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50$ par mois si vous refusez leur pharmacien

Des résidences pour aînés font signer des demandes de transfert à leurs clients pour éviter les frais

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Photo Agence QMI, Steve Poulin Les propriétaires de la résidence l’Atrium, à Saint-Georges-de-Beauce, adressent les nouveaux clients à un Jean Coutu avec qui ils préfèrent faire affaire.

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Des propriétaires de résidences pour aînés de la Beauce facturent des frais de 50 $ par mois à ceux qui ne veulent pas faire affaire avec les pharmaciens qui leur sont imposés.

Cette pratique s’est répandue depuis un an et demi dans quelques résidences de la région. C’est le cas à la résidence l’Atrium située à Saint-Georges.

Dans les documents remis aux nouveaux locataires, on précise que ceux qui ne font pas affaire avec la pharmacie Jean Coutu-Daniel Lavoie se feront facturer des «frais administratifs» de 50 $.

«On est monté jusqu’à sept pharmacies dans notre résidence de 40 clients. Ça demandait beaucoup de temps au niveau de la gestion de la médication», dit l’un des propriétaires, Paul Blondeau, pour justifier cette politique mise en place l’an dernier dans les trois résidences qu’il possède avec un collègue.

Il parle aussi du service moindre de certaines pharmacies qui n’offrent pas de livrai­son la fin de semaine, par exemple.

600 $ par année

Selon nos informations, dès qu’un nouveau client entre à l’Atrium, il reçoit un appel du Jean Coutu peu de temps après. S’il ne fait pas déjà affaire avec cette pharmacie, on lui demande de signer une demande de transfert.

Selon Paul Blondeau, ils n’ont pas eu à collecter les frais s’élevant à 600 $ par année puisque les clients acceptent généralement le transfert plutôt que de payer. Si le dirigisme est interdit dans le code de déontologie des pharmaciens, rien ne régit les résidences à ce sujet.

Contacté par notre Bureau d’enquête, le pharmacien Daniel Lavoie soutient n’avoir appris qu’en novembre qu’une telle politique était appliquée à l’Atrium.

Il a d’abord dit ne pas être au courant avant de dire qu’il n’avait rien à voir là-dedans. «C’est nouveau que je l’ai su, mais ce n’est pas moi qui ai implanté ça», dit celui qui estime desservir environ 75 % des clients de la résidence.

Il perd des clients

Ironiquement, le pharmacien soutient avoir lui-même été défavorisé par ce type de politique dans une autre résidence de Saint-Georges, l’Oiseau bleu.

«Il y a environ un an et demi, j’ai perdu une quinzaine de dossiers pour cette raison-là. J’ai su par la propriétaire que c’étaient des frais administratifs parce qu’elle ne voulait pas que ses infirmières cherchent partout [pour savoir avec quelle pharmacie le client fait affaire]», dit-il.

La résidence en question a été vendue en juin dernier. Les nouveaux propriétaires assurent que ce genre de politique n’existe plus. Malgré nos tentatives, il n’a pas été possible de parler à l’ancienne propriétaire.