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Palmarès de l'année 2016

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Photo d'archives

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Chaque fin d’année est une belle occasion de dresser un bilan, d’où cette multiplication inévitable des palmarès chez les chroniqueurs et les blogueurs. Je n’y ferai pas exception.

Tout d’abord, je note que je suis, en ce moment, bien heureux de ne pas être chroniqueur musical. Il m’aurait été extrêmement dur pour le moral de recenser l’ensemble des grands disparus de cette année dans ce domaine, de David Bowie à Prince, en passant par Leonard Cohen et le chanteur de Dead or alive. Et bien d’autres sont nombreux à avoir subi la visite fatale de la grande faucheuse en 2016. Je m’en tiendrai donc à ce que je commente d’habitude : les enjeux politiques, économiques et sociaux. Mais avant de débuter ce palmarès, j’en profiterai pour saluer la mémoire de Jean Lapierre, figure marquante de la politique canadienne comme des médias, qui nous a quitté cette année lors d’un tragique accident d’avion.

La personnalité de l’année : Donald Trump

C’est sans aucune originalité que nous offrons, à l’instar du magazine Time, au futur président américain la position de « personnalité de l’année ». Le choix va de soi, qu’on apprécie ou non le personnage. Véritable génie du marketing politique, l’homme a fait mentir tous les pronostics, gagnant tant la nomination républicaine que l’élection présidentielle, les deux fois contre son propre parti. Les scandales se sont accumulés à son sujet, lesquels auraient littéralement eu raison de n’importe quelle candidature « conventionnelle ». Pas Trump. L’élection de Donald Trump, qui n’avait aucune expérience politique et qui affrontait en Hillary Clinton une figure plus qu’aguerrie, montre bien l’ampleur de la grogne populaire.

La révélation (internationale) de l’année : Bernie Sanders

Le phénomène est aussi considérable que l’élection de Trump. Sénateur indépendant, Sanders s’est improvisé démocrate et a considérablement chauffé Hillary Clinton pendant la primaire du Parti démocrate en vue de choisir le prochain candidat à la présidence. Avec 13 206 428 votes contre 16 914 722 pour Clinton, 43,1 pourcent du vote populaire et 1 865 délégués, Sanders n’a pas seulement fait bonne figure. On peut aisément dire qu’il a littéralement causé une petite révolution. La force de l’establishment du parti au pouvoir, combinée à la notoriété d’Hillary Clinton, aurait dû ne faire qu’une bouchée de ce « socialiste » autoproclamé qui aurait été considéré comme un illuminé il y a quelques années à peine. Si, notamment en tablant sur la misère des États industriels comme le Michigan, la candidature Sanders a peut-être contribué à diviser le Parti démocrate et à favoriser l’élection de Trump, elle est survenue à un moment où le Parti s’apprêtait à perdre à la fois la présidence et les deux chambres composant le Congrès. La marquante course de Sanders ne pourra pas ne pas laisser de traces quand que les démocrates tenteront inévitablement d’analyser leur défaite et de faire les remises en question qui s’imposent.

La révélation (nationale) de l’année : Jean-François Lisée

2016 représente assurément l’année des establishments qui se prennent une rince. Jean-François Lisée était considéré comme un véritable paria après avoir commis un crime de lèse-majesté, mettant les péquistes en garde contre la « bombe à retardement » qu’était, à ses yeux, Pierre Karl Péladeau. Au moment des déclarations incendiaires de JFL, PKP bénéficiait encore alors d’une impressionnante aura de sauveur. Quand ce même PKP a démissionné, ce printemps, tout laissait d’abord croire qu’il s’agirait d’un duel entre Alexandre Cloutier, fort de l’appui du caucus et d’une bonne partie de la machine péquiste, et Véronique Hivon. On accordait alors à peine 4 pourcent des intentions de vote à Lisée, et on disait de lui qu’il se lançait dans cette galère principalement pour l’unique plaisir de brasser la cage. Il a su peu à peu s’imposer en menant une campagne audacieuse et en se prouvant qu’il était un stratège redoutable, si bien qu’on a peu à peu commencé à laisser entendre que sa victoire, bien qu’improbable, était désormais envisageable. À la veille du dévoilement du résultat de la course à la direction du PQ, on s’attendait à un véritable pile ou face lors du troisième tour, spéculant sur les reports des voies de Paul Saint-Pierre Plamondon et de Martine Ouellet. Finalement, dès le premier tour, il était clair qu’il s’agissait d’un véritable triomphe pour Jean-François Lisée.

Le « magagné » de l’année : Pierre Karl Péladeau

2016 n’était assurément pas l’année de PKP. Les premiers mois de l’année ont montré des sondages durs envers le PQ et son chef, si bien qu’on commençait à se demander si ce dernier avait véritablement sa place en politique. Son divorce avec Julie Snyder a été annoncé à peu près en même temps. Puis, ce fut le coup ultime : Snyder se rendit à l’émission Tout le monde en parle et fit très mal paraître Péladeau. Le lendemain, ce dernier démissionnait. Cet automne, ce fut le suicide de sa nouvelle compagne. Cette année terrible se termine pour PKP sur une poursuite envers l’ancien conjoint de la défunte pour atteinte à la réputation. Imaginez perdre, dans la même année, votre épouse, votre emploi, votre nouvelle compagne et une partie de votre réputation... Ce sont là tous les deuils que Pierre Karl Péladeau, qui subissait déjà un contexte familial difficile, a eu à endurer en 2016. Espérons pour lui qu’il retrouvera une certaine sérénité en 2017.

Début en lion, fin en mouton : Paul Magnette et la Wallonie

La petite région de la Wallonie a d’abord su bloquer l’Accord économique et commercial global (AÉCG) entre le Canada et l’Union européenne, si bien que la ministre canadienne Chrystia Freeland se lamentait que l’AÉCG était mort en enterré et que la Wallonie avait rejeté la « gentillesse » toute Calinours du Canada. Il était héroïque de voir la Wallonie, au nom de ses intérêts supérieurs, rejeter les diktats tant de l’Union européenne que du Canada. Peu après, le ministre-président de la Wallonie, Paul Magnette, s’excusait d’avoir fait perdre une semaine au bon déroulement du commerce mondial et approuvait l’Accord, prétendant avoir arraché des changements pour le moins ardus à percevoir. Grande déception ! David s’est finalement couché devant Goliath.

Début en mouton, fin en lion : Djemila Benhabib

En févier, la militante laïque Djemila Benhabib a eu à faire face à un blâme du Conseil de presse pour plagiat. Si Benhabib admet avoir commis certaines erreurs, cette affaire avait toutes les allures d’un règlement de comptes. Le Conseil a coulé son verdict dans les médias avant même d’en informer la principale intéressée. Plus cruel encore, ce coup est survenu à la veille de la publication du dernier livre de Benhabib, histoire de s’assurer de saboter sa promotion. Mais Djemila Benhabib a drôlement bien terminé l’année, alors que nous apprenions cette semaine que l’École musulmane de Montréal, qui la poursuivait depuis des années, a été déboutée. Une excellent nouvelle pour la liberté d’expression.

La réjouissance de l’année : le Brexit

Parce que j’aime quand les peuples font un pied de nez aux puissants de ce monde, et quand ceux qui se rient des choix populaires en s’estimant tellement plus éclairés et tellement plus avancés ont à ravaler leurs cravates. Le référendum sur le Brexit a eu lieu le 23 juin, coïncidant avec les célébrations de la Fête nationale à Québec. Une fois n’étant pas coutume, j’ai alors fêté, sur les Plaines d’Abraham, la victoire des Anglais...

L’événement « coup de théâtre » de l’année : l’arrestation de Nathalie Normandeau

L’arrestation de l’ancienne vice-première ministre a été un événement plus grand que nature, donnant des allures théâtrales à la politique québécoise. Les collègues de Normandeau au Fm 93 étaient littéralement sonnés, à commencer par Éric Duhaime. Ce dernier avait ouvert son émission en déclarant qu’il avait l’impression d’être dans un cauchemar. Les Québécois aussi. Quoi qu’il en soit, c’est Bernard Drainville, un parlementaire efficace dont je regrette le départ du monde politique cette année, qui a pris sa place au micro.

Le grand disparu de 2016 : Fidel Castro

L’attaque de la caserne de la Moncada, le procès, l’exil, le maquis, la prise du pouvoir, la baie des Cochons, la Guerre Froide, la Crise des missiles, les centaines de tentatives d’assassinat... Fidel Castro a indéniablement un parcours atypique. C’est une légende du siècle dernier qui s’éteint, survivant d’une autre époque et d’un autre monde, lequel est complètement révolu. Je suis personnellement très nuancé sur l’homme et son héritage, mais quelle vie quand même !

Les voyous de l’année : Uber et Bayer-Monsanto

Alors qu’Uber est parvenu à imposer ses propres règles –au détriment des lois nationales- un peu partout, dont au Québec, le géant empoisonneur Monsanto a été racheté par la pharmaceutique Bayer. On va donc pouvoir détruire votre santé, puis vous vendre les médicaments pour vous soigner. Rassurant, n’est-ce pas ?

L’exaspération de l’année : la popularité de Justin Trudeau

Il est absolument agaçant de voir la politique spectacle trôner de manière si écrasante. À une époque où nos gouvernants ont adopté la posture du gérant de service à la clientèle, il ne reste que l’arme de la communication pour cacher la vacuité du politique. La production de sables bitumineux continue à augmenter, les accords commerciaux conclus sous Stephen Harper ont été signés et la vente d’armes à l’Arabie Saoudite se poursuit, mais le boy scout qui nous sert de premier ministre fait oublier tout ça sous les selfies. Il est jeune, il est beau, il est cool, trois raisons qui justifient qu’on cesse de réfléchir.

Le sauveur de l’année : certainement pas Philippe Couillard

Il ne fallait pas s’étonner d’entendre Philippe Couillard se vanter d’être le sauveur incompris du Québec. C’est ce même homme qui qualifiait les importantes coupures d’emplois chez Bombardier de signes d’une nouvelle phase de croissance. Et, pour sa ministre, la perte d’un siège social était une transaction bénéfique pour le Québec. Rona, St-Hubert, Bombardier résument bien l’année 2016, agrémentée aussi de scandales autour de Nathalie Normandeau, Sam Hamad et Jacques Daoust. L’année se termine mal pour le PLQ avec des partielles où le vote libéral a reculé partout. Avant 2016, malgré les violentes politiques du gouvernement en place, on avait l’impression que le PLQ était invincible. Or, la fin de l’année 2016 nous invite plutôt à reprendre cette citation d’Arnold Schwarzenegger dans Predator : « s’il peut saigner, on peut le tuer. » Autrement dit, la réélection des libéraux n’est plus un fait acquis comme on le croyait avant cette année.

Voilà pour cette année bien chargée.

Je publierai aussi, entre Noël et le Jour de l’An, un texte –complémentaire à celui-ci- présentant les enjeux et personnalités que nous devrions surveiller en 2017, combinant attentes, appréhensions et espoirs.