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Croire ou ne pas croire

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Les 16 agences de renseignement américaines demandent aux gens de les croire sur parole. Sans avancer aucune preuve tangible, les chefs du renseignement américain affirment que la Russie est intervenue directement dans les dernières élections américaines.

Les Russes ont-ils manipulé les résultats de bulletins de vote? Les services d’espionnage américains ne peuvent pas le prouver. Les interventions des Russes ont-elles changé l’issue des élections? C’est impossible à démontrer, répondent les espions. Mais ils sont sûrs que la Russie possède d’immenses capacités de guerre informatique. Quelle découverte extraordinaire! Voici pour eux d’autres informations incroyables, ultrasecrètes et extraordinaires: les Chinois possèdent de grandes capacités de guerre informatique. Les Israéliens aussi. Les Français également. Il pourrait y en avoir d’autres.

1 Que reprochent exactement les services de renseignement américains aux Russes ?

Les services de renseignement américains sont convaincus que les Russes sont intervenus dans les élections américaines pour tenter d’en changer les résultats, notamment en utilisant WikiLeaks. La campagne a ainsi été émaillée de multiples révélations sur Hillary Clinton. Par exemple, qu’elle utilisait son fonds de charité pour distribuer des faveurs politiques. Que son chef de campagne, John Podesta, trouvait qu’elle avait un mauvais jugement. Que Bernie Sanders n’était pas aimé des dirigeants démocrates. De même, les fuites d’information ont montré que Clinton avait des positions politiques à géométrie variable, en particulier sur Keystone XL ou sur les accords de libre-échange.

2 Pourquoi ces faits sont-ils graves aux yeux de certains dirigeants américains ?

Plusieurs dirigeants américains, John McCain en tête, assimilent les gestes des Russes à un acte de guerre. Ils estiment, avec justesse, que les élections américaines doivent se régler entre Américains seulement.

3 Quels sont les problèmes de la position des services secrets américains ?

L’absence de preuves réelles constitue un premier problème. Les services de renseignement se défendent en disant que donner les preuves révélerait leurs méthodes de renseignement. Cependant, étant donné l’enjeu, c’est-à-dire la préservation de la démocratie, n’y a-t-il pas lieu de révéler ces méthodes? Deuxièmement, Julian Assange prétend que les Russes n’ont pas fourni d’informations à WikiLeaks. Il ajoute que pirater la boîte de courriel de John Podesta était un jeu d’enfant. Réponse des maîtres-espions américains: Julian Assange n’a aucune crédibilité. En fait d’argument, on a déjà vu mieux. Troisièmement, le piratage des courriels ou des discours n’est pas de la désinformation. Au contraire, grâce à ce piratage, les électeurs américains ont disposé de plus d’informations pour voter. Il faudrait donc plutôt remercier les Russes... Enfin quatrièmement, les campagnes de désinformation ne datent pas d’hier. Elles étaient monnaie courante entre Russes et Américains au temps de la guerre froide. Pourquoi la situation serait-elle pire aujourd’hui?

4 Les services de renseignement peuvent-ils se tromper ?

Bien entendu. Les mises en garde qu’ils ont ignorées avant l’attaque du 11 septembre 2001 ou encore les fabulations à propos de l’existence d’armes de destruction massive en Irak sont de très beaux exemples d’erreurs d’analyse.

5 Existe-t-il des motifs cachés pour expliquer le comportement des services secrets américains ?

Possiblement. Donald Trump a déclaré qu’il voulait complètement réorganiser les services secrets américains, la CIA en particulier. Il est probable que cela dérange. D’autre part, les dirigeants de l’OTAN s’acharnent contre la Russie depuis plusieurs années. Les liens que Trump veut rétablir avec la Russie ne font manifestement pas l’affaire de certains intérêts militaires et industriels.