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Le lait, c'est bien. Du vrai lait, c'est encore mieux

glass of milk on wooden table
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Notre sauveur Philippe Couillard est infatigable. Après avoir « sauvé » les médecins spécialistes, le patronat, les banquiers et Bombardier, voilà que notre premier ministre s’engage à régler en 2017 le problème du lait diafiltré. En entrevue la semaine dernière avec Yannick Patelli du journal La Vie agricole, le chef du gouvernement québécois a promis un dénouement rapide :

Yannick Patelli : La dernière année a été marquée par de nombreuses manifestations contre l’importation de lait diafiltré, mais le fédéral ne fait rien. Comment comptez-vous aider les producteurs sur ce point pour influer sur le fédéral ?

Philippe Couillard : « Dans ce domaine, on est en soutien également. Je vous rappelle que le ministre de l’Agriculture est allé manifester avec les agriculteurs sur la question des frontières et du lait diafiltré. On n’a pas vu cela souvent. Petit élément de contexte, il y a quand même eu une augmentation de 15 % de la production laitière au cours de la période la plus récente qui vient un peu compenser les impacts de ça, mais c’est pas suffisant. Ce que je peux vous dire sans aller trop dans les détails parce que les discussions ne sont pas terminées, on travaille beaucoup avec les autres juridictions canadiennes pour avoir une position commune et forte pour contrebalancer cet impact-là. Mais vous avez raison, je ne trouve pas que le fédéral a l’air de se dépêcher d’agir. Notre ministre reste en contact étroit avec les autres provinces canadiennes.»

Yannick Patelli : Est-ce qu’on peut envisager un dénouement en 2017 ?

Philippe Couillard : «Oui du moins c’est notre objectif de faire une annonce d’une réaction canadienne qui inclut le Québec.»

Une « réaction canadienne qui inclut le Québec » suite à des contacts avec les provinces. Le moins qu’on puisse dire, c’est que pour mettre fin à un problème qui traîne depuis 15 ans, c’est une réponse un peu... faiblarde. Quémandons, quémandons, et quand nous en aurons marre de quémander, quémandons encore !

Rappelons brièvement l’enjeu : ce « lait » n’en est pas vraiment un. Il s’agit d’un concentré de protéines laitières, de plus en plus importé des États-Unis, à un prix très bas et sans droits de douane. En étant considéré comme un concentré de protéines par l’Agence des services frontaliers, le « lait » diafiltré échappe donc aux tarifs liés à la gestion de l’offre. Le « lait » en question n’est pas destiné à la consommation individuelle mais aux transformateurs, l’utilisant pour certains fromages, yogourts et crèmes glacées. L’Agence canadienne d’inspection des aliments le considère comme un lait ultrafiltré, l’exemptant alors du contrôle de la quantité maximale d’ingrédients laitiers pouvant être utilisés dans les recettes, limite fixée à 17 pourcent. Le lait québécois doit alors affronter une concurrence déloyale, c’est-à-dire un ingrédient à prix dérisoire qui provient d’un pays qui n’a pas les mêmes normes sanitaires, permettant l’emploi d’hormones de croissance.

Un peu de volontarisme politique ne tuerait pourtant personne. La gestion de l’offre existe déjà, il ne suffirait que d’appliquer la loi et d’imposer de lourds tarifs sur ce « lait » venu d’ailleurs. Sinon, si ce « lait » n’en est pas vraiment un, il serait facile d’appliquer le règlement sur la part de concentrés protéiques dans la production des fromages, crèmes glacées et yogourts. Mais cela exigerait d’être en mauvais termes avec des corporations puissantes, et ça, notre sauveur « national » n’est certainement pas prêt à ça...