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Savait-elle qu’une valise pleine de coke était dans sa cabine?

Une des Québécoises accusées d’avoir importé 95 kg de drogue en Australie compte prouver son innocence en 2017

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Plus de 30 millions $ de cocaïne cachée dans quatre valises. Deux jolies jeunes Québécoises. Un mysté­rieux homme dans la soixantaine. À bord d’un luxueux bateau de croisière en Australie. Tout était là pour un scénario digne de Hollywood.

C’est le crime qui a le plus fasciné les Québécois en 2016, en plus d’intriguer le reste de la planète.

Mais beaucoup de questions demeurent sans réponses. Et la plus fondamentale: est-ce qu’une des deux jeunes femmes a entraîné son amie dans cette aventure audacieuse sans rien lui dire au sujet des kilos de poudre blanche?

C’est une des informations qui risque d’être dévoilée devant un jury cette année. Voici tout ce qu’on sait jusqu’à maintenant.

Isabelle Lagacé était serveuse dans un bar de la Rive-Sud de Montréal.

La femme de 28 ans est décrite par certains médias étrangers comme une ex-star de la porno à cause de quelques photos érotiques aux paillettes d’or publiées sur le site Flashy Babes.

Mélina Roberge avait quitté son emploi dans une bijouterie quelques semaines avant de prendre part à cette croisière autour du monde.

Quand les deux amies sont montées à bord du MS Sea Princess pour un périple de deux mois en juillet dernier, elles étaient loin de se douter qu’elles passeraient Noël dans une prison australienne, loin de leurs familles. Encore moins qu’elles risqueraient maintenant la détention à vie.

Parties d’Angleterre pour une croisière de luxe, elles ont publié des dizaines de photos de leurs escales épatantes sur le réseau social Instagram.

Du rêve au cauchemar

D’une pose à Time Square, à New York, à une autre dans les eaux turquoise de Tahiti, en passant par des clichés dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, elles ont immortalisé plusieurs beaux souvenirs.

Mais leur voyage de rêve a tourné au cauchemar lorsqu’elles ont été arrêtées par les autorités australiennes le 28 août dernier, dans la baie de Sydney.

Des chiens pisteurs de la police fédérale australienne ont découvert 30 kg de cocaïne dans une valise cachée dans la cabine partagée par les deux femmes.

Plus de 65 autres kilos de poudre blanche se trouvaient dans trois autres valises, dans la cabine du Québécois André Tamine, âgé de 63 ans.

Après quatre mois passés dans une prison à l’autre bout du monde, le mystère plane toujours. On ne sait pas quand et où la drogue a été apportée à bord du bateau ni ce qui a mis les autorités sur la piste des trois Canadiens.

Chose certaine, Isabelle Lagacé a pris une partie du blâme sur elle en plaidant coupable à une accusation de tentative d’importation d’une quantité commerciale de cocaïne en Australie, à la mi-décembre.

Refus de collaborer

Vêtue d’un pantalon noir et d’un chemisier marron, la femme de 28 ans est demeurée de marbre dans le box des accusés. Elle aurait fini par avouer qu’une valise dans laquelle se trouvait une partie de la cocaïne lui appartenait.

Ce qui ne signifie pas pour autant qu’Isabelle Lagacé a collaboré avec les autorités australiennes.

«Vous n’aurez pas ça», aurait-elle entre autres répondu aux policiers qui lui ont demandé le mot de passe de son BlackBerry, un téléphone «impossible à décoder».

La Québécoise de 28 ans voudrait-elle tenter de sauver son amie Mélina Roberge, qui soutient qu’elle ne savait rien de cet important trafic de drogue?

Il semble que les deux jeunes femmes auraient déjà eu l’occasion de se parler depuis qu’elles sont derrière les barreaux, selon nos informations.

C’est par la suite que Mélina Roberge a plaidé l’ignorance devant la justice de Sydney, les yeux remplis de larmes.

Lors de l’enquête préliminaire, l’avocate de la défense, Me Ragni Mathur, a affirmé que la jeune femme de 23 ans ne pouvait pas être reconnue coupable par association avec son amie Isabelle Lagacé.

L’avocate de Roberge a soutenu que celle-ci ne savait pas que la valise de sa partenaire de voyage – avec qui elle a partagé une minuscule cabine pendant plus d’un mois – contenait près de 30 kg de cocaïne.

«Vous n’avez pas besoin de deux poules pour garder au chaud un œuf en or», a illus­tré Me Mathur.

Mais le juge Robert Williams s’est montré sceptique à l’égard de la version de la défense. Il a statué que la preuve amassée contre la jeune femme originaire de Granby était forte, bien que circonstancielle.

«Il est hautement improbable que quelqu’un d’autre que Mlle Roberge ou Mlle Lagacé ait pu mettre les éléments [la drogue] dans la valise sous le lit», a-t-il tranché.

Un flot de larmes a coulé lorsque le magistrat a annoncé à Mélina Roberge qu’elle devrait subir un procès en 2017.

Médiatisée partout dans le monde, cette affaire n’a donc pas fini de faire couler de l’encre.

Le mystérieux sexagénaire

On devrait également en apprendre davantage sur le sexagénaire montréalais arrêté en même temps que les deux grandes amies.

On ne sait pratiquement rien d’André Tamine, si ce n’est qu’il est accusé d’avoir eu en sa possession plus de 65 kg de cocaïne. Il devra aussi subir un procès en 2017.

Avant son arrestation, il semblait faire profil bas dans son petit appartement de l’arrondissement Saint-Laurent. Il ne semble apparaître sur aucune photo des deux amies. Les médias n’ont jamais publié son visage.

On sait toutefois qu’il connaissait Mélina Roberge et Isabelle Lagacé.

Les caméras en circuit fermé du MS Sea Princess montreraient les trois acolytes retourner ensemble à bord du bateau. Plus encore, Tamine aurait réservé sa croisière en même temps qu’Isabelle Lagacé, a-t-on appris dans le cadre des procédures judiciaires.

Quant à Mélina Roberge, elle aurait acheté son voyage, à une journée d’intervalle, dans la même agence de voyages.

Elle l’aurait toutefois fait en compagnie d’un autre homme qui n’aurait rien à voir avec le réseau criminel derrière l’arrivage de drogue, a plaidé la défense.

Roberge et Lagacé partageaient la cabine 312, alors que Tamine occupait la cabine 537. Quatre autres hommes liés au «cartel de la cocaïne», dont deux Canadiens, auraient aussi pris place à bord du bateau, dans les cabines 706 et 715. Aucun d’entre eux n’a été arrêté.

En plus d’une cabine exiguë, Mélina Roberge et Isabelle Lagacé auraient aussi partagé une adresse courriel. Et elles avaient apparemment les mêmes contacts en cas d’urgence, d’après divers médias australiens.

 Des liens qui ne trompent pas 

Il y aurait également des rapprochements à faire entre la cocaïne retrouvée dans leur cabine et celle découverte dans les quartiers d’André Tamine.

La drogue serait d’une pureté semblable, en plus d’être emballée de façon similaire, dans des sacs Ziploc, avec du ruban adhésif qui aurait été retrouvé dans la cabine des deux filles.

Pour le procureur de la Couronne, Me Lincoln Crowley, il semble évident que Roberge et Lagacé faisaient «partie intégrante de cet entrepôt de drogue flottant».

«Elles se sont assises sur ça [la cocaïne] jusqu’à ce qu’elles arrivent en Australie», a-t-il déclaré à la cour.

Isabelle Lagacé recevra sa sentence en 2017, alors que Mélina Roberge et André Tamine tenteront de plaider leur innocence pour éviter d’avoir le même sort qu’elle.

– Avec la collaboration de Frédérique Giguère, News.com.au et The Daily Telegraph