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8 : l’éternel recommencement

Mani Soleymanlou.
Sébastien St-Jean / Agence QMI Mani Soleymanlou.

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Aller au théâtre afin de voir des acteurs jouant leur propre rôle s’interroger sur la pertinence et les limites de leur art : avec la pièce 8, le dramaturge Mani Soleymanlou transporte les spectateurs dans un hyperréalisme confrontant, une question existentielle à la fois.

Mani Soleymanlou clôt avec 8 la boucle d’un cycle de création éminemment personnel, mais aussi collectif. «Pour ce spectacle-là, j’ai invité tous les gens avec qui j’ai travaillé sur mes précédentes pièces à réfléchir à notre pertinence. À quoi sert-on aujourd’hui, les acteurs et le théâtre?», s’interroge-t-il.

Éric Bruneau, Guillaume Cyr, Kathleen Fortin, Julie Le Breton, Jean-Moïse Martin, Geneviève Schmidt et Emmanuel Schwartz se sont ainsi réunis autour d’une même table afin de tenter de trouver des réponses à cette question qui n’en possède pourtant aucune. «Je crois que la tentative de créer une rencontre, de rassembler les gens est plus importante que la réponse, affirme le dramaturge et comédien. Quand on abandonne, quand on cesse de cultiver la culture, les mots, et l’art, on s’éteint.»

Trouver sa place

Même si les questionnements ont souvent habité Mani Soleymanlou, les doutes qui l’ont récemment assailli possédaient une ampleur nouvelle. «Avec mes premiers spectacles, je m’interrogeais sur le monde qui m’entoure. Avec l’élection de Trump et toute la morosité qui nous plombe, c’est ma pratique de l’art en elle-même qui commençait à perdre son sens», explique-t-il.

Pourquoi continuer à faire des spectacles, alors que des gens meurent dans des conflits armés? Comment expliquer que les gens achètent encore des billets, se rendent dans une salle obscure avec des inconnus afin d’assister à des représentations, dans un climat social si pesant? «On s’est vraiment demandé comment être à la hauteur de cet acte-là, de la présence du public. On sent qu’on a la responsabilité d’être pertinents, divertissants, mais aussi d’utiliser à bon escient la tribune extraordinaire à laquelle on a accès», affirme le dramaturge.

Le méta théâtre comme miroir

Pour ce faire, les 8 cerveaux derrière la nouvelle pièce ont choisi de se mettre en scène alors même qu’ils sont en train d’écrire le spectacle. Une technique dont a savamment usé Mani Soleymanlou, qui a toujours fait dans l’autoreprésentation, puisant dans sa propre histoire afin de parler d’immigration avec les pièces Un, Deux et Trois, ou encore décortiquant l’identité masculine avec Ils étaient quatre.

Chacun joue son propre rôle, et les scènes sont inspirées des discussions qui ont entouré la création du projet. «La ligne est mince entre les acteurs et les personnages, ce qui permet au spectateur de mieux avoir accès, de pouvoir encore plus se projeter en nous. Ça donne vraiment l’impression d’avoir accès à la vraie chose, mais ça reste tout de même du théâtre», lance Mani Soleymanlou en souriant.

La tête trop plongée dans le cœur de son spectacle 8, le dramaturge est incapable d’en prédire la portée ou l’effet. «J’espère seulement que les gens vont ressortir de la salle avec un petit quelque chose de plus, que ça va créer une étincelle, souhaite-t-il. En même temps, je ne sais même pas ce qu’il fait pour moi encore, ce spectacle-là. Ça va continuer d’évoluer dans ma tête, et je l’espère, dans celle du spectateur.»