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Échographies inaccessibles

Les radiologistes ne prennent pas de rendez-vous au privé parce qu’ils sont en négociation avec le ministre

Radiologistes Conflit échographies
Photo Dominique Scali Stéphanie Kozel a besoin d’une échographie pour comprendre ce qui la fait souffrir, mais elle ne sait plus vers qui se tourner.

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De plus en plus de patients en attente d’une échographie sont frustrés et inquiets pour leur santé, les radiologistes refusant de prendre des rendez-vous en clinique privée pendant leurs négociations avec le ministre Barrette.

«Écoutez les nouvelles et rappelez-nous quand il y aura un règlement.» C’est ce que se faisaient répondre les gens qui téléphonaient à la clinique Imagerie des Pionniers de Lachenaie pour une échographie hier.

Depuis le 29 décembre, les échographies réalisées par des radiologistes en clinique privée sont couvertes par l’assurance maladie, donc gratuites. Cette mesure devait réduire le temps d’attente au public, dont la liste compte quelque 94 000 patients selon le ministère de la Santé.

Or, c’est tout le contraire qui se passe, indiquent des acteurs du milieu qui soupçonnent que les listes d’attente sont en train de s’allonger. En effet, les radiologistes sont toujours en négociation avec le ministre sur les modalités de cette réforme. En attendant, ils refusent de prendre des rendez-vous au privé.

Douleur

C’est le cas de Stéphanie Kozel, de Mascouche. Âgée de 42 ans, ses règles sont de plus en plus longues et douloureuses. «Quand j’ai mes règles, je suis pliée en deux. Je ne peux pas rester assise, je ne peux pas sortir. C’est très invalidant. Je n’ai jamais eu ça avant», raconte-t-elle.

Son médecin lui a donc donné une référence pour une échographie pelvienne en décembre. Son cas n’étant pas jugé urgent, elle n’arrive pas à obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable.

Dans plusieurs hôpitaux, l’attente pour les cas non prioritaires peut être de plus d’un an. Mme Kozel, comme plusieurs autres, a donc choisi de se tourner vers le privé, sans succès.

«C’est sûr que je suis inquiète. Et ça me fâche de me faire dire de regarder les nouvelles! On n’est pas tenus en compte. [Les médecins et le gouvernement] se servent de nos maladies pour obtenir ce qu’ils veulent», s’indigne-t-elle.

Hausse des appels

Elle n’est pas la seule. Le Regroupement provincial des comités des usagers a en effet reçu une trentaine d’appels à ce propos depuis le 1er janvier, soit une augmentation d’environ 50 %.

«C’est énorme pour une petite organisation comme la nôtre», affirme le directeur Pierre Blain.

Pendant ce temps, les médecins de famille ne savent plus où diriger leur patient, avoue Jean-Pierre Dion, de la Fédération des médecins omnipraticiens. «L’échographie est une intervention essentielle. Ça ne peut pas être retardé indéfiniment», dit-il.

Les négociations avec le ministre piétinent

Les négociations sur la façon de rendre les échographies gratuites au privé piétinaient toujours hier, selon l’Association des radiologistes du Québec (ARQ).

«On est pour la gratuité, mais pas du jour au lendemain, sans que ce soit coordonné, dit le président Vincent Oliva. C’est une réforme brouillonne, improvisée et incohérente».

Mais pour le ministre Gaétan Barrette, les radiologistes tiennent les patients «en otage».

«Il n’y a aucune raison pour ne pas prendre de nouveaux rendez-vous [même s’il n’y a pas encore d’entente] puisque les médecins peuvent être payés rétroactivement», explique Julie White, attachée de presse du ministre.

M. Oliva assure que les radiologistes essaient de faire davantage d’échographies à l’hôpital afin qu’il n’y ait pas de grosse différence de volume pendant la négociation.

Aussi, les cas urgents continuent d’être vus en priorité, ajoute-t-il.

Frais d’équipement

Selon le cabinet du ministre, les négociations portent sur les honoraires techniques, c’est-à-dire les sommes à verser aux radiologistes pour les frais d’équipement et de locaux.

Pour un ratio de 15 examens par jour, les spécialistes demanderaient plus de 300 000 $ par année pour un appareil d’échographie, selon une page web diffusée par le ministre lui-même.

«Le système public n’est pas là pour permettre aux médecins de faire des profits indus», dit Julie White.

De son côté, Vincent Oliva dit n’avoir aucune idée où le ministre a pris ces chiffres. «On déplore qu’il négocie sur la place publique.»

♦ La gratuité n’inclut pas les échographies de grossesse, qui sont rarement réalisées par des radiologistes.

 

 

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