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Plus de tempêtes de neige que d’habitude à prévoir

La province est située au carrefour de quatre couloirs de masses d’air qui influencent les précipitations

Plus de tempêtes de neige que d’habitude à prévoir
Photo Pierre-Paul Poulin

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La position géographique du Québec fait de la province l’un des lieux les plus réputés du monde pour ses tempêtes de neige. Et la saison qui s’amorce s’annonce pour être plus active que d’habitude.

Malgré le réchauffement du climat, les tempêtes de neige au Québec sont loin d’être en voie de disparaître. Et même qu’elles auraient tendance à s’intensifier et se produire plus souvent les fins de semaine selon des études.

Et avec l’absence du phénomène El Nino cet hiver, l’effet «chaufferette» ne sera plus au rendez-vous. Les précipitations risquent donc de tomber davantage sous forme de neige, contrairement à l’an dernier.

Les températures de l’eau de surface des Grands Lacs et de l’Atlantique Nord, actuellement plus chaudes que d’habitude, pourraient aussi fournir plus d’humidité aux dépressions et aux tempêtes.

Chaque hiver, 2 à 4 mètres de neige tombent sur la province. Ajoutez du grésil et une couche de verglas, des vents violents et de la poudrerie et servir froid.

«Les Américains ont leurs tornades. Les Japonais ont leurs tsunamis. Les Mexicains ont leurs ouragans. Les Québécois, eux, ont leurs tempêtes de neige», dit en riant Denis Thibodeau, un météorologue d’Environnement Canada.

Types de tempêtes

Le Québec se trouve au carrefour de la circulation des masses d’air en Amérique du Nord. Sa position géographique en fait un passage obligé pour les cyclones et ouragans mourants qui remontent la côte est, mais aussi pour les dépressions du bassin des Grands Lacs.

Les tempêtes de neige se produisent quand ces dépressions qui arrivent sur le Québec se conjuguent avec des conditions parfaites de température et d’humidité.

Les quantités de neige, la force des vents, la présence de poudrerie et de verglas, tous ces éléments dépendent de la provenance de la tempête.

Selon les critères, une chute de 15 cm de neige en 24 heures constitue la base d’une tempête de neige, ajoute Denis Thibodeau.

«Au-delà de 25 cm, quand on arrive à des accumulations de 50 à 80 cm comme pendant la tempête du siècle, les conséquences peuvent être terribles.»

Les transports s’arrêtent. Les écoles ferment. La ville est à genoux. Une tempête de neige n’affecte pas toutes les villes de la même façon.

«Une chute de 15 cm à Saint-Tite ne cause pas autant de problèmes que dans une grande ville comme Montréal», souligne le spécialiste.

La première tempête de neige importante de l’hiver a toujours des effets démesurés, entre autres chez les automobilistes qui ne modifient pas leurs façons de conduire.

Selon les chiffres de la Société d’assurance automobile du Québec, c’est dans les mois d’octobre à décembre, alors qu’arrivent les premières chutes de neige, que le nombre de morts sur les routes est le plus élevé.

Par la suite, les gens s’adaptent et le taux baisse.

À quand des noms pour les tempêtes ?

La chaîne télé The Weather Channel aux États-Unis a lancé une nouvelle mode. Des noms sont maintenant donnés aux tempêtes de neige majeures qui frappent le pays au cours de l’hiver, comme pour les ouragans.

Ainsi, la tempête Jonas qui avait paralysé le Nord-Est américain en janvier 2016 avec ses 106 cm de neige était la 10e tempête qui avait eu l’honneur de recevoir un nom depuis 2013.

L’initiative a connu un grand succès. Le public a embarqué et les médias en redemandent.

Deux millions de personnes

Pour qu’une tempête reçoive un nom, il faut que les avertissements météorologiques associés couvrent 400 000 kilomètres carrés ou deux millions de personnes. Ces dernières années, les tempêtes Snowmageddon et Snowpocalypse ont beaucoup fait parler d’elles.

Même si les experts ne sont pas d’accord à 100 % avec cette mode de nommer les tempêtes de neige, il faut reconnaître qu’il est plus facile de se rappeler le Grand Verglas que la «tempête de précipitations verglaçantes extrême de janvier 1998 sur la vallée du Saint-Laurent».

À quand des noms pour les tempêtes de neige au Québec? Environnement Canada n’a pas de plan en ce sens, nous dit-on. Dommage. Les tempêtes de neige auraient été plus sympathiques à subir.

Moins d’argent pour le déneigement

En plus des précipitations abondantes qu’elles apportent, les tempêtes de neige ont également des retombées économiques.

Au Québec, le déneigement des villes est une affaire de 1 milliard selon les chiffres du ministère des Affaires municipales. La neige peut être belle à regarder tomber, mais elle coûte un bras à enlever. Rien qu’à Montréal, une seule tempête de 15 cm coûte à la Ville plus de 10 M$.

Pour l’hiver qui commence, des dépenses de déneigement totalisant 157,6 M$ sont prévues au budget, soit 3,5 % (5,8 M$) de moins que l’année précédente. À la Ville, on répond que la nouvelle politique sur le déneigement en place depuis septembre dernier procurera des économies.

«Les déneigeurs ne seront plus payés pour chaque centimètre de neige qui tombe sur Montréal, mais au mètre cube de neige chargé et transporté», explique Philippe Sabourin, relationniste à la Ville. On estime que cette nouvelle façon de procéder dans les 19 arrondissements fera épargner sur les coûts du déneigement à Montréal.

Tempêtes meurtrières

En plus de contribuer aux crises cardiaques par l’effort soudain demandé au cœur pour nettoyer son perron, les tempêtes de neige dégradent les conditions routières et augmentent les accidents. Les tempêtes de pluie aussi font des victimes. On l’a vu lors du Déluge du Saguenay. Mais les tempêtes de neige sont beaucoup plus coûteuses en vies humaines. Après la tempête du siècle qui a frappé le Québec du 3 au 5 mars 1971, les journaux de l’époque rapportaient que plus de 11 cadavres avaient été ramassés dans les rues de Montréal par les camions de déneigement.

Les tempêtes les plus meurtrières dans l’histoire du Québec

Le Grand Verglas

Plus de tempêtes de neige que d’habitude à prévoir
Photo d'archives

(4-9 janvier 1998)

  • 40-100 mm de verglas
  • 27 victimes

La tempête du siècle

Plus de tempêtes de neige que d’habitude à prévoir
Photo d'archives

(3-5 mars 1971)

  • 40-60 cm de neige
  • 18 victimes

La tempête de Montréal

(26-28 décembre 1969)

  • 59-70 cm de neige
  • 15 victimes

Le déluge de Charlevoix

(13-19 mars 1936)

  • 220 mm de pluie
  • 11 victimes

Le déluge du Saguenay

Plus de tempêtes de neige que d’habitude à prévoir
Photo d'archives

(19-22 juillet 1996)

  • 279 mm de pluie
  • 10 victimes

Base de données canadienne sur les catastrophes

Provenance des tempêtes

♦ Le Québec connaît de quatre à six tempêtes de neige par année. Une analyse des trajectoires de tempêtes hivernales des dernières décennies par Environnement Canada a démontré qu’il y a quatre types de tempêtes de neige.

♦ Les tempêtes venant de l’ouest sont les plus faibles en termes de chutes de neige.

♦ Celles ayant pour origine le bassin des Grands Lacs sont plus généreuses en précipitations.

♦ Les pires sont les tempêtes provenant du golfe du Mexique, puis celles remontant la côte est. La tempête du siècle avait pris naissance sur la côte est avant de remonter vers le Québec. Ces dépressions côtières ont un nom particulier. On les appelle des bombes.

Palmarès de la pelle

Les hivers les plus neigeux au Québec depuis 1942

  • Montréal: 383 cm, hiver 1970-71
  • Sherbrooke: 424 cm, hiver 1993-94
  • Val d’Or: 429 cm, hiver 1966-67
  • Gatineau: 445 cm, hiver 1970-71
  • Québec: 558 cm, hiver 2007-2008
  • Gaspé: 590 cm, hiver 1994-95
  • Saguenay: 611 cm, hiver 1942-43
  • Sept-Îles: 762 cm, hiver 1968-69

Total moyen annuel de neige

  • Sainte-Agathe: 353 cm
  • Saguenay: 328 cm
  • Québec: 316 cm
  • Roberval: 292 cm
  • Sherbrooke: 291 cm
  • Val d’Or: 281 cm
  • Rimouski: 268 cm
  • Trois-Rivières: 239 cm
  • Gatineau: 218 cm
  • Montréal: 215 cm

Moyenne ailleurs dans le monde

  • Moscou: 161 cm
  • Toronto: 115 cm
  • Vancouver: 48 cm
  • Washington: 42 cm
  • Pékin: 30 cm
  • Tokyo: 20 cm

Sources: Environnement Canada/Météomédia