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Trump metteur en scène

Donald Trump devra être politiquement évalué en fonction des politiques dont il prendra l’initiative

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Photo AFP

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Même Michael Moore, le provocateur gauchiste du cinéma, a été bluffé. Dans une interview diffusée­­ mercredi soir, il s’est incliné devant la performance époustouflante de Donald Trump pendant la première conférence de presse que le président élu a donnée en six mois.

En effet, c’était un morceau d’anthologie unique en son genre. Jamais on n’a assisté à pareil spectacle présenté par un chef d’État.

Donald Trump a contrôlé de A à Z cet exercice auquel s’étaient préparés les journalistes parmi les plus doués des États-Unis et les correspondants étrangers, observateurs attentifs de la scène mondiale. Trump leur a tout simplement déclaré la guerre.

En se penchant sur le cas de Trump l’imprévisible et l’acteur sans filtre de la politique, on oublie une chose fondamentale. Cet homme, qu’on classerait dans notre système scolaire de dysfonctionnel, hyperactif, en déficit d’attention et avec une tendance lourde antisociale, est tel qu’en lui-même. La fonction suprême ne le changera pas. Une personne de 70 ans atypique comme lui ne change pas.

Une mise en scène contrôlée

Donald Trump a d’abord contrôlé la scène sur laquelle s’est déroulée cette comédie dramatique pour ne pas dire tragique. Les drapeaux américains en enfilade brouillaient le regard. Et ces masses de dossiers exposés sur une longue table, Donald Trump nous a assuré qu’ils n’étaient qu’une infime partie de la paperasse qui réglait le transfert de la direction de l’organisation Trump à ses deux fils.

Le décor ainsi planté, il a fait défiler le futur porte-parole de la Maison-Blanche, le futur vice-président et sa conseillère juridique avant de tirer à boulets rouges sur la presse fébrile et momentanément déstabilisée.

Le climat qu’a créé le président élu était chargé d’agressivité, voire de haine, comme si l’homme venait livrer un combat où il comptait terrasser l’adversaire. Alors qu’en fait, il s’agissait de commenter un rapport non officiel­­ émanant non pas des services de renseignement américains, mais d’un agent de renseignement britannique recruté à l’évidence par des adversaires­­ anonymes de Trump.

Les vrais adversaires

Ce «show» ne reposait donc que sur des on-dit. Et l’on a vu avec quelle violence­­ verbale et quelle pugnacité Donald Trump a attaqué. Qu’en sera-t-il alors lorsque le futur président devra­­ affronter de vrais adversaires des États-Unis, tels le président nord-coréen, l’ami «brillant» Vladimir Poutine­­ ou les dirigeants chinois qu’il a commencé à agacer avec cet appel­­ téléphonique à la présidente de Taïwan­­, que jamais la Chine ne reconnaîtra­­?

Donald Trump devra être politiquement évalué en fonction des politiques dont il prendra l’initiative. Mais le défi des politiciens, des analystes, des journalistes et des citoyens du monde entier est de réussir (ce sera un exploit) à départager sa politique de son comportement inqualifiable. Lequel semble impressionner des pans entiers de l’opinion aux États-Unis, mais aussi partout dans le monde­­, où les peuples se sentent aliénés face à ceux qui les gouvernent.

Tous les codes et les protocoles qui président aux relations entre gens civilisés­­ sont éclatés avec Donald Trump. «J’ai dit que j’allais être le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé...», a-t-il déclaré mercredi à la terre entière à la télé­vision. Nous entrons dans l’ère Trump et lui seul croit pouvoir définir ce que des siècles de relations humaines­­ ont développé pour en arriver­­ à la civilité d’aujourd’hui.

À suivre...