l’utilisation de matériaux qui nous entourent, comme le bois et la pierre.

La vie personnelle de D’Astous chevauche l’histoire de notre province. Au moment du renouveau liturgique et du concile de Vatican II, D’Astous dessinait des églises modernes, qui dans leur conception réussissaient à rapprocher le fidèle de la voix divine. «Pour lui, c’était la plus belle commande. Peu importe nos croyances, D’Astous a réussi à créer des lieux où on touche au sacré, au sublime. Il a conçu des bâtiments qui permettent d’atteindre la plénitude, des îlots de méditation», croit Étienne Desrosiers.

Roger D'Astous
Une scène du documentaire Roger D'Astous
Photo Courtoisie
Une scène du documentaire Roger D'Astous

 

Sortir de l’ombre

Mort en 1998 dans un quasi-anonymat, Roger D’Astous n’a jamais été reconnu pleinement de son vivant. «Pourtant, il a dessiné près de 50 églises, été le premier Canadien-Français à concevoir un gratte-ciel à Montréal, créé des résidences fabuleuses et surtout, réalisé le Village Olympique», résume Étienne Desrosiers.

Le réalisateur en profite pour lancer une petite pointe. «C’est un paradoxe, car l’architecture est l’art que l’on voit le plus, mais dont on parle le moins. C’est un art fonctionnel et essentiel qui n’est pas assez médiatisé», affirme-t-il. Étienne Desrosiers espère que son

documentaire réussira, un peu, à changer cet état de fait. «J’apporte ma contribution à l’édifice de la sensibilisation. Je veux que les gens découvrent cet homme fonceur, tenace, bon vivant, entêté et travaillant, ce créateur qui nous ressemble», souhaite-t-il.

  • Roger D’Astous, un géant de l’architecture moderne sera à l’affiche dès le vendredi 16 décembre au cinéma Beaubien à Montréal et au cinéma Le Clap à Québec.