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Elles réclament une loi provinciale

Des étudiantes qui ont vécu de la violence sexuelle à l’université jugent insuffisants les plans des établissements

Les militantes féministes et cofondatrices de Québec contre les violences sexuelles Mélanie Lemay, Kimberley Marin et Ariane Litalien espèrent que la situation constatée dans l’étude «n’arrivera plus aux nouvelles générations d’étudiantes».
PHOTO BORIS PROULX Les militantes féministes et cofondatrices de Québec contre les violences sexuelles Mélanie Lemay, Kimberley Marin et Ariane Litalien espèrent que la situation constatée dans l’étude «n’arrivera plus aux nouvelles générations d’étudiantes».

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Des étudiantes qui ont vécu des agressions croient qu’une loi devrait forcer les universités à sécuriser les campus et jugent que les plans mis en place par les établissements de la province ne sont pas suffisants.

«Soit les universités élaborent des plans très vagues, soit elles ne respectent pas leur propre plan», critique Ariane Litalien, cofondatrice de Québec contre les violences sexuelles et elle-même victime d’une agression sexuelle sur un campus.

Pourtant, après la publication d’une vaste enquête provinciale lundi, selon laquelle une personne sur trois révèle avoir été victime de violence sexuelle depuis son arrivée à l’université, toutes les universités jointes par Le Journal ont assuré avoir déjà pris des mesures appropriées à ce problème.

Mesures

L’Université de Montréal, l’UQAM, Concordia, McGill, l’UQO et l’Université de Sherbrooke affirment toutes avoir par exemple mené des activités de sensibilisation, créé un bureau pour recueillir les plaintes ou diverses formations à leur personnel dans la dernière année.

L’Université Laval, dont les résidences ont été le théâtre d’une série d'agressions sexuelles en octobre, attend pour sa part l’analyse de son campus avant d’annoncer ses projets.

«Toutes les universités exigent aux victimes de faire des démarches différentes. Le traitement d’une plainte ne devrait pas varier d’une université à l’autre», estiment les collègues militantes de Mme Litalien, Mélanie Lemay et Kimberley Marin.

Elles croient que seule une loi-cadre de Québec rendrait tous les campus plus sécuritaires.

Pour une loi

Véronique Pronovost raconte avoir été harcelée sexuellement par un professeur de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en 2011. Elle a porté plainte à son université, comme seulement 10 % des victimes, selon l’étude publiée lundi.

«Quand j’ai vu le traitement que j’ai reçu, je comprends pourquoi aussi peu dénoncent», soutient-elle. Même si l’enquête lui a donné raison, elle n’a jamais pu savoir quelles avaient été les conséquences pour son agresseur, confidentialité oblige.

Elle est aussi d’avis que seule une loi provinciale permettrait de favoriser le sentiment de justice chez les victimes, ce qui figure parmi les principales recommandations de l’étude.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, propose plutôt une politique-cadre fixant des balises communes pour toutes les universités.

– Avec Daphnee Dion-Viens

L’enquête en chiffres

Faits saillants de l’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire

37 % des répondants ont déjà subi une forme de violence sexuelle depuis leur arrivée à l’université.

41 % des répondants disent avoir été victimes de violence sexuelle plus d’une fois.

90 % n’ont jamais dénoncé l’agression.

89 % des agresseurs sont des hommes et 70 % d’entre eux sont des étudiants.

47 % des cas rapportés se sont produits à l’extérieur des campus, lors de soirées ou d’activités festives.

39 % des cas rapportés se sont produits dans le cadre d’activités d’enseignement.

Ces chiffres sont semblables à ceux disponibles ailleurs au Canada et aux États-Unis.

Formes de violence sexuelle considérées pour cette étude

  • Harcèlement sexuel
  • Coercition sexuelle (chantage, menace ou pressions pour obtenir des faveurs sexuelles).
  • Comportements sexuels non désirés (comportements verbaux inadéquats, attouchements, agressions sexuelles).

Méthodologie : Près de 9300 étudiants et employés provenant de six universités québécoises ont participé à cette enquête en remplissant un questionnaire en ligne. On ne peut toutefois extrapoler les résultats à l’ensemble de la population universitaire puisque l’échantillon n’est pas représentatif, soulignent les chercheuses.