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Une ex-Mademoiselle Québec s’inspire de Mère Teresa

Une ancienne mannequin qui a gagné à la loterie se consacre à aider les plus pauvres

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SAINT-JÉRÔME | Ancienne Mademoiselle Québec, Rachel Lapierre a gagné à la loterie Gagnant à vie en 2013. L'ex-modèle avait déjà fondé une école de mannequin pour aider les filles à forger leur personnalité et elle consacre maintenant tout son temps à soigner les plus démunis au Québec ainsi que dans les pays les plus pauvres. La femme de 55 ans a fondé le Book Humanitaire et tente de suivre les traces de son modèle, Mère Teresa.

Comment peut-on passer d’un univers d’apparences à celui de l’aide humanitaire ?

D’abord, j’ai toujours cru que la beauté, c’est surtout ce que tu dégages. Je voulais aider les filles à s’aimer, à être épanouies. J’ai toujours voulu aider, de différentes façons. Aussi, à travers tout ça, je faisais de l’aide humanitaire. Ça fait 25 ans que j’en fais.

Lorsque vous avez gagné Mademoiselle Québec en 1982, souhaitiez-vous déjà la paix dans le monde ? Croyez-vous cela encore possible ?

Je croyais que tous les concours de beauté étaient organisés et qu’ils faisaient rayonner les blondes aux yeux bleus, avec le talent de chanteuse ou de danseuse. Je me trompais. Ce fut la plus belle école de vie durant un an et demi.

J’ai appris que dans la vie, tout est possible, il suffit souvent d'y croire, que la beauté vient de l'intérieur et qu'il est important d'avoir des passions.

À 20 ans, j'aimais aider, mais je ne savais pas que j'irais nécessairement dans cette direction. J'apprenais tout ce que je pouvais. J'ai réalisé que faire plaisir me rendait heureuse et que de faire de bonnes actions me nourrissait. J'ai grandi dans un milieu pauvre et j'ai vu la misère et la tristesse. Je me suis dit que si l'on s'y mettait, si on faisait tous un petit geste, le monde serait meilleur.

Étiez-vous bien outillée pour soutenir les populations dans le besoin ? Pensiez-vous pouvoir changer les choses ?

Oui. J’ai une formation d’infirmière et après avoir travaillé dans le mannequinat, je travaillais dans les urgences des hôpitaux du Québec. Je me liais aussi à des organismes d’aide humanitaire pour aider les populations ailleurs dans le monde.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez gagné à la loterie ?

En 2013, je me suis acheté un billet de loterie, ce que je ne fais jamais. Je me suis dit que si je gagnais, j’irais de l’avant avec ce projet de fonder un organisme de bienfaisance. J’ai gagné 1000 $ par semaine à vie. Alors c’était parti pour moi. J’aiderais les autres pour le reste de ma vie et, depuis, c’est ce que je fais.

Comment est né votre organisme, le Book Humanitaire ?

Je faisais de l’aide humanitaire depuis bon nombre d’années et j’ai décidé de fonder mon propre organisme d’aide en 2013. Des milliers de bénévoles se sont greffés à moi au fil des ans. Il n’y a aucun employé. On a décidé de donner des services d’aide aux populations. On répond à des urgences et besoins criants que la plupart des organismes ne peuvent combler.

Quels sont vos projets et vos missions ?

Les gens, organismes, hôpitaux, écoles et autres organisations nous appellent régulièrement pour aider des communautés. Au Québec, on travaille beaucoup avec la Maison du Père, par exemple. On offre des repas et des vêtements chauds aux gens de la rue. On se rend régulièrement en Inde, à Calcutta, pour participer à des cliniques de rue, faire de la prévention en santé, aider les jeunes filles à sortir de la rue, chanter pour les démunis ou les nourrir. On accompagne aussi les personnes en fin de vie.

Avez-vous beaucoup de soutien dans vos initiatives ?

On a parfois l’impression que tout le monde veut faire de l’aide humanitaire. Pas moins de 5000 personnes gravitent autour du Book Humanitaire. Nous avons vraiment beaucoup de bénévoles. Les demandes sont grandes, mais on veut compléter des services, pas les dédoubler. On trouve des moyens pour nourrir, soutenir, soulager et faire sourire.

Comment faites-vous pour couvrir les dépenses que demande cette grande générosité ?

Par des dons. Parfois, je dois en mettre de ma poche, mais on compte sur les dons. Tous les sous vont directement à nos activités. Le Book Humanitaire, c’est du bénévolat. On donne du temps.

Mère Teresa est une inspiration pour vous ?

Mère Teresa disait: «La moindre petite action faite avec beaucoup d’amour change le monde.» C’est la philosophie du Book Humanitaire. Quand Mère Teresa est arrivée à Calcutta, elle n’avait pas de formation, mais elle aidait les gens de la rue. Elle est mon inspiration parce que, spontanément, elle aidait. J’ai vu ce qu’elle a fait, j’ai fréquenté les centres où elle a travaillé. Elle a fait beaucoup pour les gens.

Avec le Book Humanitaire, on tente de faire une différence aussi. Par exemple, on distribue des bananes aux gens de la rue. Quand ils se réveillent avec une banane à leur côté, ils savent qu’on est là.

Dans quelles conditions vivez-vous quand vous allez aider dans d’autres pays ?

À Calcutta, où on va très souvent, on dort dans des dortoirs à huit personnes. On mange dans différents petits restos, mais on invite toujours quelqu’un de la rue à manger avec nous. De plus en plus, les gens de la population nous aident. Un jour, on a nourri, hydraté et lavé une personne mourante. Des gens de la rue ont pris soin de cette personne aussi. Parfois, on chante une berceuse à des mourants, simplement pour les apaiser. Disons qu’au retour, quand on a vu tout ça, on évite de chialer sur notre spaghetti.

Le Book Humanitaire et ses actions

  • Soigner des gens dans la rue dans les pays sous-développés
  • Soutenir et intégrer les immigrants dans leur communauté
  • Accompagner des gens en fin de vie
  • Distribuer des repas chauds et des vêtements aux itinérants
  • Initier les gens dans le besoin aux sports et à la musique
  • Sortir les jeunes filles vulnérables de la rue

La beauté vient de l’intérieur

Rachel Lapierre a longtemps baigné dans le monde de la mode et du paraître. Élue Mademoiselle Québec dans les années 1980, elle maintient que la beauté vient de l’intérieur. Selon­­ elle, être beau, c’est être bien.

«Il faut rehausser l'estime des gens sur ce qu'ils sont au lieu de tenter d’imposer des standards. Quand nos jeunes vont croire qu'ils sont tous beaux, la mode sera relative à chacun.»

Rachel Lapierre a toujours voulu voir plus loin, découvrir la vraie nature des gens.

Grande sportive, elle prône la bonne alimentation, le dépassement et l’équilibre. «Je viens de faire un ironman. Le dépassement, c’est bien si cela nous apporte quelque chose, sinon cela ne vaut pas le coût. Jamais on ne doit abuser d'une personne, abuser de son corps ou même, abuser de sa beauté. Il faut trouver la liberté.»

Critères relatifs

Aujourd’hui complètement dévouée à l’aide humanitaire, elle voyage partout dans le monde et voit toutes sortes de beautés. «Les critères sont très relatifs selon moi. Je viens de visiter un village au Sénégal où, si la femme est grasse, elle est la plus belle, mais dans le village voisin, c’est le contraire. Je suis contente que, de plus en plus l’image de la beauté change.»

Celle-ci encourage une quête vers la beauté saine, qui mène à un tout. «Ma fille est mannequin. Elle a travaillé au Japon, en France et à Londres. Elle étudie en droit. Elle est très heureuse de pouvoir faire ce métier en étudiant. Mais elle n'est pas anorexique. J'ai toujours été contre toutes sortes d'abus.»

Rachel Lapierre ne regrette aucunement son passé de mannequin, qui lui a permis de devenir ce qu’elle est aujourd’hui. «J'ai appris que la beauté vient de l'intérieur et qu’il est important d'avoir des passions et des buts, car c’est ce qui nous anime et nous rend plus beaux.»