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La vague de suicides sur la Côte-Nord évitable

Le rapport du coroner fait état d’un mal-être collectif

Le coroner Bernard Lefrançois a déposé ce matin son rapport. Il a entendu en juin plusieurs témoignages sur cinq suicides survenus en quelques mois dans la communauté d'Uashat mak Mani-Utenam.
Photo: Jean St-Pierre Le coroner Bernard Lefrançois a déposé ce matin son rapport. Il a entendu en juin plusieurs témoignages sur cinq suicides survenus en quelques mois dans la communauté d'Uashat mak Mani-Utenam.

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SEPT-ÎLES | Les cinq suicides survenus en 2015 dans une communauté innue de la Côte-Nord étaient évitables, conclut le coroner Bernard Lefrançois.

«Outre le mal-être individuel des cinq personnes concernées, il y a une trame de fond de mal-être collectif vécu par l’ensemble d’une communauté», indique notamment Me Lefrançois dans un rapport d’enquête de 50 pages déposé samedi matin.

Il adresse plusieurs recommandations au conseil de bande d’Uashat mak Mani-Utenam et aux gouvernements. «Le problème de base réside dans le régime d’apartheid dans lequel les autochtones sont plongés depuis la création des réserves, il y a 150 ans.»

Le rapport a été bien accueilli par les dirigeants de la communauté et la cinquantaine de personnes réunies au Musée d’Uashat, près de Sept-Îles.

Témoignages saisissants

Quelques personnes ont profité de la tribune qui leur était offerte pour témoigner des conséquences de l’absence de services spécifiques pour contrer la détresse des jeunes autochtones. Une dame innue a entre autres raconté sa récente aventure avec sa fille, encore en vie malgré une tentative de suicide.

«Les 24 heures après qu’elle eut pris des pilules devenaient cruciales. Moi, j’étais seule à l’hôpital, sans ressource de ma communauté jusqu’à ce que j’écrive un message sur Facebook. C’est ça, la peur d’une mère», a-t-elle expliqué au coroner.

La vice-chef d’Uashat mak Mani-Utenam, Virginie Michel, reconnaît que toute cette enquête a été douloureuse, «mais c’était un processus nécessaire. Nous sommes dans un temps où il faut dire les vraies choses. Il n’y avait pas de suicide lorsque les Innus vivaient dans les territoires. La société évolue. Nous voulons des services pour contrer la crise identitaire», affirme-t-elle.

Trudeau interpellé

L’avocat qui représente quatre des cinq familles concernées, Jean-François Bertrand, souhaite rencontrer le premier ministre Justin Trudeau avec le rapport du coroner Lefrançois.

«Il faut des ressources additionnelles spécialisées. Il faut intervenir avec les outils de 2017, comme les réseaux sociaux. Maintenant, le combat commence», clame Me Bertrand.

Le coroner recommande au gouvernement de financer des ressources spécifiques comme de l’hébergement à court terme et un service téléphonique 24 heures/ 7 jours pour répondre à la communauté autochtone en détresse.