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Mourir dans l'oubli

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Plus de deux mois après sa mort, un Québécois de 66 ans a été retrouvé dans son logement dans un état de putréfaction avancée et même de «momification de la dépouille», selon le coroner.

Le nombre de personnes vivant seules ou isolées augmente sans cesse. Le nombre de décès dans l’oubli aussi. À Montréal, l’histoire de René Filiatrault illustre ce phénomène en croissance.

Le 3 mai 2016, un responsable de l’immeuble s’est déplacé pour réclamer le loyer impayé. Des voisins avaient également mentionné être incommodés par des odeurs nauséabondes. En ouvrant la porte, il ne faisait aucun doute qu’il y avait un mort à l’intérieur.

À la morgue, l’examen a mis en évidence l’état de putréfaction avancée et de momification de la dépouille, écrit la coroner Stéphanie Gamache.

Aucun voisin n’a pu témoigner des allées et venues de M. Filiatrault avant sa mort. Un proche a révélé qu’il ne l’avait pas vu depuis plusieurs mois. Son état de santé se détériorait depuis longtemps même s’il prenait des médicaments. Le cœur a flanché en laissant le pauvre homme seul dans son malheur.

Date indéterminée

«Le coroner ne peut déterminer la date de ce décès survenu plusieurs semaines avant sa découverte», peut-on lire dans le rapport. Le seul indice est une lettre non ouverte datant du 11 mars 2016 dans son logement.

«Il est possible que le décès soit survenu autour de cette date», conclut la coroner Gamache.

Au Québec, plusieurs personnes meurent sans que leurs proches se manifestent. Entre 2007 et 2015, les morgues de Québec et de Montréal ont recensé 454 corps non réclamés, soit une moyenne de plus de 50 par année. À Québec, l’infirmier Gilles Kègle s’occupe parfois de funérailles. Dans le cas de René Filiatrault, la famille a pu être retrouvée.

«On avait demandé de l’aide pour lui, mais il n’a jamais voulu. Il avait coupé les liens avec nous. J’ai contacté le CLSC et ils ont dit que mon frère ne répondait pas lorsque les intervenants allaient frapper à sa porte», explique sa sœur Lise.

Dernièrement, l’avocat spécialisé Jean-Pierre Ménard a expliqué au Journal que le personnel des CLSC devrait être plus proactif pour éviter des décès semblables.

Des ressources

Lise Filiatrault aimerait des améliorations à la loi québécoise pour aider les personnes vivant seules comme son frère.

Elle suggère d’ailleurs le programme PAIR, lancé il y a plus de 20 ans par l’agent de la police communautaire à la retraite Réal Bilodeau. Le programme PAIR offre aux aînés un service personnalisé d’appel pour vérifier leur état de santé.

«Avoir su, on aurait demandé leur aide pour l’appeler une fois par semaine. Je ne connaissais pas ce programme.»

Corps non réclamés depuis 2007 à Québec et Montréal

2007 - 13

2008 - 45

2009 - 59

2010 - 62

2011 - 52

2012 - 32

2013 - 66

2014 - 67

2015 - 58

Programme PAIR

Appels de sécurité qui génèrent une alerte si l’abonné ne répond pas après trois tentatives. Des démarches sont alors
entreprises pour faire vérifier la situation par un répondant ou par les services policiers

Pour adhérer à PAIR, 1 877 997-PAIR (7247)à

 

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