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La fin d'un monde

La fin d'un monde

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Le 20 janvier, l’inauguration de Donald Trump comme 45e président des États-Unis d’Amérique ajoutera une autre couche à l’incertitude qui plane sur le monde.

En plus de celles que nous connaissons déjà, soit l’islam politique, le terrorisme et les changements climatiques.

Tout va bien madame la marquise.

Nul besoin d’être pessimiste pour croire que Pax Americana a pris du plomb dans l’aile.

Démocratie, liberté de presse, transparence, éthique et tout ce qui garantit le maintien d’un équilibre mondial par la voie des échanges commerciaux et de la diplomatie, sont remis en question par le premier président ‘post-factuel’.

Les pro-Trump diront que je suis frustrée parce qu’Hillary a perdu. C’est faux. Je n’ai jamais aimé Hillary, et je ne l’aime pas plus aujourd’hui. Mais entre une catastrophe et la fin du monde, je choisirai toujours la catastrophe.

Croyez-le ou non, j’aimerais voir Donald Trump devenir un président d’exception, qui brasse la cage mais dans le bon sens. Les États-Unis apaisés, moins bureaucratisés, plus égalitaires, plus instruits et bien dirigés, c’est un cadeau pour le monde entier.

Avant, c’était Reagan

Quand Ronald Reagan a été élu président en 1980, les Démocrates s’attendaient au pire.

Il était de bon ton de se moquer de cet acteur de série B, avec un intellect de série C qui allait, disait-on à gauche, mener l’Amérique à sa perte.

Erreur. C’est l’URSS qu’il a contribué à mener à sa perte. Ce que plusieurs d’entre nous estimons être une grande victoire pour l’humanité.

Mais je doute fort que Donald Trump devienne le Ronald Reagan du XXIe siècle. Tout d'abord, parce que ce dernier s'était entouré dès le premier jour de gens réputés compétents dans leur champ de responsabilité.

Il y a des limites à improviser quand on est responsable de la mise en application de politiques complexes. N'importe qui peut gueuler sur un podium. Agir exige un minimum de connaissances et de compétences.

Essayez ensuite d'imaginer Reagan ridiculiser ses propres services de renseignements au profit d'un leader pour l'instant ennemi. Ou envoyer des tweets, s'il vivait maintenant, pour humilier le rédacteur en chef de Vanity Fair parce que son magazine a publié une critique négative du Trump Grill.

Michael Reagan a même déclaré que son père n'aurait jamais voté pour Donald Trump. Je n'en doute pas un instant.

Le columnist Charles Blow du New York Times a résumé la situation cette semaine : ‘The nation is soon to be under the aegis of an unstable, unqualified, undignified demagogue and with Republicans in control of both houses of Congress, there is little that can be done to constrict or control his power and unpredictability.’

‘Le pays sera bientôt sous l’égide d’un démagogue instable, non qualifié et indigne. Puisque les Républicains contrôlent les deux chambres du congrès, bien peu de choses peuvent être faites pour restreindre ou contrôler son pouvoir et son imprévisibilité.’

La Russie de Poutine

Nous n’avons pas encore en main les preuves que la Russie a trafiqué les élections américaines, ce qui ne veut pas dire qu’elles n’existent pas, mais il est insupportable de voir le président-élu des États-Unis d’Amérique désavouer, sans pouvoir prouver quoi que ce soit, ses propres services de renseignements – 17 agences – en faveur de Vladimir Poutine, le leader autoritaire d’un pays qui veut redevenir un empire. 

Les milliers d’hommes et de femmes qui bossent au sein de ces agences, FBI, CIA, NSA etc. ne sont quand même pas tous des agents infiltrés au service des Démocrates !

Trump et Poutine partagent une obsession : rétablir la grandeur passée de leur pays. Make America Great Again et la volonté avouée de Poutine de redonner à la Russie l’importance et le prestige perdus à la chute du communisme, quitte à envahir des états souverains, faire assassiner des opposants au régime, museler la presse, et bombarder des convois d’aide humanitaire pour y arriver.

Poutine ne recule jamais, et place ses pions de manière à conserver ses avancées en dépit des tempêtes politiques.

On en a peu parlé ici, mais en octobre, Bachar al Assad a permis aux Russes d’établir une base aérienne permanente en Syrie, à Khmeimim, question de garantir ‘paix et stabilité’ dans la région.Qui a besoin d'un autre avant-poste pro-iranien au Moyen-Orient ?

Cette base aérienne s'ajoute à la base navale russe sur la Méditerranée, à Tartous, aussi en territoire syrien. Protéger cette base est la raison première pour laquelle Poutine soutient Assad. Pour ses bons services, Assad lui en a donné une deuxième.

Le Washington Post a même évoqué la possibilité que la Russie rouvre ses bases militaires à Cuba et au Vietnam, fermées après la chute de l’URSS.

Certainement dans le but de combattre Daech...

Les Philippines de Roberto Duterte

Donald Trump a invité à la Maison Blanche un des personnages politiques les plus répugnants qui soit : Roberto Duterte, le nouveau président des Philippines.

Le seul chef d’État à recevoir une invitation à ce jour.

Duterte, qui croit que les drogués et les revendeurs, petits ou grands, doivent être abattus comme des chiens, sans autre forme de procès, a avoué avoir lui-même tiré sur des drogués dans la rue, se déplaçant en moto la nuit, alors qu’il était maire de la ville de Davao.

Un autre qui préfère la manière forte à l’état de droit.

Israël et territoires palestiniens

Donald Trump a choisi l’avocat spécialisé en faillites David Friedman comme ambassadeur des États-Unis en Israël. Proche des colons, l’homme campe à la droite de Netanyahou. Il n’envisage pas la création d’un état palestinien souverain et voisin, préférant l’annexion par Israël des territoires conquis pendant la guerre de Six-jours - exception faite du Sinaï qui a été retourné à l’Égypte lors de la signature du traité de paix avec Sadat en 1979 - avec la répression continue que ce projet exigerait. 

Cerise sur le sundae : cet homme de l’extrême-droite, qui n’a aucune expérience diplomatique veut déménager, pour vrai cette fois, l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem.

La violence qui a marqué la publication des caricatures danoises ne sera rien comparé à ce qui se passerait dans le monde musulman si les États-Unis posaient ce geste en ce moment.

La Chine et Taiwan

J’ai déjà écrit sur l’approche Trump avec la Chine. C’est bien beau de tirer la langue à la deuxième puissance mondiale mais que ferait Donald Trump si la Chine mettait ses menaces à exécution et envoyait des troupes à Taiwan ? Depuis le temps que les Chinois rêvent de reprendre le contrôle de l’île.

Être baveux avec le New York Times ou CNN, c’est une chose. Avec une puissance militaire doublement nucléaire (la Corée du nord est inféodée à la Chine), une autre.

Salauds du monde

Donald Trump ne mérite pas – encore - d’être comparé aux salauds de la planète. On se calme.

Pour l’instant, personne ne peut prédire sa politique étrangère, à part son engagement à mettre les intérêts des États-Unis en premier. Ce que font tous les chefs d’État.

Make America great again ? D’accord, mais comment ?

Au milieu du 20e siècle, Hitler, Hirohito et Mussolini ont choisi la peur et la mort pour insuffler prestige et pouvoir à leurs pays respectifs. De Gaulle, Churchill et Roosevelt ont choisi la voix de la paix et de la liberté.

Les choix et les décisions que prendra Donald Trump à compter du 20 janvier nous concernent tous, Américains ou pas.

Je vous quitte jusqu’au début janvier, à moins d’événements extraordinaires.

Joyeux Noël, chers lecteurs et lectrices.